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En Argentine, le théâtre résiste contre vents et marées

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Buenos Aires (AFP)

Lorsque l'Argentin "a quelques sous en poche, il va au restaurant, au cinéma ou au théâtre": des lumières de l'avenue Corrientes, le Broadway local, aux petites salles de quartier, le théâtre résiste à Buenos Aires, malgré la crise.

Chaque soir, plus de 200 salles, la plupart indépendantes, proposent une offre culturelle qui n'a rien à envier à New York, Londres ou Paris.

Elles ouvrent en dépit de l'inflation, une des plus élevée au monde, de la récession et des tarifs d'électricité qui ont grimpé de près de 1.500% en quatre ans.

"Nous avons une certaine résilience et quand la classe moyenne a quelques sous en poche, elle va au restaurant, au cinéma ou au théâtre", explique un des piliers du secteur, le producteur Sebastian Blutrach, 50 ans, président de l'Association argentine des entrepreneurs de théâtre (AADET).

"Le théâtre ne brasse pas des millions. C'est une entreprise artisanale très risquée. On investit la valeur d'un appartement la nuit de la première et ça peut rapidement valoir zéro. Avec des taux d'intérêt (des banques) de 70%, c'est une folie de le faire. Mais avec un succès, on finance entre trois et quatre échecs", explique M. Blutrach, propriétaire du théâtre Picadero.

Avec ses 300 places, ce théâtre est un symbole en Argentine. La salle avait été incendiée et détruite sous la dictature militaire (1976-1983).

Le régime tentait d'étouffer le "Teatro abierto" (Théâtre ouvert), un mouvement culturel opposé à la dictature. Au retour de la démocratie, le Picadero renaît de ses cendres à proximité de l'avenue Corrientes, la "rue qui ne dort jamais", avec ses salles de spectacles, ses librairies et ses cafés.

"En 2005, 2 millions d'entrées ont été vendues. Le boom a eu lieu en 2011 avec 3 millions. Mais ces quatre dernières années, la baisse cumulée des ventes est de 50%", affirme le producteur du plus grand succès théâtral de ces dix dernières années en Argentine, "Toc Toc", du Français Laurent Baffie.

Une entrée coûte l'équivalent de 15 dollars.

- "Beaucoup de dévouement" -

Au Picadero, la représentation de la pièce "Siete años" (Sept ans), de l'Espagnol José Cabeza, va commencer.

Dans sa loge, l’actrice Florence Raggi finit de se maquiller avant de monter sur scène.

"Le théâtre résiste. Il y a des talents au niveau de l'écriture, des comédiens... Il y a beaucoup d'amour et de dévouement", déclare cet ancien mannequin de 47 ans, dont 20 sur les planches.

A une trentaine de rues de là, au milieu des petites maisons de plain-pied du quartier de Villa Crespo, se trouve le Patio de Actores (Cour des acteurs), une des salles de ce qu'on appelle le Off-Corrientes qui regroupe les salles alternatives.

"Cela va au-delà de l'argent. C'est une folle passion qui pousse à venir étudier, faire des essais. Il y a une petite aide de l'Etat. Pour survivre, on loue la salle pour des répétitions", explique Clara Pizarro, la productrice qui dirige ce théâtre. Elle a mis en scène le spectacle "Madame Sabo Cabaret", où un travesti raconte l'histoire d'amour entre deux révolutionnaires dans un décors de cabaret berlinois des années 1920.

"Plus la crise est forte, plus on a recourt au théâtre. Il y a beaucoup de résistance. C'est une expérience surréaliste", juge-t-elle en se maquillant.

Les salaires des artistes ont baissé ces dernières années et il faut trois ou quatre emplois pour survivre ou décrocher de petits rôles à la télévision.

Assise dans un fauteuil de la cour, Helena Tritek, une des gloires du théâtre argentin qui a étudié avec le comédien américain Lee Strasberg (1901-1982) à l'Actor Studio de New York, explique qu'il "y a un besoin de s'exprimer, de parler, de raconter des histoires et des légendes" dans ce pays.

"Le nouveau théâtre résiste, c'est presque un miracle", estime cette femme de 78 ans.

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