Accéder au contenu principal

Dopage: la Russie, géant incontournable du sport mondial

Publicité

Paris (AFP)

Menacée d'exclusion pour quatre ans des Jeux olympiques et paralympiques pour avoir falsifié des données remises à l'Agence mondiale antidopage (AMA), la Russie reste un géant du sport mondial, qui sait jouer de son poids économique et institutionnel pour garder de l'influence.

"Nous avons toujours été et nous serons partenaires des organisations sportives internationales dans le développement du sport et dans l'organisation des compétitions. Je pense que toutes les organisations internationales ont intérêt à ce que leur niveau de coopération avec la Russie reste le même".

La menace à peine déguisée envers les fédérations internationales vient du ministre des Sports, l'ancien épéiste Pavel Kolobkov, qui a succédé en octobre 2016 au sulfureux Vitali Moutko à ce poste clé du sport russe.

Elle résume en deux phrases l'influence de la Russie, acteur économique phare, solidement installée dans les instances sportives internationales et hôte d'événements pour lesquels les candidats ne sont pas légion.

. Sponsors

Avec ses multinationales de l'énergie (Gazprom) ou du secteur bancaire (VTB), l'économie russe a investi le champ du sponsoring des fédérations internationales sportives.

Gazprom est ainsi sponsor officiel de la Ligue des champions, la compétition reine en foot pour les clubs, au même titre que l'Américain Mastercard (finances) ou le Japonais Nissan (automobile).

Le nom du géant pétrolier, sponsor de la Fifa jusqu'à la Coupe du monde 2018, figure également sur les maillots de grands clubs européens, comme le Zenit Saint-Pétersbourg, l'Etoile Rouge de Belgrade ou Schalke 04.

Connu pour ses liens forts avec Vladimir Poutine, l'ancien chancelier allemand Gerhard Schröder, qui occupe des fonctions au sein de l'entreprise énergétique via Nord Stream, est aussi un proche du président du Comité international olympique (CIO) Thomas Bach - tous deux se sont connus via la politique allemande.

La banque VTB de son côté est un des principaux sponsors de la Fédération internationale de gymnastique (FIG). L'un des trois vice-présidents de la FIG, le Russe Vasily Titov, en a été le premier vice-président.

Parmi les sanctions que risque la Russie devant l'AMA figure l'interdiction d'accueillir des championnats du monde pendant quatre ans. Mais le grand rendez-vous du sport business et des fédérations sportives internationales, Sport Accord, aura bien lieu en 2021 à Ekaterinbourg, ont annoncé les organisateurs le 30 novembre.

. Instances

C'est le deuxième aspect de la superpuissance sportive russe: sa présence dans les instances dirigeantes. Un tiers des fédérations internationales de sports olympiques d'été comptent dans leurs comités exécutifs un représentant russe, et six d'entre elles ont un président ou vice-président russe.

Deux richissimes hommes d'affaires, Vladimir Lisin (45e fortune mondiale selon Forbes avec 19,3 milliards de dollars) et Alisher Usmanov (106e, 12,1 mds USD), dirigent les fédérations internationales de tir (ISSF) et d'escrime (FIE).

Alisher Usmanov, à la tête de la FIE depuis 2008, participe sur ses deniers personnels au financement de la fédération: une ligne dans les recettes des budgets 2019 et 2020 comporte la mention "donation du président" avec la somme de 5 millions de francs suisses, sur un total de 9,5 M CHF de recettes en 2019. Il a aussi investi dans le club anglais d'Arsenal.

Dimanche, dans une lettre ouverte au président de l'AMA, Craig Reedie, Usmanov a mis en garde contre un "lynchage" de son pays, en jugeant qu'une interdiction du drapeau russe aux Jeux olympiques serait "une discrimination évidente".

La présence russe remonte jusqu'au sommet de l'Etat. Vladimir Poutine, ceinture rouge et blanche de judo et 8e dan, est président honoraire de la Fédération internationale (IJF).

. Terre d'accueil

Depuis la réintégration sous condition de l'agence russe antidopage (Rusada) en septembre 2018, la Russie a obtenu l'organisation de la finale de la Ligue des champions 2021 à St-Pétersbourg, du Mondial-2022 de volley, des Mondiaux-2022 de lutte à Krasnoïarsk ou encore des Universiades-2023 à Ekaterinbourg.

Un domaine que la Russie, hôte des Jeux olympiques d'hiver 2014 à Sotchi, de la Coupe du monde 2018 ou de certaines rencontres de l'Euro-2020 de foot, étend surtout aux disciplines moins lucratives.

"La Russie est influente, parce qu'elle accueille et veut accueillir de nombreuses compétitions, notamment pour les fédérations internationales qui n'ont pas beaucoup d'argent. Beaucoup de ces compétitions sont chères à organiser, elles n'attirent pas une grande audience", souligne pour l'AFP l'avocat canadien et membre historique du CIO Richard Pound.

Et ce malgré le scandale de dopage: les Mondiaux-2021 de biathlon avaient été ainsi attribués à Tioumen en septembre 2016, avant que la fédération internationale de biathlon (IBU) n'y renonce finalement sous la pression.

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.