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Faute d'essence, des boeufs et des chevaux pour faire bouger Cuba

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Los Palacios (Cuba) (AFP)

"Montezueeelo! Pasajeeero!": le jour se lève à peine dans l'ouest de Cuba et déjà résonne la voix du paysan guidant ses boeufs à travers champs. A l'est, des carrioles à cheval transportent la population. Face au manque de carburant, la traction animale est plus que jamais présente sur l'île.

Dans la propriété "La Juanita" du village Los Palacios, à 100 kilomètres à l'ouest de La Havane, la campagne de semis a commencé en septembre, mais au lieu des machines à moteur ce sont les bêtes de trait qui font le travail.

A l'aube, sept paires de boeufs, prêtées par des voisins, arrivent à la ferme pour rejoindre les autres et préparer un hectare et demi de terre où sera semé du tabac, produit-phare à l'exportation.

"En temps normal, on a toujours fait appel à la traction animale", faute d'une mécanisation suffisante de l'agriculture cubaine, rappelle Alfredo Reynoso, directeur de l'entreprise d'Etat Cubaquivir, qui assiste les 12 coopératives agricoles de Los Palacios.

Mais "en raison des restrictions de carburant dans le pays, il a été nécessaire d'augmenter ce recours", ajoute-t-il. Dans le village, il faudra ainsi labourer "environ 1.200 hectares de terre par la traction animale".

Car depuis quelques mois, Cuba a soif d'essence: les sanctions américaines contre les navires transportant du pétrole du Venezuela, principal fournisseur de l'île socialiste, ont obligé cette dernière à fonctionner avec seulement 30% de ses besoins en carburant en septembre, puis 60% en octobre.

Si, dans les grandes villes, de longues files se sont formées aux stations service, dans les campagnes la seule solution a été de s'appuyer sur les animaux.

- L'herbe comme carburant -

Plus de 1.000 kilomètres à l'est de Los Palacios, les interminables routes en ligne droite, en provenance de La Havane, sont cernées de champs de canne à sucre. C'est là que les boeufs "Dragau" et "Abre Campo" tirent une carriole pilotée par Félix Betancourt, 65 ans.

"J'y transporte de la nourriture pour les employés de la coopérative, le petit-déjeuner, le déjeuner", explique-t-il. "Cela fonctionne bien et permet d'économiser le carburant car actuellement, il n'y en a pas".

"Le carburant des animaux, c'est l'herbe", poursuit-il. Alors "la nuit, je leur donne à manger, je les laisse bien dormir, et le matin je me lève et je les attèle à 5h30 du matin".

Non loin de là, à Bayamo, les carrioles à cheval sont habituellement une attraction touristique... mais désormais c'est un rouage essentiel du transport public local.

Le voyage coûte généralement 2 à 5 pesos cubains, soit au maximum 20 centimes de dollar, pour un salaire moyen de 50 dollars sur l'île.

Les carrioles participent aussi, depuis quelques semaines, à la collecte des ordures, explique Silvia Diaz, dirigeante d'une association de voisins: "cela aide à garder le quartier dans de bonnes conditions d'hygiène et cela évite de dépenser du carburant".

- 100% du transport de nourriture -

Retour à Los Palacios: en raison de la crise, que les autorités qualifient de "conjoncturelle", Cubaquivir n'a reçu en novembre que 26% des 80.000 litres de carburant que lui fournit chaque mois l'Etat.

"On ne peut pas dire qu'on n'a pas ressenti l'absence de carburant", indique sobrement Jorge Luis La Guardia, 50 ans, président d'une des coopératives agricoles locales.

Actuellement, "100% du transport de nourriture des paysans vers les habitants se fait avec la traction animale, avec des boeufs et des charrettes ou des carrioles", raconte-t-il.

Tout comme lors de la Période spéciale - grave crise économique des années 1990 -, le gouvernement lui-même a incité à miser sur la traction animale pour compenser le manque d'essence.

Mais, avec seulement "780 paires de boeufs" à Los Palacios, c'est "insuffisant" pour répondre à cet appel, juge Alfredo Reynoso. "Il faut en avoir plus".

Dans le pays, on compte 195.700 bêtes pour ce genre de tâches, contre plus de 200.000 dans les années 1990.

Pesant chacun plus de 600 kilos, "Montezuelo" et "Pasajero" répondent aux ordres d'Heriberto Piloto, de 54 años.

"La technique, c'est de te lever tôt et vers 10-11 heures, si la matinée est chaude, tu lâches le boeuf, tu lui donnes à manger, et ensuite vers quatre heures de l'après-midi, tu l'attèles à nouveau", détaille le paysan au visage buriné par le soleil et les longues journées de travail.

Pour dresser un boeuf à cet usage, il faut "environ six mois", dit-il, estimant qu'il faut encourager cette "tradition centenaire" d'avoir recours à cet animal dans les petites parcelles, y compris quand le carburant reviendra.

"Un tracteur, on aimerait tous en avoir un, mais c'est impossible", ajoute-t-il, résigné.

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