Accéder au contenu principal

De nouveaux documents sur la détention des Ouïghours mettent à mal Pékin

Un "centre de formation professionnelle", le 4 juin 2019, dans le Xinjiang, où seraient détenus de nombreux musulmans de l'ethnie ouïghoure.
Un "centre de formation professionnelle", le 4 juin 2019, dans le Xinjiang, où seraient détenus de nombreux musulmans de l'ethnie ouïghoure. Greg Baker, AFP

Le Consortium international des journalistes d'investigation (ICIJ) a permis la publication dans 17 organes de presse du monde entier, dimanche, de documents détaillant les conditions de détention d'un million de musulmans, principalement d'ethnie ouïghoure, dans des camps de rééducation politique au Xinjiang, dans le nord-ouest de la Chine.

Publicité

Portes fermées à double tour et vidéosurveillance "complète", jusque dans les dortoirs. Une nouvelle fuite de documents officiels chinois jette une lumière crue sur les "centres de formation professionnelle" au Xinjiang dans le Nord-Ouest, où seraient détenus plus d'un million de musulmans.

Ces documents, obtenus par le Consortium international des journalistes d'investigation (ICIJ) et publiés dimanche 24 novembre, par 17 organes de presse à travers le monde, détaillent les règlements draconiens régissant les sites de détention installés au Xinjiang, vaste région du nord-ouest de la Chine à majorité musulmane.

Un document spécifie par exemple que les internés doivent être constamment sous surveillance, y compris lorsqu'ils se rendent aux toilettes, afin de prévenir tout risque d'évasion.

Pékin a qualifié lundi "d'inventions" ces informations, le porte-parole de la diplomatie chinoise, Geng Shuang, accusant "certains médias" de recourir à "des méthodes ignobles pour monter en épingle la situation au Xinjiang".

Plus d’un million de musulmans détenus

D'après des organisations de défense des droits de l'Homme, plus d'un million de musulmans, principalement d'ethnie ouïghoure, sont détenus au Xinjiang dans des camps de rééducation politique.

Pékin récuse ce chiffre et évoque des "centres de formation professionnelle" destinés à lutter contre la radicalisation islamiste, en réaction à une série d'attentats sanglants attribués ces dernières années à des militants ouïghours.

 

Ces informations sont publiées une semaine après l'annonce du quotidien américain New York Times, qui avait réussi à se procurer plus de 400 pages de documents internes au pouvoir chinois, dont des discours secrets du président Xi Jinping appelant dès 2014 à lutter "sans aucune pitié" contre le terrorisme et le séparatisme au Xinjiang.

Les dernières révélations concernent une série de directives de gestion des centres, approuvées en 2017 par le chef des forces de sécurité au Xinjiang, ainsi que des rapports des services de renseignement montrant comment la police utilise l'intelligence artificielle et la collecte de données pour cibler les personnes à interner.

Suivi de la "transformation idéologique" des "étudiants"

Elles décrivent avec précision comment les gardiens doivent gérer la vie quotidienne des détenus, de l'interdiction d'entrer en contact avec le monde extérieur à la marche à suivre en cas de maladie, selon une traduction en anglais des documents publiée par l'ICIJ.

"Les portes des dortoirs, des couloirs et des étages doivent être fermées à double tour immédiatement après avoir été ouvertes et refermées", détaillent les auteurs. "Une vidéosurveillance complète doit être établie dans les dortoirs et les salles de classe, sans angle mort, de façon à ce que les gardiens puissent exercer leur surveillance en temps réel, enregistrer les choses dans le détail et rapporter immédiatement tout événement suspect".

>> À lire : Le prix Sakharov attribué au Ouïghour Ilham Tohti, emprisonné en Chine

Les directives qualifient les détenus "d'étudiants" devant "obtenir leur diplôme". Ils sont soumis à un système d'évaluation par points qui mesure "leur transformation idéologique (...) et leur obéissance". Ils doivent rester en détention pendant au moins un an, même si cette règle n'est pas toujours appliquée, selon les témoignages d'anciens prisonniers recueillis par l'ICIJ. Les gardiens n'ont pas le droit d'entretenir des relations amicales avec les internés afin d'éviter tout risque de "collusion", selon les directives.

Pour James Leibold, spécialiste des minorités ethniques chinoises à l'Université La Trobe, en Australie, ces documents confirment, "dans les mots même" du Parti communiste au pouvoir, "la nature calculée, coercitive et extra-judiciaire de ces détentions".

"Ils réduisent à néant la propagande du Parti selon laquelle il s'agirait d'innocents centres de formation professionnelle où les Ouïghours et les autres musulmans chinois suivraient librement un stage", déclare-t-il à l'AFP.

 

Avec AFP

NewsletterNe manquez rien de l'actualité internationale

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.