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Linguistique : l'origine de la parole pourrait remonter à des dizaines de millions d'années

Les dernières évolutions de la recherche sur l'origine de la parole tendent à prouver qu'elle serait bien plus ancienne que ce qui était admis jusqu'à présent.
Les dernières évolutions de la recherche sur l'origine de la parole tendent à prouver qu'elle serait bien plus ancienne que ce qui était admis jusqu'à présent. iStock

La théorie dominante, qui fait remonter l'origine de la parole humaine à l'apparition de l'homo sapiens il y a environ 200 000 ans, n'est pas satisfaisante d'après un article paru dans la revue Science Advance, mercredi.

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Les ancêtres de l'homo sapiens étaient peut-être eux aussi doués de parole. C'est ce qu'explique une équipe de scientifiques dans un article paru dans la revue Science Advance, mercredi 11 décembre, visant à démonter une théorie qui domine les débats autour de l'origine de la parole depuis une cinquantaine d'années.

"L'aube de la parole pourrait remonter à environ 20 millions d'années et non pas 200 000 ans [date d'apparition estimée de l'homo sapiens, NDLR]", écrivent les auteurs, une équipe constituée de chercheurs français et canadiens.

Une histoire de larynx et pharynx

Comment a-t-on pu se tromper de plus de 19 millions d'années pour dater les débuts d'une caractéristique aussi importante de l'espèce humaine ? La faute à Philip Lieberman, l'un des pionniers américains de l'étude de l'émergence de la parole. En analysant le cadavre d'un singe à la fin des années 1960, il constate que le larynx est situé plus haut que chez l'homme adulte dans le conduit vocal, ce qui fait qu'il dispose aussi d'un pharynx plus petit. Idem chez les nourrissons et, d'après ces analyses, il en irait de même pour l'homme de Neandertal. Conclusion d'après lui : si les singes ne peuvent pas parler, c'est parce qu'ils n'ont pas le larynx au bon endroit. Ce verrou anatomique les empêcherait de produire les voyelles i/a/ou qui sont présentes dans toutes les langues du monde.

Cette découverte a donné naissance en 1971 à la théorie de la descente du larynx, qui ferait de ce petit détail physique la clef de la compréhension de l'origine de la parole. Puisque le larynx a trouvé sa place actuelle avec l'homo sapiens, les primatologues en ont fait l'an 0 du langage parlé.

Dès les années 1980, cette explication a été remise en cause, mais elle a eu la peau dure et elle est restée la théorie dominante jusque dans les années 2010. "C'est une théorie très séduisante car elle est facile à comprendre et, avec très peu de chose – un détail anatomique – Philip Lieberman a expliqué beaucoup", résume Louis-Jean Boë, l'un des auteurs de l'article de Science Advance et chercheur à l'université de Grenoble Alpes, contacté par France 24.

Les babouins et les voyelles

Elle était aussi difficile à démonter. La contre-offensive des linguistes s'est opérée en trois étapes, ces dernières années. Ils ont d'abord réussi à prouver qu'un enfant d'un an était capable de produire ces fameuses voyelles même si son larynx n'était pas encore à la "bonne place", selon la théorie de Lieberman.

Tout dépend, en réalité de la position de la langue. C'était la deuxième étape  : démontrer "l'importance du contrôle des articulateurs [comme la langue, NDLR] plutôt que de la position du larynx", souligne Louis-Jean Boë. En prouvant qu'en maîtrisant la position de la langue, on peut produire les i/a/ou [/i/, /a/, /u/], le tour est joué, "car ces voyelles sont comme les couleurs primaires, si on peut les prononcer, on peut maîtriser toutes les autres", note cet ingénieur et linguiste.

Les babouins du laboratoire de Psychologie Cognitive de Joël Fagot (AMU, CNRS)
Les babouins du laboratoire de Psychologie Cognitive de Joël Fagot (AMU, CNRS) Caralyn Kemp et Julie Gullstrand

Restait encore le problème du singe. La solution est provenue de l'observation de babouins dans un laboratoire marseillais. "Pendant un an ont été enregistré leurs vocalisations alors qu'ils évoluaient dans des situations de communication différentes", raconte le chercheur français. L'analyse de ces données, à l'aide de nouvelles techniques de traitement du signal et de normalisation permettant de mieux déchiffrer ces vocalisations, leur a permis de constater qu'ils produisaient bel et bien qu'ils produisaient bel et bien des sons similaires aux voyelles.

L'intérêt de cette découverte est double : non seulement, elle contribue à battre en brèche la théorie de Philip Lieberman, mais surtout, les babouins appartiennent à la famille des primates qui, il y a environ 20 millions d'années, se sont séparés de leurs cousins, les grands singes, dont descendent les humains. L'appareil vocal des babouins n'a que très peu évolué, ce qui laisse supposer qu'en ces temps très réculés la grande famille des primates avait déjà tout le nécessaire pour être doué de parole.

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