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"Camille", "Sympathie pour le diable": le reporter de guerre inspire toujours le cinéma

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Paris (AFP)

La photographe Camille Lepage dans "Camille", le journaliste Paul Marchand dans "Sympathie pour le diable": figure classique au cinéma, le reporter de guerre continue à inspirer le 7e Art, avec une tendance à plus de réalisme et de sobriété, s'éloignant d'une dramatisation jugée souvent excessive.

Dans "Sympathie pour le diable", en salles depuis mercredi, le réalisateur canadien Guillaume de Fontenay s'intéresse par le biais de la fiction à Paul Marchand, journaliste de guerre français flamboyant et provocateur, Prix spécial du jury du Prix Bayeux-Calvados des correspondants de guerre en 1994 pour ses reportages au Liban et en ex-Yougolavie.

Le film, adapté du livre éponyme de Paul Marchand, raconte la vie de ce journaliste trentenaire lors du siège de Sarajevo, où il est arrivé en 1992 comme pigiste pour des radios et télés francophones.

L'acteur Niels Schneider s'est efforcé de retrouver "son rythme" pour incarner le journaliste, mais aussi "sa manière de bouger, sa rapidité, l'urgence, et en même temps une nonchalance, une élégance à toute épreuve", explique-t-il à l'AFP.

Guillaume de Fontenay, qui avait rencontré Paul Marchand et travaillé avec lui sur l'écriture du long métrage, avant le suicide du reporter en 2009, dit avoir "essayé à travers ce film d'être le plus proche de la réalité, le plus brut possible".

"J'ai voulu créer une narration presque sensorielle", ajoute-t-il, indiquant avoir choisi la forme d'une "chronique de guerre" plutôt qu'une "histoire plus articulée" pour éviter le côté "fabriqué".

- "Public plus large" -

Un parti pris salué par le photojournaliste Laurent Van der Stockt, qui était à Sarajevo, et dit avoir apprécié "la reconstitution, l'atmosphère du film". Et le fait qu'il soit "sans ressorts dramatiques évidents ou trop importants", ce qui "correspond assez à l'espèce de monotonie qu'il y a dans ce genre de situations".

"Je trouve que les films sur les +reporters de guerre+ tombent souvent dans des travers de pathos ou de dramatisation ou d'émotion. Là, il échappe à tous ces écueils", estime-t-il.

"Ca nous parle", renchérit le reporter de guerre Patrick Chauvel. Il note cependant que le 7e Art a souvent tendance à s'intéresser à "des gens hors normes, même dans le métier", comme Paul Marchand, ou l'Américaine Marie Colvin, morte en 2012 lors d'un bombardement en Syrie, qui a elle aussi inspiré un film, "A Private war" (2018).

"Le cinéma, quand il s'empare de nos histoires, prolonge notre boulot parce qu'il continue à raconter les drames qu'ont subis les populations", à condition que "le pays ne serve pas de prétexte à l'acteur", souligne le reporter, qui cite parmi ses références du genre "Under Fire" (1983) avec Nick Nolte, ou "Salvador" (1986) d'Oliver Stone.

"Ca nous permet de toucher un public différent, plus large", ajoute cette figure du métier. Mais "il faut faire attention, parce que la réalité est un peu moins sexy", prévient-il, évoquant "les histoires d'amour dans les films, qui n'existent pratiquement pas en fait".

- "Derniers héros modernes" -

Autre film évitant le sensationnalisme, "Camille" de Boris Lojkine ("Hope"), sorti mi-octobre, qui suit le destin de Camille Lepage, jeune photojournaliste tuée à 26 ans lors d'un reportage en Centrafrique en 2014.

L'actrice Nina Meurisse dit avoir eu "la pression" avant ce tournage car "souvent, la profession râle de voir les photoreporters un peu caricaturés". Elle s'est notamment formée auprès de photographes de l'Agence France-Presse (AFP), avec le souci de "ne pas trahir ce métier".

Pour l'ancien journaliste de guerre Philippe Lobjois, les reporters de guerre "fascinent parce qu'ils sont avec le criminel, le mafieux, le policier, le militaire ou l'agent secret les derniers héros modernes au contact avec la guerre et la violence".

"Le reporter est un des rares à côtoyer la violence, dans une position à laquelle on peut plus facilement s'identifier que le militaire", renchérit le critique de cinéma Jean-Michel Frodon. Pour lui, une nouvelle "figure héroïque" tend cependant à voler la vedette au journaliste à l'écran: le lanceur d'alerte.

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