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#UberCestOver : quand la course Uber vire au cauchemar pour les femmes

La plateforme Uber fait face à une déferlante de témoignages accusant ses chauffeurs de harcèlement sexuel.
La plateforme Uber fait face à une déferlante de témoignages accusant ses chauffeurs de harcèlement sexuel. AFP (archives)

Depuis une semaine, derrière le hashtag #UberCestOver, les récits glaçants d’usagères d’Uber se multiplient sur les réseaux sociaux. Elles y racontent les agressions ou le harcèlement qu’elles ont subis pendant leur course.

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Dimanche 17 novembre, quatre étudiants strasbourgeois décident de rentrer de soirée en Uber. L’ambiance est bon enfant, les jeunes sympathisent avec le chauffeur et trois d’entre eux se font déposer à leur domicile. Sonia, elle, vit en dehors de la ville et se retrouve seule avec le chauffeur. C’est là que la course vire au cauchemar. L’homme presse l’étudiante de 22 ans de questions personnelles et devient de plus en plus insistant à mesure qu’elle se ferme.

"Il a entrelacé ses doigts avec les miens, les a posés sur ma cuisse, puis sur la sienne. Je me sentais prise en otage", raconte-t-elle. Arrivée devant chez elle, il tente de l’embrasser. Sonia parvient à s’échapper et, sans attendre, signale l’incident à l’équipe d’Uber, qui réagit vite : "Ils m’ont dit qu’ils étaient navrés, qu’ils allaient suspendre le chauffeur et j’ai pu me faire rembourser la course."

La jeune femme ne veut pas en rester là et partage sur Twitter la photo de son agresseur. Noémie, 24 ans, reconnaît alors sur le réseau social l’homme qu’elle a signalé deux ans plus tôt à la plateforme VTC pour des faits similaires.

Les mineures, premières victimes du harcèlement sexuel

Les deux jeunes femmes décident de contacter Anna Toumazoff, blogueuse féministe qui tient le compte Instagram Memespourcoolkidsfeministes. Anna reposte le témoignage de Noémie. Deux jours plus tard, deux autres filles lui signalent avoir été victimes du même chauffeur. Anna relaie à nouveau leurs témoignages en interpellant Uber.


La plateforme reste muette. Pire : elle efface les messages qui commencent à affluer sur son fil Twitter. Anna crée alors le hashtag #UberCestOver (Uber c’est fini). Une vague de commentaires déferle sur son fil et la jeune femme devient lanceuse d’alerte sans le savoir. En une semaine, elle reçoit plus de 700 messages lui faisant part de comportements déplacés, de viols, d’attouchements, d’insultes, de remarques sexistes pendant des courses Uber.
 


Les témoignages viennent des quatre coins de la France, mais également de l’étranger : on peut lire des messages d’étudiantes Erasmus en Roumanie, en Belgique, en Irlande ou aux États-Unis. Elles ont souvent en commun d’être jeunes. Voire très jeunes.

Beaucoup de mineures se sont confiées à Anna. Ici, c’est une fille de 17 ans qui a subi "une drague insistante de la part d’un chauffeur bien plus âgé". Là, c’est une adolescente de 14 ans contrainte à une fellation. Son amie écrit : "Le conducteur a verrouillé les portes devant chez elle et l’a forcée à le sucer. Elle est sortie de la voiture, s’est évanouie, s’est éveillée pour rentrer chez elle. Elle n’en a jamais parlé à ses parents." Ou encore cette jeune fille de 16 ans qui rentre de soirée, s’endort et "se réveille sur une place de parking, au coin d’une rue, avec le chauffeur en train de [la] toucher".

La sécurité des utilisateurs, "une priorité absolue" d’Uber

Acculée, la société Uber commence par s’excuser d’avoir effacé les messages qui l'interpellaient à ce sujet. Elle invoque sur Twitter un "manque de discernement" et assure une fois encore "avoir pris les mesures nécessaires".  La communication de crise se met en place et Uber multiplie les communiqués et podcasts, affirmant prendre la mesure du problème. "La sécurité des utilisateurs de l’appli est une priorité absolue. Toute agression est traitée dans le cadre d’une procédure intransigeante. En cas d’incident lié à une agression sexuelle, le compte qui aurait commis les faits est systématiquement suspendu à titre préventif", peut-on lire sur le fil de la plateforme.
 


La société s’était déjà engagée l’été dernier dans une campagne contre le harcèlement sexuel, en collaboration avec l’application HandsAway et l’assocation Stop harcèlement de rue. La plateforme a mis en place, le 1er juillet dernier, un bouton d’urgence permettant aux jeunes femmes de signaler instantanément via l’application quand elles "se sentent en danger".

Mais selon de nombreuses jeunes femmes, le signalement n’a pas été suivi d’effet. "Il y a deux semaines, le chauffeur de Sonia et Noémie était toujours en circulation", affirme Anna Toumazoff à France 24. "Uber envoie des communiqués mais aucune des filles avec qui je suis en contact n’a été contactée par Uber. Et surtout, ils ne présentent pas d’excuses aux victimes."

Métro, Uber, même combat ?

"Mais le plus dur, c’est ce sentiment d’insécurité qu’on a maintenant alors que pendant des années, on prenait Uber justement pour se sentir en sécurité", poursuit Anna Toumazoff, qui fut elle-même une grande usagère de VTC. "Ce sont souvent les parents et les grands-parents qui insistent pour que leur fille prenne un Uber plutôt que de rentrer en métro ou à pied… C’est ça qui fait le plus mal", confie Anna Toumazoff. 

D’après une étude de HandsAway, les femmes représentent 60 % de la clientèle Uber en Île-de-France. Une surreprésentation liée en partie à cette autre donnée : 87 % des Franciliennes déclarent avoir déjà été victimes de harcèlement ou d’agressions sexuelles dans les transports en commun, selon une enquête de la Fnaut en 2016. Des chiffres qui laissent aujourd’hui peu d’alternatives aux femmes.
 


"Tu prends le métro, tu peux te faire agresser. Tu prends Uber, tu peux te faire agresser. Tu rentres à pied, tu peux te faire agresser. On doit s’imposer un couvre-feu ?! Quand est-ce que nous n’aurons plus à être sur le qui-vive et à subir la violence des hommes ?!", s’interroge une internaute sur Twitter. La question a le mérite d’être aujourd'hui largement posée sur la place publique.
 

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