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Éducation : la France mauvaise élève en matière d’égalité, selon l’enquête Pisa

Le ministre de l’Éducation nationale Jean-Michel Blanquer dans une école parisienne, le 14 octobre 2019, à l'occasion d'une campagne de l'Association Européenne contre les Leucodystrophies.
Le ministre de l’Éducation nationale Jean-Michel Blanquer dans une école parisienne, le 14 octobre 2019, à l'occasion d'une campagne de l'Association Européenne contre les Leucodystrophies. Regis Duvignau, Reuters

La France est l'un des pays de l'OCDE où le niveau des élèves dépend le plus de l'origine sociale, selon les résultats de l'enquête Pisa publiés mardi. Les élèves de Chine et de Singapour sont les plus performants, selon ce classement qui ne fait pas l’unanimité.

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"Élève moyen, peut mieux faire." La France patine dans le ventre mou du classement Pisa sur le niveau des élèves de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques), dont la dernière édition a été publiée le mardi 3 décembre.

Cette étude, publiée par l’OCDE tous les trois ans, qui évalue depuis 2000 les compétences en sciences, en mathématiques et en compréhension de l'écrit des élèves de 15 ans, est devenue une référence mondiale, très scrutée par les gouvernements. Les exercices ont été soumis en mai 2018 à 600 000 jeunes de 79 pays et territoires, échantillon représentant 32 millions d'élèves.

Que dit l’enquête Pisa du niveau des élèves français ?

C’est en matière d’égalité scolaire que l’Hexagone reste un cancre, comme à chaque publication, depuis que l’enquête Pisa (Programme international pour le suivi des acquis des élèves) a été lancée.

Si les performances pures des élèves français âgés de 15 ans se situent très légèrement au-dessus de la moyenne de l'OCDE, la France est l'un des pays où le niveau des élèves dépend le plus de l'origine sociale. Ainsi, les adolescents français se classent à peu près au même niveau que les Allemands, les Tchèques, les Portugais ou les Belges en compréhension de l'écrit, le domaine scruté avec le plus d'attention cette année par les analystes de l'OCDE.

Mais les élèves français issus de milieux défavorisés enregistrent en moyenne de moins bons résultats que les élèves favorisés et ils ont cinq fois plus de risques d'être en difficulté.

"Finalement peu de choses ont été faites pour réduire ces inégalités",  analyse Julien Grenet, professeur associé à l'École d'économie de Paris (PSE), spécialiste l'économie de l'éducation, contacté par France 24. "En pratique, il y a certes eu des efforts menés, comme le dédoublement de CP en zone d’éducation prioritaire, mais il est clair que cette mesure ne va pas produire de résultats avant une quinzaine d'années, quand les élèves qui sont actuellement en CP atteindront leurs 15 ans. Mais à l'inverse, rien n'a été mis en place pour réduire les inégalités au niveau du collège, alors que le niveau de ségrégation sociale au collège est l'un des plus élevés au monde. Or les tentatives du gouvernement précédent pour favoriser la mixité n'ont pas été poursuivies par le ministère Blanquer", estime le chercheur.

L'Estonie, meilleure élève en la matière, le Canada, le Royaume-Uni et les États-Unis, notamment, font mieux que la France face aux inégalités.

La France est par ailleurs l'un des pays où les élèves déclarent percevoir le moins de soutien de la part de leurs enseignants. Ainsi, "seuls 57 % des élèves déclarent que leurs enseignants semblent s'intéresser en général aux progrès de chaque élève, contre une moyenne de 70 % des élèves dans les pays de l'OCDE".

"Cela avait déjà été relevé dans les éditions précédentes", commente Élise Huillery, professeure d'économie à l'université Paris-Dauphine et chercheuse au sein du Laboratoire interdisciplinaire d'évaluation des politiques publiques, contactée par France 24.

