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REPORTAGE

Rassemblement contre la privatisation d'ADP : objectif référendum

Rassemblement contre la privatisation d'ADP, place de la République à Paris, le 30 novembre 2019.
Rassemblement contre la privatisation d'ADP, place de la République à Paris, le 30 novembre 2019. Jean-Luc Mounier, France 24

Les opposants à la privatisation d’Aéroports de Paris se sont réunis, samedi, à Paris, avec l’objectif de “dépasser le seuil symbolique” du million de signatures pour interpeller l’exécutif. Reportage.

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"Il faudrait que les gens signent maintenant, comme ça il y aurait un effet d'entraînement". Françoise, 67 ans, une retraitée de l’Éducation nationale rencontrée place de la République, samedi 30 novembre, à Paris, en est persuadée : "Il faut faire quelque chose" contre la privatisation d’Aéroports de Paris (ADP), un projet qui est envisagé depuis le mois d'avril par le gouvernement – l'État est actionnaire de l'entreprise de service public à hauteur de 50,6 %. Le million de signatures pourrait bientôt être dépassé, le Conseil constitutionnel ayant enregistré officiellement 969 000 soutiens au 20 novembre.

“Notre objectif c’est d’atteindre le million, de dépasser ce seuil symbolique”, explique Vincent Gay, membre du bureau national d’Attac, l’une des 32 organisations qui ont appelé au rassemblement. “Cela permettrait une prise de confiance pour la suite et de rappeler à Macron son engagement, quand il a dit, lors du grand débat, que le Référendum d’initiative partagée (RIP) devrait être possible avec un million de signatures.”

Rassemblement contre la privatisation d'ADP, place de la République à Paris, le 30 novembre 2019.
Rassemblement contre la privatisation d'ADP, place de la République à Paris, le 30 novembre 2019. Jean-Luc Mounier, France 24

L'organisation d'un tel référendum nécessite actuellement de réunir 4,7 millions de signatures – soit un dixième des électeurs inscrits sur les listes en France – par Internet sur une période de neuf mois. Mais Emmanuel Macron avait affirmé, en avril dernier, qu’il souhaitait voir ce seuil réduit à un million de signatures dans le cadre de la réforme constitutionnelle qu’entend mener l’exécutif. “Il va s’agir de mettre la parole démocratique du président en regard de ce qu’il a déclaré en début d’année”, précise Vincent Gay.

Pour Denis Thomas, secrétaire national du syndicat FSU, l’organisation de ce rassemblement contre la privatisation d’ADP a aussi pour but de “reposer la question du devenir des services publics pour les citoyens”. Et il poursuit : “On voit ce qu'il y a de possible derrière cette privatisation. Une accélération, une multiplication du trafic aérien ou encore l'absence de modération du bilan carbone.” Françoise estime qu'"on a privatisé les autoroutes et on dit maintenant que Vinci a touché le gros lot." Et elle interroge : "Pourquoi ferait-on la même chose avec ADP (qui a enregistré des bénéfices records en 2018, NDLR) ?"

“En 2005 il y a eu un référendum et on ne nous a pas écoutés”

Après des débuts prometteurs – plus de 480 000 signatures contre la privatisation d’ADP entre le 13 juin et le 1er juillet dernier –, la pétition en ligne a pris du plomb dans l’aile ces dernières semaines, n’augmentant que de 147 000 soutiens entre le 25 septembre et le 20 novembre.

Pour Françoise, ”on parle très peu de la privatisation d’ADP dans les médias”. Une position que partagent plusieurs promoteurs du référendum, comme l’association Anticor qui dénonçait dès le mois de septembre un “défaut d’information”.

Mais est-ce la seule raison ? À en écouter Françoise, pas forcément : “Trop peu de gens ont signé. Dans mon entourage, la plupart sont informés que la pétition existe mais beaucoup ne l’ont pas encore signée, et je ne sais pas pourquoi”, explique-t-elle. Pour Vincent Gay, le “découragement", “le calendrier militant intense depuis la rentrée” et “le manque de proximité d’ADP – un service public qui n’est pas proche des gens comme La Poste –”ont pu jouer sur le moral des troupes anti-privatisation.

“On s’est aussi aperçu que ce n’était pas aussi simple qu’on le pensait au début de l’été”, poursuit le militant d’Attac. “Il n’y a pas encore l’habitude démocratique pour ce type d’exercice et les gens sont méfiants. Certains me disent ‘Regardez, en 2005 il y a eu un référendum (le projet de traité constitutionnel européen, rejeté à 54,67 % des votes, NDLR) et on ne nous a pas écoutés’. Cela peut jouer par rapport au sujet sur Aéroports de Paris.”

Des problèmes persistants pour l’inscription à la pétition en ligne

À cela s’ajoute les difficultés rencontrées – dès les premiers jours de l’ouverture de la pétition – par les signataires pour s’inscrire sur la plateforme en ligne du ministère de l’Intérieur. “Ce n’est pas facile de signer, il m’a fallu une demi-heure pour y arriver et avec l’aide de mon fils informaticien”, affirme Françoise.

Denis Thomas affirme aussi que “en ligne ou dans la rue avec un document CERFA, cela prend du temps de signer la pétition”. “Il y a une difficulté technique à faire signer les gens”, ajoute-t-il. C’est aussi dans ce but, aider les personnes qui ont du mal à s’inscrire en ligne, qu’une partie des organisateurs présents samedi sont munis d’ordinateurs portables et d’une connexion Internet à leur stand.

Rassemblement contre la privatisation d'ADP, place de la République à Paris, le 30 novembre 2019.
Rassemblement contre la privatisation d'ADP, place de la République à Paris, le 30 novembre 2019. Jean-Luc Mounier, France 24

Hélène, électrice dans le XIe arrondissement de Paris, fait partie de ces personnes en difficulté. Ce samedi, elle est venue, munie de sa carte d’identité, chercher de l’aide pour signer la pétition “après avoir entendu parler de ce rassemblement à la radio”. “J’ai essayé deux ou trois fois, mais ça ne marche pas”, explique-t-elle en s’arrêtant à un stand. Les minutes passent, mais Hélène n’est toujours pas inscrite. Un problème de prénom empêche la bonne saisie de ses informations sur le formulaire en ligne.

Il faudra finalement qu’Hélène envoie par mail un scan de sa carte électorale à la personne qui a essayé de l’aider pour que la procédure d’inscription aille à son terme. “Je me disais ‘ça y est, ça va être fait aujourd’hui’, eh bien non”, s’exclame-t-elle en quittant la place de la République.

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