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COP25 : quels sont ses trois principaux enjeux ?

À l'occasion de la COP25, associations et ONG comptent mettre en avant le lien inévitable entre lutte contre le dérèglement climatique et lutte contre les inégalités.
À l'occasion de la COP25, associations et ONG comptent mettre en avant le lien inévitable entre lutte contre le dérèglement climatique et lutte contre les inégalités. Sergio Perez, Reuters

La 25e Conférence internationale sur le climat s'ouvre lundi, à Madrid. En cette fin d'année 2019 marquée par une série sans précédent de mobilisations citoyennes pour le climat, les plus gros pollueurs sont attendus au tournant sur la lutte contre les inégalités.

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2019, année de tous les records. Ouragans, inondations et incendies se sont faits nombreux et violents. Les températures, elles, ont grimpé plus que de raison, selon Météo France. Record dans les rues, également : des millions de jeunes ont participé, à travers le monde, aux "grèves mondiales pour le climat", impulsées par une Greta Thunberg devenue l'icône écologiste de cette année.

À Madrid, la réunion s'annonce tendue pour les 196 pays signataires de l'Accord de Paris (2015), depuis la décision des États-Unis d'en sortir. Réunis à l'occasion d'une COP25 organisée sous présidence chilienne, les États parties devront revoir leurs ambitions climatiques à la hausse afin d'accomplir les objectifs nécessaires à la réalisation intégrale de l’accord de Paris.

  • Soutenir les populations affectées de manière irréversible par le dérèglement climatique

Comment fait un pays pour se relever d’un cyclone, comme Kenneth qui, en avril dernier, a balayé le Mozambique ? Comment agir face aux conséquences de la montée du niveau des mers ?
L’assistance aux pays en développement pour s’adapter aux incidences du dérèglement climatique sera l’un des principaux points de discorde de cette nouvelle conférence internationale sur le climat.

Associations et ONG mettent en avant le lien inévitable entre lutte contre le dérèglement climatique et lutte contre les inégalités. "C’est quelque chose qui n’est pas assez pris en compte voire même nié par les pays développés, alors qu’ils sont existants", regrette Lucile Dufour, responsable politiques internationales à l’ONG Réseau Action Climat. Elle précise que la question des pertes et des dommages fait pourtant l’objet d’un article spécifique dans l’accord de Paris. Lucile Dufour sera parmi les responsables d'ONG présents à Madrid du 2 au 13 décembre. "Depuis, les pays développés font la sourde oreille et nient l’existence de cet article et les besoins qui y sont associés".

"Il faut trouver des moyens financiers pour soutenir les populations concernées, et des moyens innovants pour que cela ne pèse plus sur les budgets des pays, déjà très contraints", estime Lucile Dufour dont la mission est également de coordonner les travaux du Réseau Climat & Développement, qui regroupe une soixantaine d’ONG africaines francophones autour des enjeux climatiques.

Parmi les suggestions des associations environnementales : taxer les entreprises qui exploitent les énergies fossiles, taxer le secteur de l’aviation, ou encore geler les dettes d’États en développement dès lors que l’un d’eux est confronté à une catastrophe climatique majeure, pour qu’il débloque rapidement des fonds.

C’est précisément à cela que la COP25 doit servir, selon Lucile Dufour, "recréer le lien entre pays développés et pays en développement afin que ce mécanisme de solidarité existe pour lutter contre les changement climatiques, et faire face à ses conséquences".

Les pays du Nord ont promis de porter les financements du Fonds vert pour le climat à 100 milliards de dollars par an d'ici à 2020.

Selon le dernier rapport de l'OCDE, ces chiffres sont en hausse, avec 71,2 milliards en 2017. Mais les pays du Sud réclament aujourd'hui une accélération des négociations sur le financement des "pertes et dommages" subies, qu'un groupe d'ONG a récemment estimé à 300 milliards par an en 2030.

