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Antisémitisme ou antisionisme : le débat a lieu à l’Assemblée nationale

Emmanuel Macron, le 20 février 2019, au dîner du Crif à Paris.
Emmanuel Macron, le 20 février 2019, au dîner du Crif à Paris. Ludovic Marin, Pool, AFP

L’antisémitisme et l’antisionisme relèvent-ils du même combat ? Cette question épineuse a été au cœur d’un débat à l’Assemblée nationale, qui a adopté un texte redéfinissant l’antisémitisme. Le consensus qui s’était dégagé en février dernier, lors de la profanation d’un cimetière juif en Alsace, s’est transformé en questionnement.

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L’antisémitisme doit être redéfini pour être mieux combattu. C’est le plaidoyer de Sylvain Maillard, député LREM, qui a porté à l’Assemblée nationale, ce mardi 3 décembre, une simple résolution sans portée législative. Le texte a fini par être adopté, par 154 voix contre 72, au prix d'un débat qui a semé le trouble, jusque dans la majorité politique. Le questionnement a agité un collectif de 127 intellectuels juifs, habitant en France ou en Israël, qui ont signé une tribune pour s’opposer à l’adoption de ce texte.

Pour point de départ, il y a le travail effectué par l’Alliance internationale pour la mémoire de l'Holocauste (IHRA), qui veut prendre en compte les cas où l’antisionisme est un des visages de l’antisémitisme. Au commencement de la redéfinition proposée par l’IHRA, se trouve un intitulé assez large et consensuel : "L’antisémitisme est une certaine perception des juifs, qui peut se manifester par une haine à leur égard. Les manifestations rhétoriques et physiques de l’antisémitisme visent des individus juifs ou non et/ou leurs biens, des institutions communautaires et des lieux de culte."

La définition proposée par l’IHRA a déjà été validée par le Parlement européen en juin 2017, et par plusieurs pays comme l’Autriche, l’Allemagne et le Royaume-Uni. Elle est appuyée par Emmanuel Macron, qui, en février dernier devant le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), avait alors endossé cette volonté d’élargir la définition de l'antisémitisme à l'antisionisme. Elle est depuis utilisée dans des formations à destination des policiers, des gendarmes et des magistrats, par la Délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT (Dilcrah). "Cette définition n’est pas juridiquement contraignante et elle n’a pas vocation à l’être. Il ne s’agit en aucune façon de modifier le code pénal", précise Frédéric Potier, à la tête de la Dilcrah.

La promesse faite par Emmanuel Macron

Le discours d’Emmanuel Macron devant le Crif s’inscrivait dans le contexte d’une multiplication d’actes antisémites, notamment une profanation de cimetière. Le 19 février, 96 des 245 tombes du cimetière juif de Quatzenheim (Bas-Rhin) étaient souillées de croix gammées. Le président s’était alors rendu sur place pour promettre des actes "forts, clairs" et des "lois". Moins de dix mois plus tard, ce mardi 3 décembre, alors que se tient le débat à l’Assemblée nationale sur la résolution, ce sont 107 tombes du cimetière juif de Westhoffen, non loin de Strasbourg, qui ont été profanées. Des "inscriptions antisémites", essentiellement des "croix gammées", ont été retrouvées, indique la préfecture.

Une définition, plusieurs exemples

Le débat suscité par ce texte ne concerne pas la définition générale de l'antisémitisme par l'IHRA, jugée consensuelle. La controverse porte sur les onze exemples donnés à la suite, par l'IHRA. Par exemple le fait de considérer comme antisémite le "traitement inégalitaire de l’État d’Israël à qui l’on demande d’adopter des comportements qui ne sont ni attendus ni exigés de tout autre État démocratique".

Si le porteur de cette résolution à l'Assemblée nationale, le député LREM Sylvain Maillard, assure reprendre la définition de l'IHRA "sans ses exemples", la logique du combat contre l'antisionisme est bien présente dans les attendus du texte, disponible sur le site de l’Assemblée nationale. "Les actes antisionistes peuvent parfois occulter des réalités antisémites. Critiquer l’existence même d’Israël en ce qu’elle constitue une collectivité composée de citoyens juifs revient à exprimer une haine à l’égard de la communauté́ juive dans son ensemble, tout comme rendre collectivement  responsables les juifs de la politique menée par les autorités politiques israéliennes est une manifestation d’antisémitisme. De telles dérives font de plus en plus de l’antisionisme 'une des formes contemporaines de l’antisémitisme', pour reprendre les mots du président de la République. Pointer de telles dérives n’empêche par ailleurs aucunement la libre critique de la politique et des prises de positions des gouvernements israéliens", précise la résolution, votée ce mardi.

"Sur des bases universelles"

Les opposants à ce texte lui reprochent son inexactitude. "Il n’y a aucun doute qu’il existe des antisémites parmi les gens qui s’opposent au sionisme. Mais il y a également beaucoup d’antisémites qui soutiennent le sionisme. Il est donc inapproprié et totalement inexact d’identifier de manière générale antisémitisme et antisionisme. En confondant ces deux phénomènes, l’Assemblée nationale compromettrait les efforts vitaux de lutte contre le véritable antisémitisme, qui est multidimensionnel et provient de différents secteurs de la société française", écrivent un collectif constitué de 127 intellectuels, tous de confession juive, habitant en France, aux États-Unis, au Royaume-Uni et en Israël.

"L’antisémitisme doit être combattu sur des bases universelles, au même titre que d’autres formes de racisme et de xénophobie, pour lutter contre la haine. L’abandon de cette approche universaliste conduira à une polarisation accrue en France, ce qui nuirait également à la lutte contre l’antisémitisme", poursuit cette tribune publiée dans Le Monde.

James Cohen, professeur à l’université Paris-Sorbonne Nouvelle, expose ses doutes sur France 24 : "Le député Maillard dit qu’avec cette définition, il est possible de continuer à critiquer la politique israélienne, ou de boycotter les produits israéliens. Mais mon sentiment est que ce texte étouffe, réprime les débats futurs sur la politique israélienne envers les Palestiniens. Parmi les signataires, bon nombre habitent en Israël. Nous avons tous l’impression que cette résolution cherche à verrouiller le débat, peut-être pas complètement mais dans une grande mesure", juge-t-il.


 

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