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Après une coupure brutale d'Internet, les Iraniens se réveillent abasourdis

Des Iraniens protestent contre la hausse des prix du pétrole, le 16 novembre 2019 à Téhéran.
Des Iraniens protestent contre la hausse des prix du pétrole, le 16 novembre 2019 à Téhéran. Reuters

Après plus de dix jours de blocage, les Iraniens retrouvent progressivement l’accès à Internet. Ils découvrent l’ampleur de la répression des manifestations, ainsi que des pertes économiques considérables liées à cette coupure.

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"Je tweete pour la première fois avec mon téléphone portable après onze jours de coupure d'Internet", s'émeut dans un tweet le journaliste iranien Abas Aslani, rédacteur en chef du site d'information Iran Front Page. Comme lui, les 80 millions d'Internautes en Iran n'ont retrouvé l'accès au réseau mondial qu'à partir de mercredi 27 novembre depuis leur téléphone. Seul le wi-fi avait été rétabli le 23 novembre par les autorités iraniennes d'après le site NetBlocks, qui surveille la liberté d'accès à Internet dans le monde.

Toutefois, l'accès à la 4G sur téléphone reste encore partiel, précise Abas Aslani sur Twitter : "L'Internet mobile a été restauré dans la province de Téhéran, à l'exclusion de certaines villes de l'ouest de Téhéran où les manifestations sont devenues plus violentes".

Les images des défunts iraniens circulent sur Internet

L'Iran a vécu coupé du monde au lendemain de la sanglante répression des manifestations du 15 novembre, qui selon Amnesty international a fait au moins 140 morts et 7 000 arrestations. Plus de dix jours après les événements, les Iraniens découvrent l'ampleur de la répression à travers les vidéos des violences, les photos des victimes et les témoignages des familles de défunts qui s'échangent sur les réseaux sociaux.

Les autorités iraniennes n'ont pour leur part confirmé que la mort de cinq personnes, quatre membres des forces de l'ordre tués par des "émeutiers", et un civil. Téhéran a également annoncé l'arrestation d'environ 500 personnes, dont 180 "meneurs".

Trois milliards de dollars de perte pour l'économie iranienne

La coupure intervenue le 16 novembre a été d'une ampleur inédite, explique Ershad Alijani, journaliste spécialiste de l'Iran au sein de la rédaction des Observateurs de France 24. "Internet a déjà été ralenti ou partiellement coupé au moment de manifestations en Iran, notamment en 2009, mais jamais avec une telle ampleur et à une échelle géographique aussi vaste."

Avec le rétablissement de l'accès au réseau mondial, des voix se sont élevées dans la sphère économique iranienne pour dénoncer ces dix jours de gel des échanges commerciaux dans des secteurs déjà marqués par la crise économique consécutive au rétablissement des sanctions américaines contre l'Iran.

Jeudi, le quotidien réformateur Etemad titrait ainsi sur le "coût de la panne d'Internet", dont la note se chiffre à "3 milliards de dollars" pour les "jeunes entreprises iraniennes", d'après des chiffres officiels. Les entreprises d'import-export, le commerce en ligne, les agences de voyage et les start-up comptent parmi les secteurs les plus touchés.

"Internet, comme l'eau, comme l'air, ne doit pas être déconnecté"

Le mécontentement se fait également sentir au sein du gouvernement iranien pour imaginer une coupure plus concertée et moins brutale. "Internet, comme l'eau, comme l'air, ne doit pas être déconnecté", a tweeté mercredi Amir Nazemy le vice-ministre iranien des Communication. "Pour empêcher la normalisation des pannes d'Internet, nous travaillons sur un projet de loi qui nécessiterait l'approbation du Parlement pour fermer l'Internet ou toute application avec plus d'un million d'utilisateurs iraniens ", a-t-il poursuivi.

Les courants plus conservateurs appellent eux, à améliorer l'efficacité du réseau national d'information. Ce service local, dont la fréquentation a augmenté durant le blocage d'Internet, permet uniquement aux services étatiques, aux sites d'information locaux et aux applications validées par le gouvernement, telles que des services de messageries iraniens, d'être accessibles en Iran. 

Si l'Iran, à l'image de la Chine, parvient à développer un réseau national performant, celui-ci servirait aux autorités iraniennes pour poursuivre les échanges commerciaux en temps de manifestations, tout en étouffant les communications des mouvements de contestation.

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