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L'"arrivederci" d'Eleonora Abbagnato, étoile italienne de l'Opéra

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Paris (AFP)

Les danseurs sont souvent angoissés par la fin de leur carrière à un âge relativement jeune. Pas Eleonora Abbagnato, danseuse à double casquette puisqu'elle est étoile de l'Opéra de Paris, bientôt sur le départ, et directrice depuis quatre ans du Ballet de Rome.

Si la grève le permet, la première Italienne à accéder au titre d'étoile au sein de la vénérable institution française tirera sa révérence le 23 décembre.

"Mes adieux vont être moins durs que d'autres danseurs qui sont partis sans avoir un bagage prêt pour la suite", affirme à l'AFP la danseuse qui à 41 ans part un an plus tôt que l'âge officiel de la retraite pour les danseurs de l'Opéra.

Si le Ballet de Rome, moins connu que celui de la Scala, a gagné en visibilité sous son mandat avec l'invitation de grands chorégraphes et une collaboration avec Dior, Eleonora Abbagnato a dû faire face à une crise en août après qu'une lettre d'un syndicat de danseurs a rapporté une attitude "irrespectueuse et inappropriée" et des "épithètes injurieux" de la directrice.

Cet incident "est passé", assure Abbagnato qui est avec son mari, l'ex-footballeur Federico Balzaretti et ses quatre enfants une star dans les médias italiens.

- "Une des seules étrangères" -

"J'ai +reconstruit+ 70 danseurs. Quand je suis arrivée il y en avait très peu", affirme Abbagnato. Je suis très fière de ce que j'ai fait parce que ce n'est pas facile".

Elle loue l'esprit "très ouvert" de l'ex-directeur de la danse de l'Opéra de Paris Benjamin Millepied qui lui a permis cette double carrière, car "je voulais sauver la danse en Italie", où deux compagnies à Florence et à Vérone avaient fermé leurs portes.

"Je suis quelqu'un de très extravertie, je dis ce que je pense", dit-elle.

Un caractère bien trempé qui lui a servi. Si son parcours ressemble à un conte de fées, son entrée à l'école de danse de l'Opéra à 14 ans n'a pas été facile pour une petite Sicilienne de Palerme.

"A l'époque, j'étais une des seules étrangères. J'ai beaucoup souffert de ça. Des mères disaient que ce n'était pas juste que je sois la chouchou de Claude Bessy", directrice légendaire de l'école, se rappelle-t-elle.

L'étoile, qui va tourner un film sur son enfance, évoque une famille plus intéressée par le ballon rond que par la danse, avec son grand-père footballeur et son père président d'une équipe à Palerme.

Elle doit tout à sa mère, qui la gardait les après-midi dans l'école de danse située en-dessous de son magasin de vêtements. "Le soir, je ne voulais pas partir".

Abbagnato atterrit en France à 10 ans, sans un mot de français, après avoir été repérée par Roland Petit, l'un des plus grands chorégraphes français et son futur mentor.

"Il était très dur. Il a dit à ma mère que je n'étais pas assez souple. C'était à l'époque de Sylvie" Guillem, grande danseuse française célèbre pour sa souplesse extrême. "J'ai commencé à forcer comme une malade", dit Abbagnato.

- "Il ne faut pas lâcher" -

Autre exigeance physique, très répandue dans le monde du ballet: "Roland voulait qu'on soit maigre; il me disait toujours que j'étais grosse". "Aujourd'hui, on ne peut rien dire. Si on dit (ça), je ne sais pas si ça passera", indique la ballerine, convaincue que dans la danse, il faut accepter les remarques "pour nous pousser au maximum".

Autre figure toute aussi inspirante et exigeante: Pina Bausch.

A l'Opéra, où Abbagnato venait d'être embauchée à 18 ans, "Pina a révolutionné un peu ce côté hiérarchie... elle a fait une audition avec les plus grandes étoiles mais elle nous a choisi (corps de ballet)".

"Jamais elle ne nous félicitait... c'était pour essayer de faire monter le niveau".

Elle a dû attendre 12 ans avant d'être promue de "première danseuse" à étoile.

"J'ai eu tout très vite et à un moment, ça s'est arrêté. C'est un choix de la direction qui arrive à tous les artistes", dit Abbagnato.

"Je dis aux premiers danseurs +il ne faut pas lâcher... Etre étoile, c'est le rêve de tout le monde, mais ce n'est pas pour tout le monde".

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