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Dans le Liban en crise, suppression d'emplois et réduction de salaires

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Beyrouth (AFP)

Il y a quelques semaines, Laeticia Nicolas a été convoquée par son employeur pour être licenciée. Comme elle, des milliers de Libanais sont affectés par la grave crise économique secouant le pays et qui a entraîné un soulèvement populaire sans précédent.

Les difficultés économiques se font sentir depuis bien avant le début des manifestations le 17 octobre, sur fond de crises politiques à répétition, exacerbées par les répercussions du conflit en Syrie voisine.

"Ca fait un an que le nombre de projets (de l'entreprise) est en baisse", déplore l'architecte d'intérieur de 28 ans, qui participe aux manifestations de masse dénonçant une classe politique jugée corrompue et incompétente.

"Avant le début de la révolution, ils nous avaient prévenus qu'ils allaient nous payer la moitié du salaire en échange d'une réduction du temps de travail", poursuit-elle.

Mais après le lancement du mouvement, elle a reçu l'appel fatidique. "On m'a demandé de venir au bureau pour retirer mon dernier salaire", lâche-t-elle.

Dans un pays en plein marasme économique depuis plusieurs années, la Banque mondiale prévoit une croissance négative de 0,2% en 2019.

Des milliers de personnes ont soit été licenciés sans préavis, soit vu leur salaire divisé par deux.

C'est ce qui est arrivé à Marie, vendeuse depuis 16 ans dans une boutique de vêtements à Beyrouth.

- "On craint le pire" -

Cette quadragénaire s'exprimant sous un pseudonyme explique que, depuis début novembre, elle ne travaille plus que quatre jours par semaine.

"Notre employeur nous a informés qu'il n'avait pas d'autre choix que de nous payer un demi-salaire", regrette-t-elle. Ni elle, ni ses collèges --près d'une vingtaine-- n'ont osé protester.

"On craint le pire. Personne ne va prendre le risque de perdre son travail dans ces conditions", justifie-t-elle. "Ces derniers jours, la boutique n'a même pas encaissé 50.000 livres libanaises" (30 euros).

En 2018, lors d'une conférence internationale, le Liban s'était engagé à adopter des réformes structurelles, notamment pour réduire son déficit, en contrepartie de promesses de prêts et de dons de 11,6 milliards de dollars.

Faute de progrès, les montants n'ont jamais été débloqués.

Avec l'aggravation de la crise actuelle, la moitié de la population pourrait sombrer dans la pauvreté, a mis en garde la Banque mondiale. Environ un tiers des Libanais vivent déjà sous le seuil de pauvreté.

Le taux de chômage pourrait également augmenter --il est de plus de 30% chez les jeunes, selon l'institution.

"Des milliers d'entreprises sont menacées de fermeture, et des dizaines de milliers d'employés pourraient perdre leur emploi", a récemment averti une association importante regroupant les sociétés du secteur privé.

En deux mois, 265 restaurants et bars ont fermé, selon un communiqué de leur syndicat. Un chiffre qui pourrait grimper à 465 d'ici la fin de l'année.

Le pays connaît aussi une crise de liquidités qui menace les importations et a entraîné une hausse des prix. Les importateurs de carburants, mais aussi de matériel médical, ont tiré la sonnette d'alarme.

Car si le dollar est couramment utilisé au quotidien, des restrictions de plus en plus sévères ont été adoptées depuis plusieurs mois sur l'obtention du billet vert dans les banques, et la situation s'est aggravée avec la contestation.

- "Partir à l'étranger" -

Résultat: si le taux de change officiel est toujours de 1.507 livres libanaises pour un dollar, dans les bureaux de change le billet vert s'achète à plus de 2.000 livres.

Propriétaire d'une petite entreprise spécialisée dans le marquage des routes et le matériel de sécurité routière, Bilal Dandachli ne s'en sort plus.

Ses clients ont des difficultés à le régler et par conséquent, il n'arrive pas à payer ses fournisseurs à l'étranger.

"Quelqu'un me doit 20.000 dollars, il vient me voir avec un chèque de 1.000 dollars. Comment pouvons-nous continuer ?", s'interroge-t-il.

Employant dix personnes, il estime pouvoir encore "tenir quelques mois" avant de devoir mettre la clé sous la porte. "Je vais voir s'effondrer devant moi tout ce que j'ai construit".

De son côté, Laeticia essaie de trouver un autre emploi. "Si je dois partir à l'étranger, je le ferai", lance-t-elle.

"J'ai reçu une offre d'emploi au Koweït, j'étudie la question", indique-t-elle. "Je vais tout recommencer à zéro, mais pas ici, car il n'y a pas d'espoir".

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