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Grèves contre la réforme des retraites : inquiétude dans le secteur du tourisme

Un cortège étudiant lors de la deuxième journée de manifestations contre la réforme des retraites à Paris, le 10 décembre 2019.
Un cortège étudiant lors de la deuxième journée de manifestations contre la réforme des retraites à Paris, le 10 décembre 2019. Benoît Tessier, Reuters
Texte par : David RICH
6 mn

Un an après le début de la crise des Gilets jaunes, des centaines de milliers de Français sont à nouveau dans la rue pour protester contre la réforme des retraites. Transports perturbés, sites et monuments fermés... Alors que la situation pourrait s'enliser, cela représente un casse-tête pour les professionnels du tourisme.

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Ils pensaient pouvoir se refaire après la longue vague de manifestations des Gilets jaunes. Depuis la semaine dernière, les professionnels du tourisme scrutent d'un œil inquiet l'évolution du conflit social autour de la réforme des retraites.

"C'est simple, depuis cinq jours, on ne fait que rembourser. Pas d'avions, pas de trains, donc on rembourse." Harrag Benbernou, directeur de l'agence B2B Voyages, dans le 15e arrondissement de Paris, ne cache pas sa colère : "Il n'y a rien qui rentre, et en plus, on travaille en effectif réduit à cause des problèmes de transports. Trois employés en moins aujourd'hui !"

Son plateau d'affaires vend des formules de voyages aux entreprises. Or tous les hôtels ne sont pas remboursables lorsque les vols et trains sont annulés et les coups de fils assassins pleuvent sur l'agence. "La SNCF, Air France, RATP… Ils peuvent faire grève autant qu'ils veulent : personne ne s'occupe des conséquences. Si ça continue jusqu'à la fin du mois, c'est sûr, nous allons licencier, c'est catastrophique."

"Impact immédiat" sur les réservations

Pour les agences de guides touristiques, la situation n'est pas meilleure. "Au mois de décembre et de janvier, l'année dernière, nous n'avons pas bossé. Là, c'est pareil : on scrute les infos en espérant que ça se décoince pour que ça puisse repartir en février-mars", explique Cédric Blot, dirigeant de l'agence Guides Tourisme Services, dans le 17e arrondissement de Paris. "Notre clientèle est à 70 % française, donc elle est bien informée. Dès qu'un mouvement social est annoncé, l'impact est immédiat sur les réservations."

Sur le terrain, Gilles, l'un des guides de l'agence, doit jongler entre les retards et les mouvements de grève. "Ce matin [mardi], j'étais avec mon groupe de Singapouriens à Versailles. Hier soir, on a reçu un e-mail pour nous dire qu'une partie du personnel du château faisait grève. On a quand même tenté le coup. Résultat : deux heures à faire la queue, mais on l'a faite, notre visite !"

Comme le château de Versailles, plusieurs musées et institutions culturelles, dont le musée d'Orsay et l'opéra Garnier, ont réduit leurs horaires d'ouverture et annulé des spectacles en raison de grèves de personnels ou de difficultés de transports.  

Une image de la France dégradée ?

Outre les grèves et manifestations, ce que les professionnels craignent par-dessus tout, ce sont les scènes de violence, reprises par les chaînes d'information du monde entier, comme lors de la crise des Gilets jaunes. En 2019, Paris a perdu six places dans le classement annuel des "villes les plus agréables" de l'hebdomadaire anglais The Economist. Le journal pointe du doigt "une cote de stabilité dégradée en raison des manifestations antigouvernementales".

Pour Cédric Blot, cela ne fait aucun doute, l'inquiétude des étrangers est palpable : "L'année dernière, les entreprises américaines m'appelaient pour savoir si leurs clients seraient en sécurité à Paris", déplore-t-il. "Vous savez, c'est rigolo cinq minutes le Gaulois protestataire, mais les étrangers, majoritairement, ils ne comprennent pas. Beaucoup se reportent sur d'autres destinations qui offrent une vraie politique touristique".

Dans ce secteur ultra-concurrentiel, les professionnels français observent déjà d'un œil inquiet la croissance de certains pays voisins comme l'Espagne, une destination au climat attractif, réputée plus calme, qui attire les touristes français mais aussi les entreprises du secteur. "Beaucoup de nos concurrents français délocalisent déjà vers l'Espagne pour faire des économies", souligne Harrag Benbernou, "bientôt il n'y aura plus de plateaux d'affaires en France". 

Pourtant, si l'on en croit les chiffres, les mouvements sociaux ont relativement peu d'impact sur la fréquentation touristique globale. L’occupation hôtelière du 1er au 9 décembre affiche ainsi une légère baisse, de seulement 0,2 %, selon le cabinet MKG Consulting, spécialiste du domaine. De façon globale, le secteur devrait atteindre en 2019 une croissance de 2 % selon les chiffres communiqués par l’office du tourisme de Paris. "Les petits acteurs, les boutiques et la restauration sont les premiers à souffrir des grèves car ils n'ont pas forcément la trésorerie necéssaire", estime Corinne Menegaud, la directrice générale. "Le premier trimestre 2019 a été difficile mais la destination reste très attractive et résiliente. Sur l'ensemble, on est loin de la catastrophe."

Il faut dire que le secteur pèse lourd : 160 milliards d'euros, soit plus de 7,2 % du produit intérieur brut de la France. L'année 2018 avait été marquée par un afflux record au premier semestre, selon le comité régional du tourisme d'Île-de-France (CRT). Environ 50 millions de touristes avaient visité Paris et la région Île-de-France l'année entière, le quatrième trimestre étant tout de même marqué par une baisse d'activité liée aux manifestations des Gilets jaunes.

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