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Répression meurtrière en Irak alors que la désobéissance civile ne faiblit pas

Un manifestant brandit un drapeau irakien près de pneus en feu lors de protestations antigouvernementales, le 24 novembre 2019 à Nassiriya (sud).
Un manifestant brandit un drapeau irakien près de pneus en feu lors de protestations antigouvernementales, le 24 novembre 2019 à Nassiriya (sud). Ahmed Dhahi, Reuters

Les forces de sécurité irakiennes ont ouvert le feu dimanche sur les manifestants, faisant au moins neuf morts et des dizaines de blessés à Bagdad et dans le sud de l'Irak.

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Au moins sept manifestants ont été tués, dimanche 24 novembre, à Badgad et dans le sud de l'Irak où la désobéissance civile s'amplifie face au pouvoir, qui demeure intransigeant envers le plus important mouvement de contestation de l'histoire récente du pays.

Une fois de plus, c'est une annonce gouvernementale qui a suscité un regain de mobilisation.

Le ministère de l'Éducation a décrété que les cours devaient reprendre après quasiment deux mois de manifestations et un mois sans école dans de nombreuses villes du Sud.

Rien n'y fait. Les protestataires continuent de réclamer une refonte du système politique et un renouvellement complet d'une classe dirigeante jugée incompétente, corrompue et loyale au voisin iranien accusé de tirer les ficelles en Irak.

"Les menaces des dirigeants ne nous font pas peur", s'emporte Salem Hassan, à Amara (sud du pays). "Ils peuvent couper les salaires, tous nos salaires réunis ne pèsent rien face à une goutte de sang de tous ceux qui sont tombés en manifestant."  

Des cocktails Molotov lancés sur des maisons

À l'heure de la rentrée, dimanche matin à Nassiriya, aucune école n'avait ouvert et la plupart des administrations étaient fermées. Dans cette ville du sud de l'Irak, trois manifestants ont été tués dans des affrontements avec les forces de l'ordre, selon des sources médicales, qui annoncent également un quatrième mort des suites d'une blessure par balle à la tête. Écoles et administrations demeuraient également fermées à Hilla, Diwaniya, Najaf, Kout, Amara et Bassora.

Toujours à Nassiriya, foyer historique de révolte, les manifestants coupaient les cinq ponts enjambant l'Euphrate qui la traverse, ainsi que les accès à la compagnie publique du pétrole et un champ pétrolier proche.

Dans la province pétrolière de Bassora, où trois manifestants ont été tués, selon la Commission gouvernementale des droits humains, les principaux axes routiers étaient également coupés. Ce, malgré des tentatives de dispersion à balles réelles sur certaines routes, dont celle menant au port d'Oum Qasr, vital pour les importations et ouvert jusqu'ici.

Dans la ville sainte chiite de Kerbala (centre), des manifestants ont affirmé que les forces de l'ordre jetaient "des cocktails Molotov sur des maisons" qui ont été en partie incendiées, et ont "tiré à balles réelles après minuit". Les protestataires ont répondu avec ces mêmes bouteilles enflammées.

Deux personnes ont par ailleurs été tuées dans la nuit lors d'incidents dans la capitale Bagdad.

Réformes à la marge

Les Irakiens sont dans la rue depuis le 1er octobre pour le premier mouvement social spontané depuis l'invasion américaine qui a renversé en 2003 le dictateur Saddam Hussein

Leur principal point de ralliement est la place Tahrir de Bagdad, occupée jour et nuit, et voisine de ponts et de rues commerçantes devenus champ de bataille au cœur de la deuxième capitale la plus peuplée du monde arabe. Là, dix manifestants ont été tués ces trois derniers jours.

"On ne bougera pas d'ici", prévenait de nouveau dimanche un manifestant sur la place Tahrir. "Ca suffit, il faut qu'ils se décollent de leurs sièges ! Et nous, on est prêt à rester dix ans ici", prévenait un autre.

Face à eux, le pouvoir ne propose que des réformes à la marge. Une nouvelle loi électorale a été proposée, mais peine à voir le jour au Parlement. Par ailleurs, le remaniement ministériel partiel annoncé depuis des semaines pourrait, lui, n'être qu'une façon de se débarrasser de certains sans changer la face du pouvoir, selon les experts.

Pour le Premier ministre irakien, Adel Abdel Mahdi, la priorité est désormais le vote du budget 2020. Reposant quasi totalement sur l'argent du pétrole, ce budget est depuis des années le principal garant de la paix sociale dans un pays rongé par le clientélisme.

Mais avec déjà un tiers des 111 milliards de dollars de budget 2019 consacré aux salaires des fonctionnaires, les économistes assurent que celui de 2020 devrait exploser. En effet, le gouvernement a annoncé des milliers d'embauches pour tenter d'endiguer la contestation, sans toutefois lancer les réformes nécessaires pour développer le secteur privé, quasi inexistant en Irak.

Avec AFP

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