La chercheuse souligne la faible estime de soi, et l’anxiété des élèves français révélées dans les précédentes études Pisa. La faute à une culture éducative française qui sanctionne un niveau davantage qu’elle n’encourage une progression, regrette-t-elle. "Tout un ensemble de valeurs éducatives font qu’en France, on trie les élèves, alors que dans d’autres pays mieux classés, comme le Royaume-Uni, les États-Unis, la Finlande, on leur dit : ‘Ça n’est pas grave, voici comment tu peux t’améliorer’. Une culture, ça se change : certains pays, comme la Finlande, ont fait le choix  d’une révolution pédagogique, avec des résultats très positifs", analyse celle qui déplore le manque de formation des enseignants au plan pédagogique.

Cette question est centrale, et la qualité n’est aujourd’hui pas au rendez-vous dans les formations initiales dispensées par les instituts nationaux supérieurs du professorat et de l’éducation (INSPE), abonde Jean-Rémi Girard, président du SNALC (Syndicat National des Lycées et Collèges). "Il faut par ailleurs rendre attractif le métier via de bonnes conditions de travail, une meilleure rémunération et un meilleur accompagnement des professionnels… On ne peut pas faire des économies de bouts de chandelle sur le dos des enfants", estime-t-il.

La Chine grande gagnante, mais quelle signification réelle ?

Plusieurs pays asiatiques figurent parmi les meilleurs élèves du classement en lecture, sujet le plus développé dans cette édition, mais aussi en sciences et en mathématiques. Quatre métropoles et provinces chinoises (Pékin, Shanghai, Jiangsu, Zhejiang) arrivent en tête du classement, suivis par Singapour, Macao (Chine), Hong-Kong (Chine), l'Estonie et le Canada.

"Dans de nombreux pays asiatiques, l'éducation des enfants est la priorité numéro un, les enseignants suivent des formations de qualité et on décide d'investir dans les établissements en difficulté", explique à l’AFP Éric Charbonnier, spécialiste de l'éducation à l'OCDE. En Corée du Sud, également bien classée, "les enseignants sont très valorisés dans la société et leurs salaires y sont très attractifs", poursuit-il.

"C’est la sueur plutôt que le talent qui est récompensée, nuance pour sa part Élise Huillery : dans certains de ces pays, les élèves font des heures et des heures de soutien scolaire, le volume de travail, très important, n’est pas reproductible, et pas souhaitable pour nos enfants. Sur le plan de l’anxiété des adolescents, ces pays ne s’en sortent pas très bien en général."

Pisa ne fait pas l’unanimité

D’autres dénoncent un important biais dans l’analyse : les meilleures provinces et métropoles chinoises sont représentées dans l’enquête, relève ainsi auprès de France 24 son collègue le sociologue Carlo Barone. "Ça n’est pas représentatif, et ça ne dit rien du niveau d’un élève des zones rurales chinoises", explique le chercheur.

La méthodologie des enquêtes Pisa ne fait pas l’unanimité. "On compare ce qui n’est pas comparable : les pays n’ont pas le même système scolaire, ni la même politique sociale… Si la France a fait le choix d’une démocratisation de l’enseignement, d’autres opèrent d’importantes sélections en amont.  Ainsi, l’étude Pisa porte sur les élèves de 15 ans scolarisés, quid alors de ceux qui ne le sont pas ?", relève Didier Chavrier, sociologue de l’éducation spécialiste de l’évaluation.

Un point de vue partagé par Jean-Rémi Girard. Pour lui, si l’enquête Pisa dit des choses du système scolaire français, "il faut se garder de surinterpréter et de tomber dans une espèce de Top 50 des systèmes scolaires". D’autant que "chacun semble y lire ce qu’il veut, les adeptes des écoles Montessori comme ceux du retour de l’école de Jules Ferry. Il est dangereux d’en tirer de grandes idées sur le système éducatif", estime le président du SNALC.

Une critique récurrente balayée par Élise Huillery. "On peut tout à fait comparer les acquisitions des élèves en termes de compétences. On peut mettre en regard les différents systèmes scolaires, les différentes pédagogies, et en tirer des enseignements pour tenter de s’améliorer. En France, quand l’image n’est pas positive, on jette le thermomètre. Les enquêtes Pisa existent depuis 20 ans et on n’a pas changé grand-chose à notre façon de faire".
 

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