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Législatives au Royaume-Uni : percée historique des nationalistes nord-irlandais

John Finucane, le candidat du Sinn Fein, vainqueur du siège de Belfast Nord, avec la vice-présidente du parti Michelle O'Neill et le président Mary Lou McDonald, célèbrent leur succès électoral à Belfast, 13 décembre 2019.
John Finucane, le candidat du Sinn Fein, vainqueur du siège de Belfast Nord, avec la vice-présidente du parti Michelle O'Neill et le président Mary Lou McDonald, célèbrent leur succès électoral à Belfast, 13 décembre 2019. Lorraine O'Sullivan, Reuters

Depuis la partition de l’Irlande en 1921, c’est la première fois que les nationalistes compteront plus d’élus que leurs adversaires, les unionistes. Ces derniers ont perdu, jeudi soir, leur majorité parlementaire au terme des législatives britanniques anticipées.

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Les élections législatives du jeudi 12 décembre se sont révélées très cruelles pour le parti unioniste (DUP) en Irlande du Nord. Pour la première fois depuis la partition de l'île, le camp nationaliste a enregistré une percée aussi historique que symbolique.

Pro-Brexit, les unionistes – protestants favorables au maintien dans le Royaume-Uni  ont perdu leur majorité parlementaire au profit des partisans républicains et catholiques de l’unification de l’Irlande. Ces derniers ont remporté, grâce à un système d’alliance, neuf sièges. Précisément sept députés pour le Sinn Féin et deux pour les nationalistes modérés du Parti social-démocrate et travailliste (SDLP).

Le DUP, qui disposait de 10 élus sur les 18 dévolus à l'Irlande du Nord à Westminster, en perd deux, notamment à Belfast. Le parti Alliance, non communautaire et pro-européen, s'est quant à lui adjugé un siège.

"Un coup de tonnerre"

Même s’il reste le premier parti d’Irlande du Nord en nombre de sièges, ce revers a un goût amer pour le DUP, qui dominait dans cette province britannique où la population avait voté à 56 % pour rester dans l'UE en 2016, alors que le Royaume-Uni s'est prononcé à 52 % pour le Brexit.

À lire sur France 24 >> Irlande du Nord : "Si le Brexit se passe mal, cela pourrait accélérer la réunification"

Pendant trois décennies, nationalistes et unionistes se sont opposés lors d'affrontements sanglants, appelés "les Troubles", qui ont fait 3 500 morts. L'accord de paix du "Vendredi Saint" y a mis un terme en 1998, en instaurant un partage du pouvoir exécutif et une frontière ouverte avec l'Irlande.

"C’est un coup de tonnerre. Pour la première fois, les nationalistes, qui envisagent de demander un référendum sur l’indépendance de l’Irlande et la réunification de l’île, arrivent en tête", souligne Bruno Darroux, spécialiste des questions internationales à France 24, et envoyé spécial à Londres.

Comme un symbole, Nigel Dodds, le numéro deux du DUP et leader du groupe parlementaire à Westminster a perdu son siège de Belfast-Nord face au maire de la ville, John Finucane, un cadre du Sinn Fein, dont le père Pat avait été assassiné par un groupe loyaliste pro-britannique en 1989. Près de 2 000 voix séparent les deux hommes, alors que la circonscription a toujours été aux mains des unionistes.

"Les gens étaient irrités par le DUP à cause du Brexit et probablement d'autres problèmes, tels que le scandale politico-financier, dit du "cash for ash", et la crise des services de santé, et ils leur ont fait savoir, fortement et cruellement, sans aucune pitié", résume vendredi matin le Irish Times.

Le DUP perd son pouvoir d’obstruction

Les unionistes ont soutenu les gouvernements conservateurs successifs, tout en rejetant les accords négociés avec Bruxelles par Theresa May puis Boris Johnson, de crainte d'ouvrir une brèche vers une possible réunification des deux Irlande. Le dernier accord stipulait que l'Irlande du Nord disposerait d'un régime douanier et fiscal spécial, permettant de maintenir les échanges avec la République d'Irlande, membre de l’UE.

L’inflexibilité du DUP, pourtant eurosceptique mais qui a paradoxalement bloqué la sortie de l'UE, a poussé Boris Johnson à convoquer des législatives anticipées, après avoir perdu sa majorité au Parlement. Le pouvoir d’obstruction des unionistes s’est envolé après le triomphe de Boris Johnson, jeudi, qui s’est adjugé une majorité absolue à Westminster. "Boris Johnson peut désormais faire ce qu'il veut et conclure son accord sur le Brexit ", assène le Irish Times.

Malgré les déboires de ses rivaux du DUP, le Sinn Fein, qui exige l’organisation d’un referendum sur l’unité irlandaise dans les cinq ans, ne peut pas pavoiser. S’il a maintenu son nombre d’élus et remporté une victoire symbolique grâce à John Finucane à Belfast, le nombre de voix récoltées par le mouvement est en baisse.

À l’instar du DUP, avec lequel il est tenu pour responsable de l’impasse politique actuelle – le pays n’a plus de gouvernement depuis trois ans –, le Sinn Fein paie l’émergence de petits partis : SDLP et Alliance. En 2017, les deux formations historiques avaient raflé 17 des 18 sièges attribués à la province.

Avec AFP et Reuters


 

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