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Royaume-Uni: après dix ans d'austérité, la pauvreté en toile de fond des élections

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Slough (Royaume-Uni) (AFP)

"Sans ces gens nous ne pourrions pas manger": comme tant d'autres Britanniques, John survit grâce à une banque alimentaire dans un pays où pour beaucoup, la lutte contre la pauvreté, plus que le Brexit, devrait être au centre des élections de jeudi prochain.

Cet ex-toxicomane rencontré par l'AFP à Slough, ville industrielle de 160.000 habitants située à l'ouest de Londres et proche du château de Windsor, résidence de la reine Elizabeth II, témoigne des difficultés extrêmes rencontrées par de nombreuses personnes au Royaume-Uni au sortir d'une décennie d'austérité.

Les banques alimentaires, comme celle où se rend John dans une église baptiste, sont prises d'assaut si bien que l'association Trussel Trust, qui en gère 1.200 dont celle de Slough, a distribué un nombre record de 823.145 colis entre avril et septembre, chacun permettant de nourrir une personne pour trois jours.

A Slough même, la distribution a bondi de 29% par rapport à l'an dernier, principalement en raison d'une forte demande des travailleurs pauvres qui n'arrivent pas à joindre les deux bouts.

La pauvreté est l'un des grands enjeux de la campagne et le Premier ministre conservateur Boris Johnson, tout comme le chef de l'opposition travailliste Jeremy Corbyn, ont promis de réduire les inégalités. Car onze ans après la crise financière internationale, de nombreuses villes et villages à travers le Royaume-Uni sont loin d'avoir tourné la page de l'austérité.

- Déni du gouvernement ? -

Même si elle abrite le siège de l'opérateur télécoms O2 et du confiseur Mars, "Slough est vraiment dans un mauvais état. Il y a plein de pauvreté ici", explique John, qui a refusé de donner son vrai nom. "Ce que je trouve ridicule c'est que personne (parmi les responsables politiques, ndlr) ne parle des vrais problèmes comme la santé mentale, la pauvreté et la toxicomanie (...) parmi les populations qui ont le moins d'argent", regrette-t-il.

Nombre d'associations n'ont eu de cesse d'avertir contre les dégâts de l'austérité sur les aides sociales lors de la décennie écoulée, au détriment des plus pauvres. Les Nations unies ont même accusé l'an dernier le gouvernement britannique d'être dans le "déni" quant à l'aggravation des inégalités.

Un comité indépendant, la Social Metrics Commission, estime que le pauvreté touche 14,3 millions de Britanniques, soit un cinquième de la population totale. Parmi eux figurent 4,6 millions enfants.

"Les revenus des ménages ont été affectés par les changements dans les aides sociales, la hausse du coût de la vie, notamment les loyers", souligne Judith Cavanagh de l'association de lutte contre la pauvreté infantile End Child Poverty.

"C'est pourquoi les deux tiers des enfants pauvres appartiennent à un foyer qui travaille. Les familles doivent faire des sacrifices sur la nourriture, le chauffage et l'habillement", selon elle.

Dans le même temps, le nombre de sans-abris grimpe et ils représentent environ un cinquième des personnes ayant recours à une banque alimentaire.

Et de plus en plus de gens travaillent mais ne peuvent pas se payer de logement et se retrouvent à la rue.

- Crise des sans-abris -

"Le problème des sans-abris est l'expression la plus extrême de la pauvreté", rappelle Jasmine Basran de l'association Crisis.

Quelque 171.000 familles ou individus sans-abris dormaient en 2017 dans la rue, leur voiture, un bus ou des hébergement d'urgence, selon une étude de cette association.

Selon Mme Basran, le Royaume-Uni connaît une "crise des sans-abris" qui nécessite des mesures immédiates. Son association presse le prochain gouvernement d'augmenter les allocations sociales, de construire des logements et d'investir dans les services.

"Les gens devraient recevoir l'aide dont ils ont besoin pour vivre", sans devoir aller dans une banque alimentaire, estime-t-elle.

John, qui vit dans un logement temporaire après avoir été sans domicile, n'est pas convaincu que les élections vont changer quoi que ce soit pour les pauvres. "La politique, c'est des conneries. On a besoin de quelqu'un de plus réaliste et qui a vécu dans la rue. Il faut être passé par là pour s'en rendre compte", lance-t-il.

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