Accéder au contenu principal

Indignation à Malte après la libération du bras droit du Premier ministre Muscat

Publicité

La Valette (AFP)

La libération du bras droit du Premier ministre maltais et le refus de ce dernier de protéger un homme d'affaires prêt à dire "tout ce qu'il sait" du meurtre de la journaliste Daphne Caruana a suscité l'indignation de sa famille et de l'opposition qui réclament le départ de Joseph Muscat.

Au terme de six heures d'un conseil des ministres réuni en urgence, le chef du gouvernement travailliste au pouvoir depuis six ans a annoncé que Yorgen Fenech, un puissant homme d'affaires principal suspect du meurtre de Daphne Caruana Galizia, n'allait finalement pas bénéficier d'une immunité en échange d'informations.

Cette annonce en pleine nuit est intervenue quelques heures après la remise en liberté surprise de Keith Schembri, chef de cabinet de M. Muscat depuis 2013, mentionné dans l'enquête sur l'assassinat de la journaliste comme ayant reçu des pots de vins de Yorgen Fenech.

M. Fenech, co-propriétaire du groupe familial Tumas, actif dans l'hôtellerie, l'automobile et l'énergie, est considéré par la famille de Daphne Caruana comme le ou l'un des commanditaires de l'assassinat. Selon un intermédiaire, chauffeur de taxi et usurier, qui a obtenu une grâce en échange d'informations, les trois meurtriers de la journaliste ont reçu 150.000 euros pour la tuer.

La famille et des mouvements civiques organisent une manifestation à 17H00 GMT pour réclamer la démission du gouvernement Muscat. Il s'agira de la sixième en deux semaines, depuis l'arrestation spectaculaire de Fenech, le 20 novembre, alors qu'il fuyait l'archipel sur son yacht de luxe.

Le Premier ministre a assuré dans la nuit que le refus de l'immunité pour Fenech a été décidé à l'unanimité du conseil des ministres, sur recommandation du ministère de la Justice et des autorités policières.

"Yorgen Fenech a demandé une grâce pour la deuxième fois après avoir formulé des allégations sur (le chef de cabinet) Keith Schembri, je n'ai pas voulu assumer la responsabilité (de la décision) moi-même et j'ai réuni le gouvernement", a expliqué M. Muscat.

Selon des sources policières, M. Fenech a déclaré à la police que le vrai "commanditaire" du meurtre était M. Schembri. La police a toutefois remis en liberté le chef de cabinet assurant n'avoir "pas de nécessité de le maintenir en état d'arrestation".

"Yorgen Fenech a avoué le meurtre, il a le même médecin que Schembri et ce médecin a avoué qu'il renvoyait les messages de Schembri à Fenech pendant qu'il (Fenech) était en état d'arrestation. Malgré ces indices criminels, la police vient de relâcher Schembri", a dénoncé sur Twitter l'un des trois fils de Daphne, Matthew Caruana Galizia.

- "Sous ma supervision" -

Le chef du Parti nationaliste (opposition conservatrice) Adrian Delia a estimé que "chaque minute qui passe où Muscat reste à son poste de Premier ministre, il accroît le risque que la justice ne soit pas rendue".

Il y a quelques jours, l'organisation Reporters Sans Frontières s'était dite inquiète "de possibles interférences politiques dans l'enquête".

L'arrestation de Fenech a ébranlé le gouvernement maltais dont trois hauts responsables ont quitté leurs fonctions cette semaine: le chef de cabinet et deux ministres, le ministre du Tourisme Konrad Mizzi et le ministre de l'Economie Chris Cardona.

Daphne Caruana Galizia, qui enquêtait sur la corruption au plus haut niveau, avait été tuée à 53 ans dans un attentat à la voiture piégée en 2017. Elle avait notamment creusé la partie maltaise de l'enquête journalistique sur les Panama Papers. La journaliste avait découvert des documents attestant que des sociétés panaméennes appartenant au ministre de l'Energie de l'époque Konrad Mizzi et au chef de cabinet Schembri avaient reçu environ 2 millions d'euros d'une société de Dubaï, 17 Black, pour des services non précisés.

Le groupe Daphne Project qui a repris les investigations de la journaliste a découvert que la 17 Black appartenait à Yorgen Fenech, une découverte corroborée récemment par la magistrature grâce à une série d'arrestations pour blanchiment, dont celle du chauffeur de taxi, qui a joué les intermédiaires.

Interrogé dans la nuit sur une éventuelle démission, M. Muscat a répondu que son gouvernement "s'est engagé à enquêter sur toutes les accusations d'illégalité". "Je veux que ce dossier soit bouclé sous ma supervision", a-t-il dit.

Le Parlement européen a annoncé l'envoi urgent d'une mission à Malte, en raison des "interrogations sur l'indépendance du système judiciaire et de graves accusations de corruption aux plus hauts niveaux".

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.