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En Bolivie, un gouvernement de combat anti-Morales

Le décorum de la prestation de serment des ministres du gouvernement intérimaire consacre le retour de la foi catholique à la tête de la Bolivie.
Le décorum de la prestation de serment des ministres du gouvernement intérimaire consacre le retour de la foi catholique à la tête de la Bolivie. Carlos Garcia Rawlins, Reuters

La présidente autoproclamée de Bolivie, Jeanine Áñez, a nommé mercredi son gouvernement. Le profil de ses ministres, tous issus de la droite bolivienne, démontre la volonté de liquider l'héritage du président démissionnaire Evo Morales.

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La présidente bolivienne autoproclamée, Jeanine Añez, veut reprendre la main en Bolivie. Elle a nommé, mercredi 13 novembre, son gouvernement intérimaire dont elle a reçu le serment devant une croix, des bougies et une Bible ouverte. Entre ce décorum et le profil des ministres nommés, le nouveau gouvernement affiche ses intentions d'en terminer avec l'héritage d'Evo Morales, forcé à la démission et actuellement en exil au Mexique.

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La photo de l'investiture de Jeanine Áñez est d'ailleurs parlante. À ses côtés, on retrouve le candidat du parti conservateur de la présidente aux dernières élections, Oscar Ortiz. Le sénateur Arturo Murillo est également présent. Il était l'un des opposants les plus vindicatifs dans l'opposition parlementaire contre Evo Morales. Il lui soufflait d'ailleurs des points à aborder dans son discours inaugural et a été nommé ministre de l'Intérieur.

"Nous venons pacifier le pays", a déclaré jeudi matin le ministre de la Défense, Fernando Lopez Julio, au cours d'une cérémonie militaire, quelques heures après la nomination mercredi soir du gouvernement.

La revanche des catholiques

"Avant tout, nous allons devoir avoir la foi en Dieu", a-t-il ajouté.

Une parole révélatrice de la volonté affichée de la droite, de retour au pouvoir, de rétablir l'influence catholique sur la Bolivie. Jeanine Añez a notamment affirmé que c'était "Dieu qui avait permis à la Bible de revenir" au palais présidentiel.

C'est également avec deux exemplaires de la Bible à la main et sous les "Gloire à Dieu !" que la sénatrice de droite Jeanine Añez, 52 ans, a pris le 12 novembre ses fonctions à la tête du pays, à la faveur d'une vacance de pouvoir provoquée par les démissions d'Evo Morales et de ses successeurs constitutionnels.

Evo Morales avait contribué à rendre le pays laïc. Avec la Constitution adoptée en 2009, la Bolivie est devenue un État laïc "indépendant de toute religion", alors qu'avant elle stipulait que "l'État reconnaît et soutient la religion catholique, apostolique et romaine". Depuis l'arrivée au pouvoir en 2006 de Morales, le président et d'autres responsables publics avaient cessé de prêter serment sur la Bible. Ils préféraient la main gauche levée en signe de socialisme.

Les indigènes, grands perdants

Aucun des 11 ministres nommés par Jeanine Añez n'est issu des populations indigènes, alors que ces dernières représentent plus de 50 % du peuple bolivien. La présidente autoproclamée a même rompu la tradition qui veut que le ministre des Affaires extérieures soit issu de cette ethnie.

Depuis sa nomination, des internautes ont même retrouvé des vieux tweets racistes. "Je rêve d'une Bolivie débarrassée des rites sataniques indigènes, la ville n'est pas faite pour les Indiens, qu'ils s'en aillent dans l'Altiplano ou dans le Chaco !!", écrivait-elle dans un tweet depuis supprimé mais exhumé par la chaîne vénézuélienne Tele Sur.

Alors qu'Evo Morales était le premier président indigène du pays et avait fait du wiphala – le drapeau andin indigène multicolore – le deuxième drapeau du pays en 2009, celui-ci a été décroché de plusieurs bâtiments officiels. Circulant sur les réseaux sociaux, une vidéo montre même des policiers retirant cet emblème de leur uniforme.

En réaction, une manifestation dénonçant le coup d'État de la droite bolivienne est partie d'El Alto, la banlieue ouest de la Paz à majorité indigène, pour descendre vers le palais présidentiel, en brandissant le wiphala.

La chasse aux opposants est ouverte

Si Jeanine Añez a annoncé à ses ministres que "[leur] travail serait de rétablir la paix sociale". Certains de ses ministres ne sont pas de cet avis. Arturo Murillo notamment qui a multiplié les sorties polémiques.

"Nous allons faire en sorte que la loi s'applique avec tout son poids, qu'elle soit pleinement respectée. Nous allons rencontrer le procureur général pour lui dire de soutenir le pays, de soutenir le peuple bolivien, sans considération de chapelles politiques", a-t-il déclaré. "Tout ceux qui seraient tentés par la sédition, nous allons en prendre soin".

Ses mots les plus durs, il les a eus pour Juan Ramón Quintana, ancienne éminence grise d'Evo Morales, et Raúl García Linera, frère de l'ancien vice-président Álvaro. "Qu'ils commencent à courir", a-t-il lâché. "Nous allons nous mettre en chasse de Juan Ramon Quintana. C'est une chasse parce que c'est un animal qui tue notre peuple."

Evo Morales disposé à rentrer

Depuis Mexico, où il est arrivé mardi pour y bénéficier de l'asile politique, Evo Morales s'est dit prêt à rentrer en Bolivie pour "apaiser" la situation.

"Si mon peuple le demande, nous sommes disposés à retourner (en Bolivie) pour apaiser la situation", a déclaré Evo Morales lors d'une conférence de presse le 13 novembre à Mexico. "Nous reviendrons tôt ou tard", a-t-il assuré, appelant à un "dialogue national" afin de résoudre la crise qui agite son pays.

Evo Morales devant la presse le 13 novembre

Le nouveau gouvernement de La Paz a annoncé qu'il allait présenter une réclamation officielle à Mexico, qui ne devrait pas laisser, estime-t-il, l'ex-président Morales faire des déclarations politiques de ce type depuis son exil.

"Le MAS (le parti d'Evo Morales, NDLR) a le droit de participer aux élections générales mais ils doivent commencer à chercher un autre candidat", a déclaré Jeanine Añez en réaction. "Evo Morales ne peut pas briguer un 4e mandat. C'est pour cette raison qu'autant de Boliviens ont manifesté dans les rues."

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