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Pris dans une affaire de viol présumé, un théâtre au bord du gouffre

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Paris (AFP)

Mercredi, le Théâtre des Quartiers d'Ivry a fermé ses portes. Le personnel était en grève contre son propre directeur, éclaboussé depuis un an par une accusation de viol.

C'est l'affaire #MeToo du théâtre français, alors que le cinéma est encore secoué par les affaires Luc Besson et surtout Adèle Haenel et Roman Polanski.

Une centaine de personnes se sont rassemblées mercredi soir au TQI, à Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne), pour appeler à la démission de Jean-Pierre Baro. Ce dernier est visé par une plainte pour viol déposée en 2018 par une jeune femme qui travaillait dans un bureau de production, pour des faits qui se seraient déroulés en septembre 2011, des années avant qu'il ne prenne la direction du théâtre.

La plainte a été classée sans suite en mars 2019, faute de preuve. Mais dans un blog hébergé par le site Mediapart, le critique de théâtre Jean-Pierre Thibaudat a relancé l'affaire en détaillant les allégations de la jeune femme, qui dit avoir été violée dans son appartement.

Le journaliste cite également le témoignage de deux jeunes comédiennes qui disent avoir été harcelées sexuellement par M. Baro.

Dans un communiqué transmis jeudi à l'AFP, le directeur a affirmé qu'il "démentait formellement toutes les accusations portées contre lui, qui sont véhiculées par une campagne diffamatoire d’une exceptionnelle violence".

Assurant avoir "le plus grand respect pour la libération de la parole des femmes", il précise qu'il "ne peut laisser fouler au pied la présomption d'innocence à laquelle il a droit comme tout citoyen".

L'équipe du TQI, elle, affirme être à bout.

- "Le public déserte nos salles" -

"Le public déserte nos salles. De nombreux artistes refusent de mettre les pieds au théâtre ou d’avoir affaire à sa direction. Les partenaires territoriaux se désengagent", affirme le personnel dans un communiqué mercredi, évoquant une situation "catastrophique", dans un théâtre qui "s’effondre petit à petit".

"S'il est attaché au théâtre, Jean-Pierre Baro doit démissionner", affirme à l'AFP un représentant du personnel ayant requis l'anonymat.

L'institution "ne peut pas survivre dans ces conditions", dit-il. Une metteure en scène, Myriam Saduis, et le collectif Eskandar, se sont tous deux retirés de la programmation, précise-t-il, et au moins trois membres de l'équipe ont claqué la porte.

D'après le même représentant, une pièce montée par M. Baro en novembre au théâtre a fait seulement 23% de remplissage. Pire, "les réservations scolaires ont totalement chuté cette année".

- "Vindicte populaire" -

Le personnel appelle les pouvoirs de tutelle à réagir, car il y va de la "survie" de l'établissement.

Contacté par l'AFP jeudi, le ministère de la Culture a indiqué avoir "proposé à M. Baro de travailler sur deux axes: comment remettre son théâtre en marche et comment tient-il compte de la souffrance de l'équipe?"

"Nous sommes toujours en discussion", a précisé le ministère.

Metteur en scène de plusieurs pièces, M. Baro avait été nommé par l'ex-ministre de la Culture Françoise Nyssen en juin 2018.

"Dix jours avant sa prise de fonctions en janvier, on apprend qu'il était visé par une affaire de viol. Ça a été assez dur à encaisser et ça n'augurait rien de bon", précise le représentant du personnel.

Le fait que M. Baro était "assez absent, n'avait aucune expérience de direction d'un théâtre et a voulu tout changer", a exacerbé la tension.

Le directeur a joint à son communiqué un second, signé par 56 femmes et hommes de théâtre qui dénoncent une "vindicte populaire" et estiment que "le portrait de criminel sexuel abusant de son pouvoir ne correspond en rien à la personne que nous connaissons".

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