Accéder au contenu principal

Qui est Anne Diana, la sœur aînée des frères Clain, jugée à Paris ?

Une femme et son enfant quittent la ville de Baghouz, dernier bastien de l'organisation État islamique en Syrie, le 13 février 2019.
Une femme et son enfant quittent la ville de Baghouz, dernier bastien de l'organisation État islamique en Syrie, le 13 février 2019. Delil Souleiman, AFP

Anne Diana Clain, sœur aînée de Jean-Michel et Fabien Clain, comparaît mardi et mercredi, au tribunal correctionnel de Paris, pour avoir tenté de rejoindre la Syrie. Son parcours reflète celui de toute une famille qui a sombré dans le jihadisme.

Publicité

Sa mère, ses frères et ses deux filles aînées avaient rejoint la Syrie pour vivre dans le "califat" de l’organisation État islamique, mais sa tentative pour les rejoindre fut stoppée à la frontière turque, en septembre 2016. Trois ans après, Anne Diana Clain est jugée, mardi 19 et mercredi 20 novembre, à Paris, avec son mari Mohamed Amri, pour association de malfaiteurs à visée terroriste.

Au-delà de cette tentative de départ, le procès promet une plongée dans la famille Clain, décrite par un ancien proche comme une "secte" extrémiste. L’histoire de toute une famille tombée à la fin des années 1990 dans l’islamisme radical et le jihadisme.

Anne Diana Clain est née à La Réunion en 1975. Ses parents, Jocelyn et Marie-Rosanne, déménagent peu après à Toulouse, où naissent Jean-Michel et Fabien. Les parents se séparent et la famille s’installe en Normandie, où son destin va basculer. C’est en effet dans cette région que Anne Diana rencontre son futur mari, Mohamed Amri, aujourd’hui âgé de 58 ans. Ce dernier influence toute la famille qui se convertit du catholicisme à l’islam au tournant des années 2000. "Il est venu à un moment où [on] se posait plein de questions sur la création, sur pourquoi on est là, sur ce qu’il y a après la mort, et il est venu avec toutes les réponses qui se trouvent dans l’islam", a expliqué la sœur aînée des frères Clain lors de l’instruction, rapporte Le Monde.

>> À lire : Qui était le jihadiste Fabien Clain, voix française de l’organisation État islamique ?

Les trois enfants Clain se radicalisent petit à petit, entraînant dans leur sillage les épouses de Jean-Michel et Fabien. Les trois couples s’installent dans la région toulousaine où ils côtoient la famille Essid et la famille Merah, ainsi que le prédicateur Olivier Corel, le fameux "émir blanc" du village d’Artigat, dans l’Ariège.

Rejoindre la Syrie pour vivre dans un "État musulman"

Anne Diana Clain est mère de six enfants nés de trois pères différents. Trois sont aujourd’hui majeurs : Jennyfer, née en 1991, Fanny (en 1996) et Ismaël (en 2000). Comme leur grand-mère, Marie-Rosanne, et leurs oncles Jean-Michel et Fabien, les deux filles aînées d’Anne Diana Clain rejoignent la Syrie, l’une en 2014, l’autre en 2016, avec leurs maris respectifs. Ce sont donc trois générations de cette famille qui se retrouvent dans le "califat" de l’organisation État islamique, au sein de laquelle les frères Clain tiennent un rôle important.

Ces derniers assurent en effet, de 2015 à 2018, la propagande à destination de la France, via notamment de nombreux messages et des "anasheed" (chants) ultra-violents en français, en particulier après les attentats de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher de janvier 2015 et pour revendiquer les attentats du 13-Novembre. Ils deviennent cette année-là les "voix françaises de l’État islamique", notent les magistrats, cités par Libération, ce qui ne pouvait "être ignoré par les membres de leur famille". Jean-Michel et Fabien Clain ont été tués en février 2019 par des frappes de la coalition internationale à Baghouz, ultime bastion de l'organisation.

>> À voir : La France est-elle prête à accueillir les jihadistes expulsés par la Turquie ?

Anne Diana décide de rejoindre à son tour la Syrie en août 2015. Avec son époux Mohamed Amri, leurs trois enfants et son fils Ismaël, issu d'un précédent mariage, tous mineurs, ils passent par l’Italie, puis par la Grèce. Devant les enquêteurs, elle a expliqué qu'il s'agissait de rejoindre sa famille en Syrie pour vivre dans un "État musulman".

Leur périple s'arrête d'abord à la frontière gréco-turque. Refoulés, ils se replient vers la Bulgarie où ils attendront une fenêtre favorable pendant plus de huit mois. Ils passent finalement en Turquie mais sont interceptés en juillet 2016 alors qu'ils s'apprêtent à entrer en Syrie. Ils sont incarcérés, puis expulsés vers la France.

"C'est quoi le 13-Novembre ? Il s'est passé quoi ? Je ne sais pas qui a revendiqué"

Ce lourd contexte familial pourrait peser dans la balance judiciaire, les juges d'instruction estimant dans leur ordonnance de renvoi qu'Anne Diana Clain et Mohamed Amri sont partis en connaissant parfaitement la "nature terroriste" de l'organisation État islamique et les hautes fonctions de propagandistes des frères Clain.

La prévenue écrivait en 2018 à ses juges avoir "appris de ses erreurs" après avoir cru à "l'utopie" du "califat", et être "déçue" que ses proches "soient devenus aussi haineux". Le tribunal devra évaluer sa sincérité. Selon ses avocats, Mes Nogueras et Desrues, Anne Diana Clain "souhaite livrer un discours de vérité [et] son expérience carcérale lui a permis de porter un regard très critique sur l'engagement qui était le sien à l'époque".

>> À lire : Abou Bakr al-Baghdadi, le "jihadiste invisible" qui rêvait de restaurer le califat

Pendant l'enquête, elle a affirmé ne pas se considérer comme radicalisée et a condamné les attentats, à sa manière : "Tu vas annoncer l'islam à qui si tout le monde est mort ?" Quant aux textes écrits et chantés par ses frères, elle a assuré ne pas s'être rendue compte, aveuglée à l'époque, de leur violence. Elle s'était tout de même dit, en écoutant celui composé après les attentats de janvier 2015, que Jean-Michel avait "un peu poussé le bouchon". Cet "anasheed" appelant à "taper la France" et à faire "des morts par milliers", "tout le monde l'écoutait, le chantait, même les petits", a admis Anne Diana Clain.

Mohamed Amri, quant à lui, est allé jusqu'à demander aux enquêteurs, dans une défense hasardeuse : "C'est quoi le 13-Novembre ? Il s'est passé quoi ? Je ne sais pas qui a revendiqué".

Avec AFP

NewsletterNe manquez rien de l'actualité internationale

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.