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Opération Barkhane : le retrait des troupes françaises au Sahel est-il envisageable ?

Mission contre des insurgés dans le cadre de l’Opération Barkhane à Inaloglog, au Mali, le 17 octobre 2017.
Mission contre des insurgés dans le cadre de l’Opération Barkhane à Inaloglog, au Mali, le 17 octobre 2017. REUTERS - Benoit Tessier

Alors que la France s’apprête à honorer ses 13 soldats décédés en opération au Mali, certains politiques et experts estiment qu’il faut repenser la mission anti-terroriste au Sahel dans l’optique d’un retrait des troupes.

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C’est la perte militaire la plus lourde depuis des décennies et la plus importante pour les troupes françaises engagées depuis 2013 dans la lutte anti-terroriste au Mali. Au lendemain de la mort de 13 militaires français lors d’une opération nocturne contre des groupes armés jihadistes dans le sud du pays, le débat autour de l’engagement militaire français au Sahel revient sur le devant de la scène.

Le 19 septembre 2013, le président François Hollande annonçait, triomphant à Bamako, la victoire contre les terroristes. L’intervention militaire française venait de mettre fin à l’avancée des groupes jihadistes du nord vers la capitale du Mali. En 2014, dans la foulée de ce succès, la France lançait une opération militaire élargie et ambitieuse visant à sécuriser une vaste région entre le Mali, la Mauritanie, le Burkina Faso, le Niger et le Tchad : Barkhane. Cinq ans plus tard, la mission anti-terroriste au Sahel semble s’enliser alors que le bilan humain s’alourdit.

"4 500 militaires français et quelques milliers de soldats internationaux pour sécuriser trois millions de kilomètres carrés, c’est mission impossible. On le constate tous les jours", affirme Jean-Vincent Brisset, ancien général de brigade aérienne et directeur de recherche à l’IRIS. "Le soutien européen est quasi-inexistant, les soldats africains sous équipés et sous entrainés et les jihadistes, mobiles sur la zone, restent incontrôlables".

Barkhane "primordiale" dans la lutte contre le terrorisme

Lors du conseil des ministres, mercredi 27 novembre, Emmanuel Macron a réitéré son soutien inconditionnel à la mission anti-terroriste au Sahel affirmant que la présence des soldats sur place était "difficile et primordiale". Interrogé par France 24, Fabien Gouttefarde, membre LREM de la commission de la Défense nationale et des Forces armées, reconnaît que le bilan est loin d’être satisfaisant. "Il y a une montée en puissance des attaques terroristes dans la région, c’est un fait. Mais quitter le Sahel, c’est laisser place aux terroristes car le G5 et les forces locales ne sont pas de taille aujourd’hui face aux groupes armés. Le but de l’opération Barkhane est d’affaiblir les jihadistes pour les mettre à la portée des forces locales, que nous équipons et formons dans le même temps. À ce titre, cette opération est essentielle et doit continuer".

Pour le général Dominique Trinquand, les enjeux sont bien trop importants pour remettre en question l’opération. "On essaye de neutraliser les jihadistes dans la zone centre pour les empêcher de prendre Bamako et de créer un pseudo État comme en Syrie. Si un califat s’installe, l’Europe est directement menacée", estime sur France 24 l’ancien chef de la mission militaire française auprès de l'ONU.

Augmenter le nombre de soldats français, européens et africains ?

Le contingent français sur le terrain est bien insuffisant pour endiguer la menace terroriste, d’autant plus qu’il évolue dans un environnement particulièrement dangereux. "Les groupes jihadistes sont aujourd’hui dans une logique politique. Ils font promotion d’un projet de société alternatif, explique Niagalé Bagayoko, présidente du think tank African Security Sector Network. Les soldats étrangers sont perçus comme des forces occupantes et constituent, à ce titre, une cible privilégiée".

Pour protéger ses troupes en luttant efficacement contre le terrorisme, la France doit-elle augmenter sa présence militaire ? Impossible pour le général Trinquant. "Avec 4 500 soldats sur zone, la France est au maximum de ses capacités. Certains États régionaux comme le Burkina Faso ne sont pas assez présents dans la région ce qui permet l’implantation jihadiste. Il faut plus d’investissement de nos partenaires européens et africains".

Interrogé par France 24, le député de la France Insoumise Bastien Lachaud, membre de la commission de la Défense nationale et des Forces armées, ironise sur l’implication européenne. "Les seuls qui nous ont dit oui pour rejoindre une coalition de terrain sont l’Estonie, la Belgique et la République tchèque. Pas vraiment les plus grandes armées ! Par ailleurs, l’apport de soldat européens ne suffira pas à régler le problème car il constitue un investissement lourd en terme d’argent et de temps pour former les troupes aux conditions particulières du terrain".

La France doit-elle changer d’approche dans le Sahel ?

Si les spécialistes s’accordent à dire que l’implication française dans la région doit continuer, certains pensent qu’un changement de cap est nécessaire. Pour Niagalé Bagayoko, c’est la définition de la menace qui pose problème. "L'opération Barkhane est centrée sur l'antiterrorisme. Or, elle ne prend pas en compte l’évolution de la situation et les enjeux régionaux complexes comme les problèmes communautaires et l’évolution du trafic."

Une position partagée par Bastien Lachaud. Le député de La France Insoumise affirme que l’opération militaire ne peut régler la crise qui est avant tout politique. "Cela fait cinq ans que nous nous enfonçons dans une stratégie militaire alors que les jihadistes gagnent du terrain. La priorité doit maintenant être donnée au développement : aider le Mali à se reconstruire pour que l’État reprenne son rôle et empêche les groupes armés de s’étendre. En 2013, nous étions accueillis en héros, aujourd’hui les Maliens manifestent contre la présence française. Or la résolution du conflit doit passer par le peuple."

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