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REPORTAGE

En Bosnie-Herzégovine, les migrants tournent la page sur l'enfer de Vucjak

Lundi 9 décembre, la veille du démantèlement du camp de Vucjak, un jeune Pakistanais prépare des galettes sous une tente de fortune.
Lundi 9 décembre, la veille du démantèlement du camp de Vucjak, un jeune Pakistanais prépare des galettes sous une tente de fortune. Rémi Carlier, France 24
Texte par : Rémi CARLIER
9 mn

Le camp de migrants insalubre de Vucjak, en Bosnie, a été évacué mardi par l'ONU et les autorités locales. Plus de 600 personnes ont été relocalisées près de Sarajevo, lors d'une opération qui ne résout le problème que très temporairement. Reportage.

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Depuis la grande ville bosnienne de Bihac, une petite route serpente dans la montagne, offrant des paysages de forêts de pins et de sommets enneigés à couper le souffle. À quelques kilomètres en amont s'est pourtant niché un petit bout d'enfer sur terre. Dans le camp de migrants de Vucjak, ouvert en juin par les autorités locales, jusqu'à 1 000 migrants ont vécu dans l'insalubrité la plus totale, à même le sol sous des tentes branlantes, récemment balayées par un froid extrême. Mardi 10 décembre, le camp a enfin été démantelé.

Les autorités de Bosnie-Herzégovine et du canton d'Una-Sana, devenu depuis 2017 l'une des grandes étapes de la "route des Balkans" de la Grèce vers l'Europe de l'Ouest pour des dizaines de milliers de personnes, ont fini par céder à la pression internationale.

Dès mardi matin, avant l'arrivée des cars, la police a rassemblé à Vucjak une partie des migrants présents en masse dans les squats de Bihac avec les occupants du camp. À l'arrivée de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), qui a chapeauté l'opération de relocalisation, surprise, ils ne sont pas 300, comme prévu dans l'accord avec les autorités, mais 650 à vouloir être mis à l’abri. En sortant du camp, un agent humanitaire, dépité, maudit l'attitude du gouvernement cantonal d'Una-Sana, qu'il juge incompréhensible.

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Alors que les sept cars réquisitionnés depuis plusieurs jours se garent en file indienne en bordure d'une piste clairsemée de flaques d'eau, les 300 premiers migrants embarquent vers Sarajevo sous forte escorte policière. Non loin de la capitale, ils pourront passer l'hiver sous un toit, dans le centre d'Usivak, géré par l'OIM. "Les centres d'hébergement existants à Una-Sana sont pleins, c'était la seule solution à notre disposition. Nous avons augmenté la capacité d'Usivak de 800 à 1 200 pour une phase temporaire, jusqu'à ce que le nouveau centre en préparation, Blazuj, soit opérationnel, à la fin de l'année on l'espère", confie Peter Van der Auweraert, le représentant de l'OIM en Bosnie.

En urgence, ce dernier parvient à débloquer des cars supplémentaires et des places d’hébergement dans le centre d’Uvisak pour 150 migrants, pas un de plus. Les 200 autres bénéficieront d'une "situation de transit" et seront logés dans le centre de Blazuj, pourtant pas encore prêt. "Cette situation ne sera pas idéale mais certainement bien meilleure que celle de Vucjak, d'un point de vue humanitaire", précise Peter Van der Auweraert.

"Un seul repas chaud par jour fourni par la Croix-Rouge"

"Je suis soulagé de pouvoir aller à Sarajevo. Vucjak, c'est pire que tout, jamais je n'aurais pu imaginer vivre dans des conditions pareilles", souffle Mohammed, un jeune Sénégalais arrivé en octobre depuis le Monténégro. Avec un ami, ils ont dormi deux mois par terre au milieu des déchets, entassés sous une tente avec des dizaines de Pakistanais et d'Afghans, présents en majorité dans le camp. Sans eau, impossible de faire sa toilette, de laver ses vêtements. Sans électricité, mieux vaut avoir une lampe torche pour ne pas trébucher sur les immondices. Et avec un seul repas chaud par jour fourni par la Croix-Rouge bosnienne, il fallait faire ses courses à Bihac, à deux heures de marche.

L'existence très controversée de Vucjak et les difficultés rencontrées dans son démantèlement illustrent la volonté du gouvernement cantonal d'Una-Sana, qui dispose de pouvoirs étendus, de chasser les migrants de son territoire, le plus vite possible. Selon le ministère de l’Intérieur du canton d’Una-Sana, ils sont entre 6 000 et 7 000 à y transiter en cette période, dont 4 500 sont pris en charge par l'OIM.

Depuis des mois, les autorités et la mairie de Bihac appellent à une répartition de cette population migratoire sur tout le territoire, et à la fermeture des centres de l'OIM. En face, le pouvoir central bosnien, qui vient à peine de désigner un Premier ministre après un an de vacance et ne dispose pas encore de conseil des ministres, continue à faire la sourde oreille. Quant aux autres cantons, ils ne veulent rien savoir. En l'absence d'interlocuteurs stables et sans politique nationale d'asile concrète, mettre les migrants à l’abri revient donc aux autorités onusiennes, dont l'OIM, avec le financement de l'Union européenne.

Après son démantèlement, le site de Vucjak sera détruit, afin d'éviter que de nouveaux migrants ne s'y installent. En effet, ce lieu sert toujours, malgré l'hiver rude, de base de départ pour la traversée périlleuse dans les montagnes à travers la Croatie en direction de la Slovénie. Le "game", comme est qualifié ce périple, reste dans toutes les têtes. La veille du départ vers Sarajevo, autour des marmites du "restaurant" géré par un groupe de Pakistanais, les visages étaient graves mais résolus : l'hiver se passera au sec, à l'abri. Mais au printemps, à la fonte des neiges, le "game" pourra reprendre.

Pour les centaines de jeunes hommes encore présents à Bihac, installés à la dure dans des squats ou sous les ponts de la ville et pour lesquels aucune solution n'a été trouvée, l'hiver s'annonce glacial. Les Marocains Rachid, Walid, Ilyas et Amin, même pas 100 ans à eux quatre, installent leurs tapis de sol au bord de la rivière Una. Ils y dormiront cette nuit, puis tenteront le "game".

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