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Aux États-Unis, les autorités ont piégé des immigrés avec une fausse université

Le très réel site de la fausse université de Farmington a disparu d'Internet en janvier.
Le très réel site de la fausse université de Farmington a disparu d'Internet en janvier. Capture d'écran

Plus de 250 étudiants étrangers ont été arrêtés depuis janvier aux États-Unis dans une vaste opération de lutte contre la fraude aux visas étudiants. Leur point commun ? Ils étaient tous inscrits dans une fausse université créée par la police des douanes.

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Ils s'étaient inscrits dans une université qui n'existait pas et ont depuis été arrêtés. Quelque 250 étudiants étrangers ont été interpellés aux États-Unis depuis janvier dans le cadre d'une rocambolesque affaire de piège mis en place par les autorités pour prouver la réalité de la fraude aux visas étudiants, a révélé l'agence américaine de police douanière (ICE) mercredi 27 novembre.

Ces étudiants ont été attirés aux États-Unis par les promesses de l'université de Farmington, à Detroit. Le site Internet de l'établissement vantait, à grand renfort de photos d'étudiants profitant des opportunités du campus universitaire, l'excellence d'un enseignement résolument tourné vers les disciplines techniques. L'université s'était dotée d'une devise – en latin, comme il se doit –, "scientia et labor" ("science et travail"), et ses "fondateurs" avaient poussé le souci du détail jusqu'à lui assigner comme mission officielle de "participer au renouveau économique de la ville de Detroit". Ils avaient également créé une page Facebook sur laquelle étaient postés de prétendus temps forts de la vie sur le campus. L'établissement était même inscrit sur la liste officielle des écoles habilitées par le département de la Sécurité nationale à accueillir des étudiants étrangers.

Un observateur un peu attentif pouvait, cependant, déceler des défauts dans ce vernis de respectabilité. L'université de Farmington semblait ne pas avoir de doyen, il n'y avait aucune mention du nombre d'étudiants, et le site Internet ne comportait aucune liste d'enseignants. Une recherche sur Google Earth de l'adresse supposée de l'établissement montrait un bâtiment ressemblant plus à un immeuble de bureaux qu'à un campus.

En réalité, les autorités douanières avaient tout inventé en 2015 pour prouver par l'exemple que des immigrés étaient prêt à payer un faux cursus pour obtenir le visa étudiant leur permettant de rester et travailler sur le territoire américain en tout légalité.

Une combine à plus de 200 000 dollars

Ce n'est qu'en 2017, peu après l'élection de Donald Trump, que des agents de l'ICE ont commencé à endosser leurs habits d'universitaires pour attirer des "faux" étudiants dans leurs filets. En deux ans, plus de 600 individus ont payé les frais d'inscription (entre 8 500 dollars et 10 000 dollars) en échange du précieux sésame universitaire. "Toutes les personnes qui se sont inscrites savaient qu'il n'y aurait pas de diplôme ou de cours à suivre", ont affirmé les autorités dans les actes d'accusation remis à la justice en janvier.

Parmi les premiers "étudiants" de l'université de Farmington, neuf ont poussé le zèle universitaire jusqu'à se transformer en "recruteurs". Ils ont fait la promotion de l'établissement auprès d'autres immigrés qui, ensuite, les payaient pour s'occuper de toutes les démarches administratives. Ces rabatteurs reversaient, ensuite, une partie de cette rémunération au personnel de la fausse université, sans se douter qu'il s'agissait en réalité d'agents de la police douanière. En tout, cette combine a rapporté près de 200 000 dollars à l'ICE. Pour l'agence, c'était une preuve supplémentaire que personne n'ignorait que l'université de Farmington n'était rien d'autre qu'une vaste fraude au système d'obtention des visas.

Les avocats des individus ainsi arrêtés, qui risquent d'être expulsée, ne l'entendent pas de la même oreille. "Les États-Unis ont piégé des personnes particulièrement vulnérables et en situation précaire qui cherchaient juste un moyen de rester sur le sol américain où ils avaient commencé à construire une vie", a affirmé au quotidien Detroit Free Press Rahul Reddy, un avocat défendant plusieurs des faux étudiants interpellés. Il a rappelé qu'une part importante de ceux qui avaient payé les frais d'inscription se trouvait déjà sur le sol américain et que l'université de Farmington représentait souvent leur dernière chance pour rester.

Les avocats de la défense ne sont pas les seuls à avoir désapprouvé les méthodes utilisées. L'affaire a suscité un incident diplomatique avec l'Inde. En effet, la quasi-totalité des personnes interpellées était des ressortissants indiens, et le ministère indien des Affaires étrangères a officiellement protesté auprès de l'ambassade américaine à New Delhi, a rapporté la chaîne britannique BBC. "Nous nous inquiétons des conditions de détention de ces étudiants et voulons savoir s'ils sont traités avec dignité", a indiqué le ministère. Il a rajouté qu'il craignait que des personnes s'étant inscrites de toute bonne foi dans cette université figurent parmi les suspects. 

Les autorités américaines ont répondu qu'elles étaient convaincues que 100 % des étudiants savaient où ils mettaient les pieds. En revanche, elles n'ont pas encore expliqué ce qu'elles allaient faire de tous les frais d'inscription reçus pendant deux ans.

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