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Féminicides: un tiers des auteurs se suicident

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Paris (AFP)

A celle de leur conjointe ou ex, il ont ajouté leur propre mort : chaque année en France, environ un tiers des auteurs de féminicides se suicident après avoir tué la femme sans laquelle ils "ne pouvaient imaginer" vivre.

Gualtiero, 83 ans, travaillait comme concierge dans une demeure sur les hauteurs d'Urrugne (Pyrénées-Atlantique). A 40 ans, Jean-Michel était agent de maintenance SNCF près de Tours. Christophe, 40 ans, livrait des journaux à Bar-le-Duc (Meuse).

Tous ont mis fin à leurs jours après avoir commis un meurtre, selon les enquêteurs : celui de leurs conjointes ou ex-conjointes, comme près d'un tiers (32%) des 115 cas de féminicides recensés par l'AFP depuis début 2019.

Une proportion qui passe à 40% en comptant les tentatives de suicide (8%). Exactement comme en 2018 (29% de suicide et 11% de tentatives), d'après le ministère de l'Intérieur.

Gualtiero n'était pas d'accord avec sa femme: il voulait déménager, elle voulait rester. Jean-Michel et Christophe n'avaient pas supporté la séparation, effective ou annoncée, d'avec leur compagne.

"Le suicide, c'est le danger quand les gens sont déprimés", rappelle le psychiatre Roland Coutanceau.

Et leur forte proportion chez les auteurs de féminicides "montre que dans la masse des sujets violents, certains aussi ont des fragilités, se sentent écrasés, même si ça n'excuse en rien leur violence", explique-t-il. Et parfois, "leur violence leur revient en boomerang", notamment lors des crises de couple.

A Anzin (Nord) en juillet, Claude, un conseiller municipal de 72 ans, a tué sa compagne Daisy, 54 ans, avant de se pendre. Selon le frère de Daisy, Claude était un jaloux maladif qui "tentait de tout contrôler" dans la vie de sa conjointe.

Un profil courant chez les auteurs de féminicides : l'homme qui vit le couple de manière fusionnelle et exclusive car il vient combler un manque affectif et de confiance en soi.

"Ceux qui se suicident sont ceux pour qui la présence de l'autre colmatait une brèche terrible", abonde Marie-France Casalis, militante féministe spécialiste des violences contre les femmes : "Plus la brèche est béante, et plus ça arrive".

- "Tout s'écroule" -

Selon les psychiatres, les risques se multiplient au fur et à mesure que le couple se fissure, culminant notamment au moment de la séparation (près d'un quart des cas recensés par l'AFP en 2019).

En juin dans l'Yonne, Daniel, 60 ans, a étouffé sa femme puis s'est pendu. Elle avait quitté le domicile une semaine avant.

A ce moment-là, "l'auteur pense: +sans elle je ne suis plus rien. Je me tue ou je la tue, ça revient au même, tout s'écroule+", explique Gérard Lopez, psychiatre longtemps expert auprès des cours d'assises. Il suffira ensuite d'"une circonstance", d'"un coup de colère" pour qu'il passe à l'acte.

Comme l'ex-conjoint de Nelly, un policier de Mayenne de 50 ans, lorsqu'il a appris en février qu'elle était partie en weekend avec un nouvel ami. Il l'a tuée avec son arme de service et s'est suicidé après. Il n'était pas connu pour violences.

Mi-mars à Causses-et-Veyran (Hérault), le mari de Chantal, 63 ans, a fait de même. Dans une lettre succincte, il évoque leur séparation en cours après presque 40 ans de mariage. Les pompiers ont réussi à le ranimer.

D'autres n'ont pas laissé d'explications, comme ce sexagénaire d'Eygalières (Bouches-du-Rhône) qui, en octobre, a abattu sa compagne de 41 ans, mais aussi sa fillette de neuf ans, avant de se suicider. Juste avant, cet "homme très discret" avait appelé un voisin "pour dire qu'il pétait un plomb".

"Là, la société est impuissante, il n'y a pas eu de +clignotant+, la tragédie est totale", note M. Coutanceau.

La question du suicide se pose aussi chez les seniors, où l'isolement et le dénuement face à la vieillesse et à la maladie de la conjointe sont évoqués dans 11% des féminicides selon le décompte de l'AFP.

Le 1er février dans l'Hérault, Louis, 84 ans, a tué sa femme Simone, 81 ans, malade d'Alzheimer, dont il ne pouvait plus s'occuper et qu'il ne voulait pas laisser dépérir seule dans un hospice. Il a ensuite tenté de se suicider par médicaments.

Quand l'auteur se suicide, il emporte avec lui les chances de procès. "C'est insupportable pour les familles (de victimes) qu'aux yeux de la société ils restent innocents, alors que dans la plupart des cas il n'y a pas l'ombre d'un doute sur leur culpabilité", déplore Hélène de Ponsay, vice-présidente de l'Union nationale des familles de féminicide (UNFF).

emd-mdh-ab-burx/jt/shu

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