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Protection de l'enfance : en France, des mécanismes "à bout de souffle"

Le président français Emmanuel Macron lors d'un discours à l'Unesco, à l'occasion du 30e anniversaire de la Convention internationale des droits de l'enfant, le 20 novembre 2019 à Paris.
Le président français Emmanuel Macron lors d'un discours à l'Unesco, à l'occasion du 30e anniversaire de la Convention internationale des droits de l'enfant, le 20 novembre 2019 à Paris. Éric Feferberg, Reuters

En 30 ans d’existence, la Convention internationale des droits de l’enfant a permis de faire reconnaître les droits des mineurs. Des droits parfois bafoués en France et auxquels on n'alloue pas suffisamment de moyens, regrette Sébastien Lyon, directeur général d’Unicef France.

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La Convention internationale des droits de l’enfant (CIDE) fête ses 30 ans, mercredi 20 novembre, en cette nouvelle journée mondiale de l’enfance. Créée en 1989 pour les protéger, ce traité a été adopté à l’unanimité par l’ONU pour reconnaître les enfants mineurs comme des êtres à part entière, porteurs de droits sociaux, économiques, culturels, civils et politiques.

Depuis cet acte fondateur, Sébastien Lyon, directeur général de l'Unicef France, note un progrès très important à l’échelle internationale avec parfois des résultats spectaculaires, notamment en matière de santé.

Mais si les conditions de vie des enfants se sont considérablement améliorées à travers le monde ces trois dernières décennies, nombre de leurs droits peinent toutefois encore à être respectés, notamment en France, où la protection de l’enfance présente encore de nombreuses lacunes.

À l’occasion des 30 ans de la CIDE, le Défenseur des droits, Jacques Toubon, a publié lundi 18 novembre un rapport dans lequel il souligne un décalage entre les droits proclamés et les droits réels. Un constat confirmé par Sébastien Lyon.

France 24 : Quelle est, aujourd’hui, la situation de la France en matière de protection des droits de l’enfant ?

Sébastien Lyon : En France, beaucoup de situations n’ont pas progressé. Les situations de pauvreté nous préoccupent particulièrement à l’Unicef puisqu’aujourd’hui encore, un enfant sur cinq vit en dessous du seuil de pauvreté. C’est un chiffre qui, ces dix dernières années, a stagné voire augmenté.

Le Samu social est saturé. À Paris, chaque soir, ce sont 700 enfants qui ne trouvent pas d'hébergement, et dorment dans la rue. C’est indigne d’un pays comme la France.

Unicef partage également les constats du Défenseur des droits concernant les violences faites aux enfants. Tous les 18 mois, notre organisme interroge 25 000 enfants dans toute la France concernant la perception qu’ils ont de leurs droits. Il est clair que les sujets de harcèlement et de violences sont leurs préoccupations principales.

Outre les violences et la situation de pauvreté et d’exclusion que vivent les enfants dans la rue, la recrudescence de la non-scolarisation nous inquiète aussi. En France, l’école est gratuite et obligatoire, pourtant il y a de plus en plus d’enfants non-scolarisés : soit parce qu’ils ne sont jamais allés à l’école, soit parce qu’ils en sortent, soit parce qu’ils en décrochent. L’une des recommandations de l’Unicef est donc de créer un "observatoire de la non-scolarisation", pour ces situations pour lesquelles il n’existe ni chiffres, ni politique ou processus public permettant d’aller chercher ces enfants afin de les remettre à l’école.

C’est une déficience dans un pays comme la France qui est la sixième puissance mondiale, où l’on pourrait imaginer des politiques publiques bien menées et bien financées qui permettraient d'améliorer la situation. Mais le compte n’y est pas.

Le problème est-il avant tout un lié au budget alloué à la protection de l'enfance ?

Le manque de moyens est criant. Le plan proposé ce jour par le secrétaire d’État chargé de la protection de l’enfance, Adrien Taquet, comporte de bonnes mesures, mais les moyens qui y sont alloués sont insuffisants.

Ainsi, 80 millions d’euros sont alloués au plan de protection de l’enfance. Or, l'Unicef estime qu’à moins de 300 millions, il ne va pas se passer grand-chose en termes de résultats concrets.

Il y a aujourd’hui des difficultés dans les systèmes qui sont mis en œuvre, et dans leur financement.
Le 119 (numéro d’appel gratuit pour les enfants victimes de violences) n’est pas doté de suffisamment de professionnels à l’écoute des enfants voulant parler de certaines situations.

L’aide sociale à l’enfance (ASE), dont la situation dépend du financement des départements est, elle aussi, au cœur des débats. Elle est à bout de souffle.

Dans certains départements, comme le Nord où un travail colossal est effectué par l’ASE en raison de besoins très importants, celle-ci ne peut plus mettre en œuvre les politiques telles qu’elles sont prévues dans les textes français, faute de moyens financiers.

Notre problème n’est définitivement pas un problème de législation, les textes tels qu’ils sont prévus en France nous sont même enviés dans beaucoup de pays. Les difficultés que l’on a sont dans le financement des mécanismes existants. L’ASE en est un bon exemple, le 119 en est un autre.

Peut-on parler d’une crise du secteur de la protection de l’enfance ?

Le terme de crise me parait excessif, mais dire qu’il est en tension me parait être le bon terme. On sent que le système peut fonctionner, mais qu’il y a des failles de plus en plus grandes.

Cette tension très forte pèse sur les enfants, qui ne peuvent pas bénéficier des services de protection auxquels ils ont droit, mais aussi sur les professionnels.

En effet, pour les éducateurs et les assistantes sociales qui travaillent à l’ASE, la situation est critique. Quand, dans un département, on créé un service d’ASE censé s’occuper d’une centaine d’enfants par mois, et que s’en présentent 150 ou 200, la qualité de service s’en ressent. Il est difficile, quand on est engagé comme le sont les éducateurs et assistantes sociales, de faire du travail au rabais. De fait, les professionnels sont en grande souffrance parce qu’ils ne peuvent pas faire leur travail correctement.

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