Accéder au contenu principal

Donald Trump et le chaos diplomatique permanent

Après les Kurdes de Syrie, l'Ukraine, le président américain, Donald Trump, s'est mis à dos un autre allié : la Corée du Sud
Après les Kurdes de Syrie, l'Ukraine, le président américain, Donald Trump, s'est mis à dos un autre allié : la Corée du Sud Yuri Gripas, Reuters

Le président Donald Trump a réussi, en quelques mois, à se mettre à dos plusieurs alliés traditionnels des États-Unis. Dernier exemple en date : la Corée du Sud, sommée de payer 400 % de plus pour conserver le soutien militaire américain.

Publicité

Le président américain, Donald Trump, vient de soumettre une addition très salée à la Corée du Sud. Il a fait grimper le coût de la présence américaine sur la péninsule coréenne de près de 400 %, a appris CNN, vendredi 15 novembre. Washington demande dorénavant que Séoul finance le dispositif militaire américain à hauteur de 4,7 milliards de dollars.

Donald Trump répète depuis son arrivée à la Maison Blanche qu’il estime que les alliés des États-Unis ne paient pas suffisamment pour leur aide. Mais une telle hausse des exigences financières a pris tout le monde par surprise, soutient la chaîne d’information américaine. D’autant plus que la Corée du Sud, actuellement en froid avec le Japon et sous pression permanente de la Corée du Nord, espérait tout particulièrement pouvoir compter sur un soutien sans faille de Washington.

Cercles des alliés disparus

“En homme d’affaires, Donald Trump utilise peut-être la tactique traditionnelle de négociation qui consiste à demander le maximum avant de consentir à baisser ses prétentions”, estime Robert Singh, spécialiste de la politique étrangère américaine à l’université Birbeck de Londres, contacté par France 24. Mais Scott Snyder, experts des relations américano-coréennes pour le Think Tank américain Council on Foreign Relations, craint que le président américain a fait monter les enchères “afin de s’en servir comme prétexte pour retirer les troupes de Corée du Sud”, explique-t-il à CNN.

Le pays asiatique rejoindra alors le cercle de moins en moins restreint des alliés des États-Unis qui ont été maltraités par Donald Trump ces derniers mois. Il y a eu, en octobre, la décision américaine de retirer les troupes de Syrie, abandonnant les alliés kurdes à leur sort. La Maison Blanche a aussi retardé, en juillet, le versement d’une aide financière à l’Ukraine qui, pourtant, compte sur ce soutien dans son conflit avec la Russie.

Ces décisions “signalent que Donald Trump gagne en confiance sur la scène internationale. Il s’est débarrassé des conseillers qui pouvaient, jusqu’alors, le contredire et il n’y a plus personne pour l’empêcher de faire ce qu’il veut”, analyse Robert Singh.

Et ce que Donald Trump semble vouloir, c’est obtenir le maximum de chaque relation, sans tenir compte de la doctrine diplomatique traditionnelle des États-Unis. Qu’importe si l’Ukraine est un allié essentiel pour contenir les ambitions russes en Europe centrale tant que le président américain peut obtenir de Kiev l’ouverture d’une enquête pouvant nuire à un rival politique. Idem pour la Corée du Sud, qui a pourtant toujours été considérée comme une pièce maîtresse de la stratégie américaine pour contrebalancer l’influence chinoise en Asie. À un an de la présidentielle américaine, un retrait des troupes serait un signal lancé par Donald Trump à sa base électorale, favorable au retour des soldats au pays.

Aubaine pour les adversaires des États-Unis

Mais cette approche des relations diplomatiques “ajoute un élément d’incertitude à la politique étrangère américaine qui pose un problème considérable à tous les alliés des États-Unis”, assure Gustav Meibauer, spécialiste de la politique étrangère américaine à la London School of Economics, contacté par France 24. Pour lui, “dans le contexte international actuel très instable, les alliés de Washington peuvent ressentir le besoin de se tourner vers un ‘leader’ du monde libre rassurant qui a une attitude prévisible. Et tout ce qu’offre Donald Trump c’est davantage d’incertitude”. “Ces pays ne peuvent plus compter sur les États-Unis sans se demander à chaque fois ce que le président américain pourrait leur demander en échange de son soutien”, ajoute Robert Singh.

Pour ces experts, Donald Trump sape aussi la capacité future des États-Unis d'imposer ses vues sur la scène internationale. “Jusqu’à présent, les pays acceptaient le leadership américain en partie parce qu’ils savaient qu’ils pourraient en tirer des avantages. Mais si Washington se met à jouer contre les intérêts de ses alliés – comme en Ukraine ou en Corée du Sud –, les autres nations vont finir par ne plus laisser les Américains faire ce qu’ils veulent”, prévient Gustav Meibauer.

Une aubaine pour les adversaires diplomatiques des États-Unis. “Les Xi Jinping, Vladimir Poutine ou encore Kim Jong-un sont les principaux vainqueurs de cette nouvelle manière américaine de faire de la diplomatie car ce sont eux qui vont profiter de la perte d’influence américaine sur la scène internationale”, note Robert Singh. C’est déjà ce qui se passe en Syrie, où la Russie a sauté sur l’occasion de l’annonce du retrait des troupes américaines pour occuper diplomatiquement le terrain.

Plus qu’une simple aberration diplomatique

Les autres n’ont-ils plus qu’à croiser les doigts pour que Donald Trump ne soit pas réélu en 2020 ? “Ce serait une erreur de croire que Donald Trump n’est qu’une aberration et que les États-Unis vont revenir à la défense du multilatéralisme qui a été leur marque de fabrique par le passé”, prévient Robert Singh. Gustav Meibauer abonde dans le même sens : “Il n’est que le symptôme de la forte polarisation de la vie politique américaine. Le consensus bipartisan sur le rôle que les États-Unis doivent jouer sur la scène internationale n’existe plus et le prochain président, quel qu’il soit, ne pourra pas aussi facilement revenir en arrière”.

Pour cet expert, l’actuel locataire de la Maison Blanche est avant tout le signal “un peu bizarre et brutal” qu’un nouveau chapitre des relations internationales vient de débuter. La période qui s’ouvre risque, d’après lui, d’être très agitée. “Les pays, comme la Russie, l’Iran ou la Chine, qui bénéficiaient le moins de l’ordre mondial imposé par les États-Unis, vont essayer de voir jusqu’où ils peuvent aller dorénavant”, assure Gustav Meibauer. Et les alliés traditionnels des États-Unis vont “chercher à former de nouvelles alliances, à trouver de nouveaux soutiens”, prévoit Robert Singh. Une valse des relations diplomatiques qui peut s’avérer “très dangereuse à plus long terme pour la stabilité mondiale”, craint-il. Sans le soutien des États-Unis, la Corée du Sud pourrait, par exemple, être tentée de “renforcer son arsenal, voire de se doter de l’arme nucléaire, pour se défendre”.

NewsletterNe manquez rien de l'actualité internationale

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.