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Après la victoire de Boris Johnson, "la route est encore longue" pour l'économie britannique

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Londres (AFP)

La victoire écrasante de Boris Johnson aux élections législatives britanniques devrait permettre de réaliser le Brexit d'ici fin janvier et apporter un bol d'air à la cinquième économie mondiale.

Dans l'hypothèse toutefois où le chef du gouvernement conservateur parvient rapidement à réaliser sa promesse phare, le Royaume-Uni n'est pas au bout de ses peines, car vont s'ouvrir pour des mois, voire des années, de périlleuses négociations commerciales avec l'UE.

"Même si l'accord de sortie de l'UE est adopté, la route est encore longue", remarque ainsi Catherine McGuinness, l'une des responsables de la City of London, le lobby du puissant secteur financier britannique.

A court terme, la Bourse était à la fête, l'indice FTSE 100 des principales valeurs prenant 1,45% en fin de séance, et le FTSE 250, représentatif de l'économie britannique, flambant de 4% à un record historique.

La livre, baromètre des marchés sur le Brexit, s'est envolée dans la nuit au-delà de 1,35 dollar, à des plus hauts depuis 18 mois, et face à l'euro elle a brièvement retrouvé son niveau de juillet 2016, peu après le référendum sur le Brexit.

"Les entreprises voulaient mettre fin à l'incertitude", a estimé le ministre des Finances Sajid Javid, interrogé sur la chaîne de télévision Sky News.

Même si un grand nombre de chefs d'entreprises ont voté contre une sortie de l'UE, la plupart demandaient depuis des mois la levée des incertitudes politico-économiques qui plombaient la croissance, aujourd'hui au point mort.

Carolyn Fairbairn, directrice générale du CBI, la principale organisation patronale britannique, a d'ailleurs appelé sur Twitter Boris Johnson "à utiliser son solide mandat pour rebâtir la confiance et mettre fin à un cycle d'incertitude" sur le Brexit.

- Stimulus budgétaire -

Au-delà du Brexit, la nouvelle législature devrait ainsi marquer "la fin d'une décennie d'austérité, et l'économie devrait bientôt bénéficier d'un stimulus budgétaire de taille", remarque Ruth Gregory, de Capital Economics.

Les conservateurs ont promis d'injecter des centaines de millions de livres dans les hôpitaux et les transports notamment, promettant une "révolution des infrastructures", au risque de provoquer un bond de la dette et des déficits.

Parmi les réactions vendredi à la victoire des conservateurs, la fédération des chambres de Commerce (BCC) demandait de "réformer la taxe sur les locaux commerciaux" - le Premier ministre a promis de la baisser.

Elle appelle aussi à aller de l'avant dans les grands chantiers de transports comme la ligne ferroviaire HS2, controversée car extrêmement coûteuse, ou l'extension de l'aéroport londonien d'Heathrow, décriée par les défenseurs de l'environnement.

En ce qui concerne l'engagement du Royaume-Uni à atteindre la neutralité carbone en 2050, les conservateurs se montrent beaucoup plus timides que les travaillistes, qui avaient promis un "Green deal" et des investissements se chiffrant en centaines de milliards de livres dans la transition énergétique.

- Croissance lente -

Jonathan Portes, économiste du centre de réflexion sur le Brexit The UK in a Changing Europe, n'attend pas de franche embellie: s'il y "aura peut-être un sursaut de la consommation - ou de l'immobilier - il sera modeste", prédit-il.

D'après lui, "l'économie britannique va rester sur une trajectoire de croissance lente", notamment parce que les hausses de dépenses gouvernementales ne devraient pas suffire à "contrebalancer les dégâts subis par les services publics" pendant une décennie d'austérité.

Avec l'accord négocié par Boris Johnson, l'ensemble du Royaume-Uni y compris l'Irlande du nord va quitter l'UE à l'issue d'une période de transition d'un à trois ans.

Le véritable enjeu sera le futur traité de libre-échange du Royaume-Uni avec l'UE, car il déterminera la relation du pays avec son principal partenaire économique pour les prochaines décennies, même si le gouvernement Johnson mise aussi sur les négociations commerciales avec d'autres pays, notamment les Etats-Unis.

Le centre de réflexion The UK in a Changing Europe estime que l'accord de Brexit version Johnson pourrait faire "baisser le produit intérieur brut par habitant du Royaume-Uni de 2,3% à 7%, comparé à s'il restait dans l'UE" sur une période de dix ans.

C'est proche des prévisions que le gouvernement britannique avait avancées lors d'un rapport il y a un an.

Jonathan Portes observe notamment que même si un futur accord de libre-échange s'alignait sur l'Union européenne en termes de réglementations, avec des droits de douane minimaux ou nuls, et pas de quotas entre les transactions UE-Royaume-Uni, l'impact économique ne pourra être totalement neutralisé.

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