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Le conseil de déontologie journalistique, une réponse controversée au malaise médiatique

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Paris (AFP)

Après des années de débats enflammés, un "conseil de déontologie journalistique et de médiation" va voir le jour lundi en France, une instance qui se veut un début de réponse à la défiance grandissante des citoyens envers les médias, mais qui continue de déchirer la profession.

L'assemblée générale fondatrice du "CDJM" se tiendra lundi à Paris.

Elle réunira des représentants d'organisations professionnelles, comme la FNPS (Fédération de la presse spécialisée, le SPIIL (presse en ligne), la FFAP (agences de presse); des syndicats de journalistes comme le SNJ (numéro un dans la profession) et la CFDT; les collectifs Informer n'est pas un délit et Profession: pigiste; l'Observatoire de la déontologie de l'information (ODI).

Mais aussi des écoles de journalisme, associations de lecteurs et autres clubs de la presse, d'après une liste communiquée par l'ODI, qui joue un rôle moteur dans ce projet.

Manquent pour l'instant à l'appel des médias en tant que tels, et notamment les éditeurs des quotidiens généralistes, nationaux ou régionaux, pour la plupart vigoureusement opposés à la création d'une telle instance.

Selon le président de l'ODI Patrick Eveno, "quelques" titres ou diffuseurs pourraient être présents lundi soir à la création du CDJM, mais il ne s'agira de toute façon qu'un début, le but affiché depuis le départ étant de parvenir à convaincre des médias de rejoindre le conseil dans les mois et années qui viennent.

Ce Conseil, assure l'ODI, sera un "organe professionnel d’autorégulation, indépendant de l'Etat", qui servira de médiateur ou d'arbitre entre le public, les médias et les rédactions, et d'espace de réfexion sur des sujets comme la désinformation.

De quoi aider notamment, selon ses promoteurs, à réduire le fossé grandissant qui s'est installé entre les journalistes et les citoyens, et qui s'est encore creusé lors du mouvement des "gilets jaunes".

En pratique, le Conseil aura vocation à être saisi ou à s'autosaisir de cas concernant tous les médias d'information, qu'ils soient membres ou non de l'instance, et les traitera via une procédure contradictoire.

- "Machin gouvernemental" -

Une initiative qui fait bondir Etienne Gernelle, le directeur de l'hebdomadaire Le Point. "C'est un machin gouvernemental qui est monté par des apparatchiks qui veulent donner des leçons aux autres et qui répondent aux ordres d'Emmanuel Macron et à une demande du gouvernement !", s'insurge-t-il.

Une allusion à plusieurs déclarations du président Emmanuel Macron sur la presse, ou plus récemment du secrétaire d'Etat au numérique Cédric O, sur la régulation du secteur, qui ont donné du grain à moudre en abondance aux opposants à toute instance de ce genre, soupçonnée de faire le jeu du pouvoir. Et au rapport commandé par le ministère de la Culture à Emmanuel Hoog, ex-PDG de l'Ina (Institut national de l'audiovisuel) et de l'AFP, qui avait relancé cette année l'idée d'un tel conseil, comme il en existe déjà dans la grande majorité des pays européens.

"Quelle est leur légitimité ? Et même si cet organe se révélait indépendant, à quoi servirait-il, alors que la justice règle déjà les litiges?", critique le patron du Point, qui ne voit aucun aspect positif à ce projet.

Des critiques totalement injustifiées, selon Patrick Eveno. "Dire que c'est une instance liberticide, c'est une posture, c'est au contraire un outil au service de la liberté de la presse", estime-t-il, en prenant pour exemple les organes similaires qui opèrent dans des pays comme la Belgique ou la Suisse.

"Ce ne sera pas un conseil de l'ordre, ni un organe de censure, il n'interviendra jamais sur les choix rédactionnels", assure-t-il, espérant que les oppositions se dissiperont au vu de l'action que mènera le CDJM.

Parmi les soutiens à ce projet, Jean-Luc Mélenchon, qui avait lui-même défendu la création d'un tel conseil pour permettre "un droit de recours citoyen face aux médias". Mais le chef de file de La France insoumise voudrait que le conseil obtienne "un pouvoir de sanction symbolique réel et reconnu", ce qui nécessiterait "l'appui du gouvernement et du législateur".

Une piste que le gouvernement a écartée. Le premier ministre Edouard Philippe avait assuré cet été, lors d'une réunion avec des représentants des journalistes, que le gouvernement ne se mêlerait pas du conseil de déontologie. Histoire de ne pas raviver les tensions récurrentes entre la profession et l'exécutif.

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