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Jean-Paul Delevoye, un habile négociateur rattrapé par ses "oublis"

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Paris (AFP)

Vieux loup de mer politique et habile négociateur, le haut-commissaire Jean-Paul Delevoye est pourtant passé en quelques jours du statut de capitaine apprécié de la réforme des retraites à celui de maillon faible du gouvernement.

Soupçons de conflits d'intérêts, cumul d'activités interdit: en plein conflit social, cet ancien ministre chiraquien devenu une figure majeure de la Macronie a fini par démissionner lundi, après s'être pris les pieds dans le tapis de ses multiples activités.

Nommé en septembre 2017 haut-commissaire à la réforme des retraites puis entré en septembre dernier au gouvernement, Jean-Paul Delevoye devait porter le projet de loi d'un système universel devant le Parlement en 2020.

Jusqu'au bout, le gouvernement l'a soutenu, le Premier ministre soulignant sa "bonne foi totale".

A la tête d'une mission peu comprise par l'opinion, ce vieux routard de la politique âgé de 72 ans mène d'abord pendant 18 mois des consultations avec partenaires sociaux, élus et citoyens sur ce sujet hautement inflammable.

"J'ai quasiment fait le tour de France", plaisantait auprès de l'AFP ce colosse d'1m93, sourcils sombres et cheveux cendrés, peu avant la publication de son rapport en juillet dernier.

"Un travail remarquable" salué par Emmanuel Macron qui, mi-août, remet pourtant en cause sa principale proposition, l'instauration d'un âge du taux plein à 64 ans. Un premier désaveu?

"La position d'Emmanuel Macron fait partie du débat", rétorque alors M. Delevoye, qui va s'opposer frontalement à la volonté du président et de son Premier ministre Edouard Philippe de laisser ouverte la possibilité d'une application de la réforme aux seuls nouveaux entrants dans le monde du travail - la fameuse "clause du grand-père".

Le haut-commissaire avait pourtant été conforté en juillet par le report de mesures d'économies qui risquaient de saborder son projet. Auparavant, il avait aussi obtenu la confirmation du maintien de l'âge légal de départ à 62 ans, remis en cause par plusieurs ministres au printemps, ce qui avait poussé cet "homme d'engagement" à mettre sa démission dans la balance.

- "Formidable manoeuvrier" -

C'est un coutumier des "digressions" au point d'en être "parfois un peu casse-pieds", dit de lui l'un de ses interlocuteurs.

Mais derrière son apparente bonhommie se cache "un formidable manœuvrier", selon une source gouvernementale. "Il a cette capacité à aller chercher un arbitrage (...) à oublier ce qui ne l'arrange pas".

Ce "gaulliste social" revendiqué peut s'appuyer sur une longue expérience politique. Maire de Bapaume (Pas-de-Calais), sa ville natale, pendant 30 ans, député, sénateur... L'ancien négociant en aliments pour bétail a également présidé l'Association des maires de France pendant 10 ans.

Sorti de sa retraite après son éviction fin 2015 de la présidence du Conseil économique, social et environnemental (Cese) pour rallier Emmanuel Macron, M. Delevoye s'est d'abord vu confier les rênes de la commission d'investiture pour les élections législatives d'En Marche !, grâce à son caractère transpartisan, illustré par son soutien à un socialiste pour lui succéder à Bapaume et qui a entraîné son exclusion de l'UMP en 2013.

Puis, à l'automne 2017, le chantier titanesque des retraites.

Entouré d'une "dream team", comme il appelle son équipe, l'affable ancien médiateur de la République est apprécié des syndicalistes, séduits, à l'image de Dominique Corona (Unsa), par "un personnage tout en rondeur, très abordable, qui respecte les gens en face de lui".

Pour Frédéric Sève (CFDT), il a réussi à "montrer qu'un chantier que l'on disait hallucinant, infaisable, était possible".

En 2003 déjà, une autre réforme des retraites, celle des fonctionnaires, avait révélé l'habileté du négociateur, alors ministre de la Fonction publique de Jacques Chirac (2002-2004), capable de ramener les syndicats autour de la table après plusieurs mois de conflit.

Sa longue expérience politique ne lui a pourtant pas suffi pour se prémunir contre les soupçons de conflits d'intérêts, notamment avec le monde de l'assurance. Ni pour éviter de déclencher une polémique sur le cumul interdit de sa fonction de ministre avec la présidence rémunérée d'un institut de réflexion.

"Il a été habitué à émarger à des conseils d'administration pendant des années, à toucher 15-18.000 euros par mois", note une source parlementaire LREM. "Il pensait peut-être que ça passerait".

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