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Pour l’ONU, c’est aux "armées nationales de lutter contre le terrorisme" au Sahel

Des Casques bleus de la Minusma patrouillent dans les rues de Gao, à l'est du Mali, en août 2018.
Des Casques bleus de la Minusma patrouillent dans les rues de Gao, à l'est du Mali, en août 2018. Seyllou, AFP
7 mn

Alors que la situation sécuritaire ne cesse de se dégrader au Sahel, plusieurs chefs d’État africains demandent à l’ONU d’être plus impliquée dans la lutte contre le terrorisme. Ce n’est pas le rôle des missions de maintien de la paix, répond Bintou Keita, sous-secrétaire des Nations unies pour l’Afrique.

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Au Sahel, les armées continuent d’essuyer des revers face aux groupes jihadistes. Il y a près d'une semaine, 71 soldats ont été tués dans une attaque terroriste de grande ampleur contre le camp militaire d'Inates dans l'ouest du Niger, à la frontière malienne. Revendiquée par l'organisation État islamique, cette attaque est la plus meurtrière jamais enregistrée dans la région.

Au Mali, pas moins de 140 soldats ont trouvé la mort ces derniers mois dans une série d’assauts sanglants contre les bases militaires. Quant au Burkina Faso, il a perdu 24 militaires en août dans une attaque contre la base de Koutougou, également près de la frontière malienne.

Face à toutes ces attaques, les dirigeants des pays du Sahel demandent à l'ONU que les mandats des missions de paix soient renforcés et plus offensifs. Réunis dimanche en sommet extraordinaire à Niamey, ils ont par ailleurs appelé à davantage de coopération mutuelle et internationale pour endiguer le péril jihadiste qui frappe de plus en plus violemment leurs pays.

"Les attaques sans cesse répétées par les groupes terroristes dans notre espace nous rappellent non seulement l'extrême gravité de la situation mais aussi l'urgence de travailler davantage en synergie", a ainsi estimé le président nigérien, Mahamadou Issoufou. "Pour combattre le terrorisme, nous avons besoin non pas de moins d'alliés mais de plus d'alliés", a-t-il martelé, faisant allusion à la polémique sur la présence des forces étrangères au Sahel.

Dans un entretien accordé à France 24, la Guinéenne Bintou Keita, sous-secrétaire de l’ONU pour l’Afrique, répond à toutes ces préoccupations. Tout en rappelant que le rôle des Nations unies est de pacifier les pays, celle qui a occupé de hautes fonctions au sein de différentes institutions onusiennes affirme que la lutte contre le terrorisme est un combat de longue haleine et doit être portée par les armées nationales.

France 24 : Alors que la menace terroriste persiste au Sahel malgré la présence de plusieurs opérations militaires, faut-il une implication plus offensive de l’Onu ou de ses forces comme le demandent les chefs d’État de la région ?

Bintou Keita : La lutte contre le terrorisme ne fait pas du tout partie du mandat des opérations de maintien de la paix. Les Casques bleus qui sont déployés dans le cadre de missions de paix ont pour objectif de réduire les tensions et les violences, de permettre ensuite d'ouvrir les espaces de dialogue politique avec l’ensemble des partis, et enfin de protéger les populations civiles.

Les partenaires chargés de lutter contre le terrorisme sont les armées nationales, les opérations telles que Barkhane lorsqu’on est dans le contexte du Mali et la force conjointe du G5 Sahel en ce qui concerne le Sahel.

Maintenant, il y a un lien entre la Mission des opérations de paix au Mali (Minusma) et l’appui au G5 Sahel. Le Conseil de sécurité a en effet demandé à la Minusma, à travers un accord technique, d’appuyer sur le plan logistique le G5 Sahel sur la base des demandes qui ont été agréées à l’avance. C’est un soutien, ce n’est pas la première ligne.

Mais la force conjointe du G5 Sahel n'est toujours pas opérationnelle. Les chefs d’État de la région demandent en vain qu’elle soit placée sous le chapitre 7 de la charte des Nations unies pour obtenir des financements et lutter contre le terrorisme. Qu’est-ce qui bloque à ce niveau ?

Le secrétaire général de l’Onu est la voix la plus haute des Nations unies, mais les décisions dépendent de la volonté des États membres du Conseil de sécurité. La question devrait être posée au Conseil de sécurité.

Plusieurs diplomates et observateurs pensent que les missions de maintien de la paix, comme au Mali ou en République démocratique du Congo, ne sont plus adaptées aux conflits actuels. Que répondez-vous ?

Les opérations de maintien de la paix opèrent aujourd’hui dans de nouveaux environnements où la situation sécuritaire est de plus en plus dégradée avec les attaques terroristes. Les mandats déjà robustes des missions de maintien de la paix peuvent être adaptés mais ils sont indépendants de la lutte contre le terrorisme. J’insiste sur cela. Sinon, on fait de l’amalgame. Le rôle premier des opérations de maintien de la paix est l'appui à des négociations politiques et à la mise en œuvre des accords de paix.

L’ONU ne peut donc pas aller en guerre contre le terrorisme ?

Exactement, dans la mesure où, pour déployer des opérations de maintien de la paix, il faut l’accord du pays hôte. Je ne crois pas que lorsque les missions sont déployées, ce soit pour faire la guerre aux populations. C’est très clair.

Cependant, nous sommes en train de faire évoluer la posture des bataillons avec lesquels nous travaillons pour que les Casques bleus soient plus flexibles. Et pour qu’ils soient plus en mesure d’être déployés rapidement. Les territoires sur lesquels ils opèrent sont immenses. Et sur le plan logistique, ce n’est absolument pas facile.

Au lieu d’avoir des bataillons statiques, ce dont nous avons besoin par rapport aux environnements d'aujourd'hui, ce sont des contingents avec une mobilité rapide leur permettant d’opérer sur des terrains désertiques comme au Sahel ou de jungle comme en République démocratique du Congo.

En Centrafrique, au Mali et plus récemment en République démocratique du Congo, les populations demandent et manifestent pour le départ des forces onusiennes. Elles n’ont plus le sentiment d’être assez protégées.

Je comprends ces frustrations qui s’expriment. Il y a une impatience due au fait qu’on ne voit pas de résultats. Mais il est important d’expliquer aux populations – et c’est le rôle des médias et de nous tous – que la lutte contre le terrorisme prend du temps. Même les pays développés qui disposent de moyens sont confrontés aux attaques terroristes.

Dans le contexte de l’Afrique, on ne doit pas avoir seulement une réponse militaire mais aussi une réponse qui va dans le sens du développement social et économique. Il faut que les populations aient accès aux services sociaux de base. C’est un ensemble d’interventions qu’il faut prendre en compte. La réponse militaire est importante mais elle n’est pas suffisante. C’est aussi la raison pour laquelle, dans notre rôle, le dialogue politique qui emmène tout le monde à bord est fondamental.

Il faut aussi expliquer aux populations les rôles variés des différents acteurs qui interviennent au Sahel pour pouvoir juguler la menace terroriste qui touche à la fois les armées nationales, les populations et aussi les Casques bleus.

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