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En Algérie, "une campagne électorale a minima pour un président a minima"

Détournement de panneaux d'affichage de l'élection présidentielle à Alger, en Algérie, le 17 novembre 2019.
Détournement de panneaux d'affichage de l'élection présidentielle à Alger, en Algérie, le 17 novembre 2019. Ramzi Boudina, Reuters

Chahutés lors de leurs déplacements et de leurs réunions électorales, les candidats à la succession de l'ancien président Abdelaziz Bouteflika font campagne depuis le 17 novembre en Algérie. Un climat de tensions alors que le Hirak refuse l'organisation du scrutin.

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Meetings sans public, manifestations contre les candidats, arrestations de protestataires, appels au boycott… La campagne pour l'élection présidentielle du 12 décembre en Algérie, qui s'est ouverte le 17 novembre, se déroule dans un lourd climat de tensions.

Rejetés par le Hirak, la mobilisation en cours dans le pays depuis le 22 février, à cause d'un passé étroitement lié au pouvoir, les candidats à la succession de l'ex-président Abdelaziz Bouteflika tentent de faire entendre leur voix dans un climat de contestation permanente. Des prétendants parmi lesquels figurent les ex-Premiers ministres Ali Benflis et Abdelmadjid Tebboune qui, selon le quotidien algérien El Watan, "continuent de ramer péniblement dans le marécage de la campagne électorale", contraints de "se rendre en catimini aux salles réservées aux meetings".

Malgré une présence policière renforcée depuis l'ouverture de la campagne, les manifestants multiplient les actions contre un scrutin présidentiel accusé de n'avoir d'autre objectif que de maintenir un système dont ils ne veulent plus. Les appels au boycott de la présidentielle, les perturbations des meetings, comme celui d'Ali Benflis à Tlemcen (nord-ouest), se sont multipliés ces derniers jours. Certains candidats sont même obligés de renoncer à prononcer leurs discours, comme Abdelmadjid Tebboune, dont un meeting à Sidi-Fredj, dans la banlieue d'Alger, a été annulé le 17 novembre.


"Ce début de campagne était prévisible, estime Hamid Guemache, le cofondateur du site d'information Tout sur l'Algérie (TSA), interrogé par France 24. Car vous avez d'un côté un pouvoir qui est déterminé à organiser son élection présidentielle et de l'autre, une bonne partie de la population qui s'y oppose fermement, en tout cas dans des conditions qui ne garantissent pas un scrutin équitable et avec des candidats issus du système Bouteflika".

Pour exprimer leur rejet, les opposants au scrutin s'adonnent également au détournement des panneaux d'affichage électoral, inexploités jusqu'ici par les candidats. Sur les réseaux sociaux, des photos de panneaux ornés de portraits de détenus du Hirak ou de figures de la bataille d'Alger, voire parfois de simples poubelles, sont légion. Sur plusieurs d'entre elles, on retrouve le slogan "Makach l'vote" ("Il n'y aura pas de vote") écrit à l'aide de bombes de peinture.

Série d'arrestations et peines de prison ferme

Dans la rue, la mobilisation reste elle aussi très importante, neuf mois après le début du mouvement contre le pouvoir. Des manifestations se déroulent dans plusieurs villes du pays, et plus seulement les mardis et les vendredis. Pour la première fois depuis le début de la vague de contestation qui a obtenu, en avril, la démission d'Abdelaziz Bouteflika, des marches nocturnes sont désormais organisées, à la suite d'appels sur les réseaux sociaux, en milieu de semaine, comme ce fut le cas à Alger, le 20 novembre. 

Plusieurs dizaines de personnes ont été arrêtées dans le cadre de rassemblements contre les candidats et lors de manifestations contre la tenue du scrutin. Le 18 novembre, la justice algérienne a condamné à 18 mois de prison ferme quatre personnes ayant perturbé la veille le meeting d'Ali Benflis à Tlemcen, tandis que 14 autres ont écopé de deux mois avec sursis.

"De mémoire, l'Algérie n'a jamais vu dans son histoire une campagne se dérouler dans des conditions aussi difficiles, avec des meetings chahutés, une multiplication des manifestations, des prisons pleines de prisonniers d'opinion et une presse muselée qui ne peut pas travailler correctement, poursuit Hamid Guemache. Par conséquent, dans un tel climat de répression, on ne peut pas appeler cela une campagne électorale normale".

Dans un communiqué publié jeudi, l'organisation de défense des droits de l'Homme Amnesty international s'est inquiétée du "climat de répression et de restrictions aux libertés d'expression qui marque ce début de campagne électorale".

Le même jour, Reporters sans frontières (RSF) a appelé les autorités algériennes à respecter le pluralisme médiatique et le débat d'idées pendant la campagne présidentielle, après avoir dénoncé les "pressions grandissantes" qui pèsent sur les journalistes de la radio et la télévision publiques et de médias proches du pouvoir.

Le report du scrutin pas à l'ordre du jour

"La campagne va être très difficile et les candidats vont avoir du mal à organiser leurs meetings, explique sur l'antenne arabe de France 24 le journaliste algérien Marouan al-Ounas. D'ailleurs, comment est-il possible de parler d'une campagne électorale alors qu'elle se déroule sous une étroite surveillance sécuritaire et dans un tel climat de tensions ?"

"Le pays se trouve dans une situation exceptionnelle, juge Hamid Guemache. On va avoir une campagne a minima pour avoir un président a minima, si toutefois l'élection est maintenue."

Jusqu'ici, alors que les incidents sont quotidiens, le pouvoir reste droit dans ses bottes et aucun report de l'élection n'est à l'ordre du jour. Le général Ahmed Gaïd Salah, chef d'état-major de l'armée et homme fort du pays, s'est même réjoui, le 19 novembre, de "l'élan populaire" envers la présidentielle et constaté une "volonté de se diriger massivement aux urnes".

L'Autorité nationale indépendante des élections (Anie), elle-même visée par des manifestants qui ont tenté de murer ses locaux dans plusieurs localités, a estimé, le même jour, que la campagne se déroulait dans de "très bonnes conditions", en évoquant de "petits grabuges".

Reste à savoir si les cinq prétendants à la magistrature suprême, réduits à des sorties sous haute protection policière et à faire campagne à huis clos, pourront tenir jusqu'au scrutin dans un tel contexte. Ces derniers jours, plusieurs membres d'équipes électorales ont préféré démissionner de leur poste, en raison de la pression populaire.

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