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Après un vote polémique, l'Assemblée nationale fait marche arrière sur l'huile de palme

Des militants de Greenpeace manifestent devant la bioraffinerie de La Mède, le 29 octobre 2019.
Des militants de Greenpeace manifestent devant la bioraffinerie de La Mède, le 29 octobre 2019. Jean-Paul Pélissier, Reuters

Après le tollé suscité par un premier vote favorisant l'utilisation de l'huile de palme, l'Assemblée nationale a corrigé le tir, vendredi, et a maintenu son exclusion de la liste des biocarburants bénéficiant d'un avantage fiscal.

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Revirement à l'Assemblée nationale. Au lendemain du vote en faveur du maintien de l'huile de palme dans la liste des biocarburants, lequel a provoqué un véritable tollé, les députés français ont fait marche arrière, vendredi 15 novembre, au soir, contre l'avis du gouvernement. L'huile de palme est, et restera, exclue de la liste des biocarburants qui bénéficient d'un avantage fiscal.

À une écrasante majorité (58 à 2), les députés ont annulé, lors d'une nouvelle délibération, les effets du vote litigieux de jeudi.

Face à la gronde des écologistes, et à l'embarras de sa majorité, le Premier ministre, Edouard Philippe, était monté en personne au créneau, vendredi, pour réclamer un second vote. Celui-ci avait notamment constaté "l'absence d'un débat suffisant sur un sujet aussi important", même si le gouvernement était favorable à l'amendement.

C'est, en effet, avec l'aval de l'exécutif que l'Assemblée avait voté, jeudi, un amendement prévoyant le report à 2026 de l'exclusion de l'huile de palme de la liste des biocarburants.

"On ne peut pas soutenir ça"

Alors que celle-ci avait justement voté, l'an dernier, l'exclusion de l'huile de palme de ce régime fiscal avantageux, l'adoption d'un tel amendement a surpris.

Le groupe Total avait tenté un recours, mais le Conseil constitutionnel avait débouté le groupe pétrolier, jugeant que le Parlement pouvait tout à fait supprimer cet avantage.

>> À voir : Au Cameroun, l'huile de palme de la discorde

Vendredi, magré la polémique, le gouvernement, qui a fait de l'écologie une de ses grandes priorités, a campé sur ses positions, appelant une nouvelle fois à voter en faveur de l'amendement. Mais il a été déjugé par sa propre majorité.

"Cette niche fiscale est complice d'un écocide, on ne peut pas soutenir ça", a fustigé l'ancienne ministre de l'Environnement Delphine Batho, alertant sur la disparition des orangs-outans. D'autres députés ont, eux, dénoncé "un vote en catimini", jeudi.

Les discours sur le climat : "un exercice rhétorique"

Immédiatement dénoncé, le vote de jeudi avait été associé au résultat d'un "lobbying éhonté" de Total, qui a entamé début juillet l'exploitation d'une raffinerie d'agrocarburants à La Mède, près de Marseille (sud-est).

Ce site, qui emploie 250 personnes, a prévu de traiter 650 000 tonnes d'huiles et de graisses par an et de s'approvisionner en huile de palme "durable et certifiée" à hauteur de 300 000 tonnes au maximum, selon le groupe pétrolier.

Tout en se félicitant que les députés aient "réussi à défendre la nécessite absolue de protéger les forêts tropicales", Greenpeace France a dénoncé le soutien du gouvernement à l'amendement controversé, un "non-sens" et "un aveu de l'influence de Total sur le plus haut niveau de l'État".

Selon l'ONG, il "prouve que les discours sur l'urgence climatique ne sont, aux yeux du gouvernement, qu'un exercice rhétorique destiné à redorer son image".

"Chantage à l'emploi"

Utilisée de manière massive en tant que carburant, pour la cosmétique et l'alimentation, l'industrie de l'huie de palme est accusée par les défenseurs de l'environnement de provoquer une déforestation massive et une menace sur la biodiversité des forêts tropicales mondiales.

Le PDG de Total, Patrick Pouyanné, avait plaidé sa cause, fin octobre, en demandant "à être au même niveau de compétition que nos concurrents européens qui, contrairement à nous, bénéficient d'un avantage fiscal jusqu'en 2030".

Une demande qui n'a pas manqué de faire réagir les écologistes. L'association France nature Environnement (FNE) avait alors dénoncé "un chantage à l'emploi mené par Total autour de l'usine de la Mède, usine dont la légalité est débattue en justice à la suite d'une plainte".

Dénonçant un "désastre environnemental" causé, selon elle, par la production extensive d'huile de palme, celle-ci avait affirmé : "chaque jour, des milliers d'hectares sont brûlés pour faire pousser ces palmiers, déforestant une grande partie de l'Asie du Sud-Est et de l'Afrique".

Avec AFP

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