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Du "miracle industriel" au "fiasco", les ex-Whirlpool d'Amiens en quête de réponses

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Amiens (AFP)

"Macron a vendu du rêve, on va lui demander des comptes!": écœurés après la liquidation cet été de WN, repreneur de l'usine Whirlpool d'Amiens, les ex-salariés rencontrent vendredi le président pour tenter de comprendre "comment le +miracle industriel+ est devenu fiasco".

Derrière des verrières poussiéreuses, dans l'immense entrepôt désolé, des lignes au sol, tuyaux et pointeuse témoignent de l'ancienne vie de l'usine. "Là, c'était la production des sèche-linge. C'était blindé de machines, de bruit, d'odeurs", lâche dans un silence pesant Patrice Sinoquet, représentant CFDT ex-Whirlpool.

"Dans les années 1990, on était plus d'un millier. Il restait 300 CDI en 2016. Aujourd'hui, c'est une usine fantôme", résume-t-il, dépité.

En janvier 2017, le géant américain Whirlpool annonce la délocalisation de l'usine à Lodz (Pologne). La rage des salariés, en grève, s'invite alors dans la campagne présidentielle.

Symbole de la désindustrialisation, le site devient dans l'entre-deux tours le terrain d'un duel-surprise entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron. Hué, l'ex-ministre de l'Economie promet de suivre le dossier personnellement.

Parmi six offres, c'est l'industriel picard Nicolas Decayeux -leader européen de la fabrication de boîtes aux lettres- qui "remporte la mise, avec un projet pensé pour 277 salariés", raconte Tonio Abrunhosa, ex-délégué CGT.

"Decayeux, président local du Medef aux cinq projets futuristes", dont la commercialisation de casiers réfrigérés connectés ou de chargeurs de batteries, "ça semblait miraculeux !", renchérit Frédéric Chanterelle (CFDT).

Tout juste élu, Macron "revient en octobre comme un sauveur", au bras d'un "Decayeux triomphant, tout le monde y croyait !". "J'hésitais à signer, mais le président m'a dit: +Il faut rester, c'est un beau projet !+", enrage Farid Baaloudj, aujourd'hui chômeur.

- "un interminable mensonge" -

"Tout n'a été qu'un interminable mensonge, on s'est fait berner !", tranche, amer, Frédéric Chanterelle.

Baptisée WN, la société embauche 162 personnes "se retrouvant vite à tondre les pelouses, jouer aux cartes" ou "errer dans la cour" faute de commandes, témoigne Christophe Beaugrand, soudeur et ex-WN. Et ce, malgré les aides de l'Etat (4 millions promis, 2,5 versés) et Whirlpool (7,4 millions).

"On a appelé au secours, été reçus au ministère mais ils ont mis plusieurs mois à bouger. Pendant ce temps, Decayeux assurait signer plein de contrats", déplore M. Abrunhosa (CGT). Après un audit gouvernemental, l'entreprise est finalement liquidée et un nouveau repreneur, Ageco Agencement, embauche en août 44 personnes.

Sur les 138 ex-WN à nouveau licenciés, 23 ont retrouvé un emploi, 106 sont suivis par Pôle emploi et 9 ont finalement "rebasculé" sur le plan de reclassement Whirlpool, selon la préfecture.

"Comment une telle mascarade est-elle possible? Comment l'Etat a-t-il pu apporter sa caution, verser autant d'argent sans s’apercevoir qu'il n'y avait aucun +business plan+ ?" martèlent les syndicalistes, dénonçant une "manigance".

Pour Patrice Sinoquet, "cette reprise +miraculeuse+ arrangeait tout le monde": Whirlpool, multinationale qui "lavait son image en se débarrassant d'un conflit social", Nicolas Decayeux, "qui a touché plus de 20.000 euros par mois", et un gouvernement qui "achetait ainsi la paix sociale".

"Il est tellement facile de dire +il y a une crise et vous ne l'avez pas anticipée+", mais selon le plan d'affaires, "l'argent devait commencer à rentrer en 2019 (...) et nous avons lancé un audit sur les comptes trois mois après", avait défendu en juillet la secrétaire d'Etat à l'Economie Agnès Pannier-Runacher, jugeant qu'un projet entrepreneurial qui échoue, cela "arrive tous les jours".

Contacté par l'AFP, M. Decayeux n'a pas donné suite. Whirlpool assure pour sa part que son plan était "conforme à la loi". Alors qu'une enquête pour "abus de biens sociaux" a été ouverte par le parquet d'Amiens, l'avocat des ex-salariés conteste aux prud'hommes le motif économique des licenciements prononcés et a engagé une procédure "en responsabilité" au TGI d'Amiens.

"En 2018, j'aurais eu droit à 12.000 euros de formation, 15.000 euros pour monter ma boîte. Je n'ai rien aujourd'hui!", lâche Farid Baaloudj. "On est plus d'une centaine à la rue", soupire aussi Emmanuel Schroeven, "au chômage et désespéré".

Pour Christophe Beaugrand, repris lui par Ageco, "Macron n'a en tout cas pas suivi ce dossier mois après mois. Il va devoir expliquer pourquoi".

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