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La Russie fait souffler un vent de guerre froide sur l'Atlantique Nord avec ses sous-marins

La Russie a mené une opération d'ampleur au large de la Norvège en octobre en mobilisant huit sous-marins nucléaires
La Russie a mené une opération d'ampleur au large de la Norvège en octobre en mobilisant huit sous-marins nucléaires iStock

Selon l’Otan, la Russie n’avait pas mobilisé autant de sous-marins depuis la période de la Guerre froide. Une démonstration de force qui illustre la modernisation de la marine russe et la détérioration du climat international.

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Elle voit des sous-marins russes partout. L’Alliance atlantique s’inquiète de l’activité militaire de la marine russe, qui n’a jamais été aussi forte depuis la fin de la Guerre froide, a confirmé Oana Lungescu, porte-parole de l’Otan à la presse allemande, lundi 16 décembre.

Ces derniers mois, “nous avons constaté une activité sous-marine accrue en mer Baltique, en mer Arctique, en mer Noire et en Méditerranée”, avait énuméré une semaine plus tôt le général américain Tod Wolters, commandant des forces alliées en Europe.

Huit sous-marins nucléaires en mission

Le principal théâtre d’opération des submersibles russes se trouvait en Arctique, où est basée la flotte du Nord, la plus importante des quatre flottes russes. En octobre dernier, les services de renseignement norvégiens ont ainsi observé le déploiement inédit de dix sous-marins, dont huit à propulsion nucléaire, qui ont quitté la base de Mourmansk (nord-ouest de la Russie) pour se rendre au large de la Norvège et patrouiller en mer de Barents (sud de l’océan Arctique). “Cela représente près de 20 % de la capacité sous-marine russe totale”, analyse la revue conservatrice américaine National Interest.

Une démonstration de force qui a inquiété la Norvège et l’Otan. Le ministère norvégien de la Défense a fait part de ses préoccupations au ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, et a indiqué que son pays allait accroître ses investissements dans les capacités de détection des sous-marins. De son côté, l’Otan s’est dite prête à réagir, sans préciser quelles mesures l’organisation entendait prendre.

“Depuis l’annexion de la Crimée en 2014, les pays occidentaux se demandent dans quelle direction la Russie va continuer à étendre sa sphère d’influence. L’Arctique est une zone attrayante car la fonte des glaces rend de plus en plus accessible des ressources naturelles jusqu’à présent difficiles à exploiter”, explique Bettina Renz, spécialiste des questions de sécurité russe à l’université de Nottingham, contactée par France 24.

La Russie teste son nouveau matériel

Mais cette experte pense qu’il ne faut pas réduire ces déploiements à un geste purement agressif. “La raison principale de cette activité tient à la politique de modernisation de l’armée russe menée depuis environ 2009”, explique-t-elle. La chute du régime soviétique avait entraîné une longue période de disette militaire pour la Russie, à laquelle Vladimir Poutine a mis un terme au début de son deuxième mandat comme président russe, en 2008. Les investissements massifs effectués depuis lors, notamment dans la marine, ont permis de renouveler des équipements qui ont besoin d’être testés. “C’est pour cela que depuis quelques années, la Russie organise des entraînements réguliers pour se familiariser avec le matériel”, note Bettina Renz.

Les déploiements de ces derniers mois entreraient en partie dans ce cadre. Les manœuvres concernent essentiellement des sous-marins car “c’est historiquement le point fort de la marine russe qui accuse, par ailleurs, un retard certain sur les autres puissances militaires dans le domaine des navires de guerre”, précise cette spécialiste.

Redevenir une puissance militaire de premier plan

Pourtant, Moscou n’avait pas besoin de mobiliser un si grand nombre de sous-marins pour de simples entraînements. Et dans des temps diplomatiques plus sereins, la Russie a su faire preuve de davantage de retenue militaire pour ses exercices en mer, rappelle Seapower Magazine, la publication de la Navy League,  principal lobby de l’industrie militaire maritime américaine. Mais dans un contexte de relations beaucoup plus tendues avec les États-Unis et l’Europe, la Russie “a besoin de prouver qu’elle est redevenue une puissance militaire de premier plan avec laquelle il faut compter”, assure Bettina Renz. Le pays démontre ainsi que les sanctions économiques imposées après l’annexion de la Crimée ne l’a pas empêché de continuer à moderniser son arsenal.

Avec ces manœuvres, Moscou ne cherche pas seulement à montrer ses muscles, mais aussi à tester ceux des autres. “Les Russes veulent mettre les capacités de détection des puissances occidentales à l’épreuve et vérifier à quel point elles sont prêtes à réagir lors de manœuvres navales d’envergure”, a estimé un porte-parole des services de renseignement norvégiens à la NRK, la chaîne publique de télévision norvégienne.

Cette multiplication des déploiements de sous-marin relève donc autant de l‘entraînement que de la provocation. Des manœuvres qui ne présenteraient pas une menace en elles-mêmes, d’après Bettina Rentz, mais qui illustrent à quel point “il y a un manque de dialogue entre la Russie et les puissances occidentales”. Pour elle, cette agitation militaire remplace les discussions, entraînant une inévitable course aux armements “qui, elle, est la vraie menace à moyen et long terme”.

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