La COP25, ultime répétition avant la COP26 ? "C’est une COP très importante parce qu’elle arrive à la veille de l’année 2020 qui est l’année où les pays doivent adopter des objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) plus ambitieux", explique Lucile Dufour. Si on rate cette préparation, il sera très compliqué ensuite de se remettre sur la bonne trajectoire pour limiter le réchauffement climatique", ajoute-t-elle. "Cette COP est un point d’étape nécessaire : si à son issue, nous n'avons pas les prérequis, nous aborderons 2020 avec un gros handicap".

  • Définition de règles et d'un encadrement plus strict concernant les marchés carbone

Les nouveaux marchés carbone représentent aussi un des principaux enjeux de cette COP. Selon les ONG, il faudrait interdire aux pays de compter les réductions d’émissions échangées plusieurs fois, et exclure des échanges les réductions d’émissions effectuées avant 2020 qui représentent 4 milliards de tonnes de CO2, soit l’équivalent des émissions totales de l’UE en 2016.

Ce système, créé sous le protocole de Kyoto, en 1997, et qui vise à réduire les émissions de GES via un système d’échange de crédits carbone entre pays, est “criblé de failles”, dénonce Lucile Dufour.

Le principe était de transformer le CO2 en actifs économiques que peuvent s’échanger des entreprises émettrices sur une bourse carbone, en tenant compte de certains quotas.
Sauf que mal définies et mal encadrées, ces règles permettent aujourd’hui l’échange de réductions d’émissions qui n’existent pas, ou qui sont périmées, voire à compter plusieurs fois des réductions qui n’ont eu lieu qu’une seule fois.

“Si des règles nous permettent de tricher sur ces comptes, on n’atteindra jamais les objectifs de l’accord de Paris”, rappelle Lucile Dufour, préconisant la mise en place d’un encadrement strict de ces marchés carbone.

Par ailleurs, cela a aussi créé des risques,notamment pour le respect des droits humains. Ces marchés carbone ont en effet permis de financer des projets de réduction d’émissions de GES qui ont fortement pénalisé les populations locales. La création d’énormes barrages hydroélectriques a, par exemple, conduit à l’inondation des terres de populations autochtones, notamment au Panama, les privant de terres à cultiver, polluant leurs cours d’eau, et faisant de nombreux morts, blessés et déplacés.

  • Augmenter les objectifs de réduction d'émissions de gaz à effet de serre en 2020

Les ONG souhaitent que les pays les plus responsables du dérèglement climatique prennent les devants.

Selon le cabinet Enerdata, les pays du G20 ont été responsables, en 2018, de 80 % des émissions mondiales de GES. "Ce sont eux qui vont devoir faire leur juste part de l’effort", affirme Lucile Dufour, évoquant plus spécifiquement le cas de l’Union européenne. "Actuellement, son objectif est de - 40 % d’émissions de GES d’ici 2030 or, pour être compatible avec l’accord de Paris, elle devra être à - 65 %".

Selon l’ONG, l’inaction actuelle conduirait le monde à produire 120 % d’énergie fossiles (charbon, gaz, pétrole) de plus que ce qu’il faudrait pour limiter le réchauffement à 1,5° C.
La COP25 doit donc être un appel à la cohérence des États, appel qui vaut également pour la France qui, en 2018, a dépassé son budget carbone de 4,5 %.

Celle-ci devra avoir un positionnement fort, en tant que pays de l’UE, et se prononcer pour l’augmentation des objectifs climatiques de l’UE. Or, ces derniers, portés au niveau européen, demeurent bien au-delà de ceux fixés au niveau national.

"Pour être crédible et cohérente, la France devra être capable, lors de cette COP25, d'annoncer comment elle compte s'y prendre pour mettre en œuvre des mesures supplémentaires afin de respecter ses propres objectifs, notamment dans les secteurs des transports, du bâtiment et de l’agriculture, qui sont les plus émetteurs", insiste la responsable, qui regrette qu'Emmanuel Macron ne se rende pas à Madrid pour l'occasion.

L’accord de Paris avait confirmé l’objectif central de contenir l’augmentation de la température moyenne en-deçà de 2°C, et de s’efforcer de limiter cette augmentation à 1,5°C. "L’année prochaine, les pays devront revenir à la table des négociations avec de nouveaux objectifs ; la COP25 sert donc à poser les jalons pour 2020 : qui va faire quoi, quand et comment."

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