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PORTRAIT

Mario Sandoval, le "boucher" de la dictature argentine, extradé de la France vers Buenos Aires

Mario Sandoval, le "boucher" argentin, a été extradé dimanche de Paris vers Buenos Aires.
Mario Sandoval, le "boucher" argentin, a été extradé dimanche de Paris vers Buenos Aires. Daniel Garcia, AFP

La France a extradé dimanche soir l'ancien policier argentin Mario Sandoval accusé par l'Argentine de crimes contre l'Humanité durant la dictature de la junte militaire entre 1976 et 1983. La fin d'une bataille judiciaire en France mais le début d'une autre en Argentine. Portrait de celui que l'on surnomme le "boucher" dans son pays. 

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Fin de partie pour l’ancien policier argentin Mario Sandoval, accusé par la justice de son pays d'avoir participé à plus de 500 faits de meurtres, tortures et séquestrations pendant la dictature militaire de 1976 à 1983. Surnommé "Churrasco", que l’on peut traduire par "grillade", en référence à la torture des victimes à l'électricité sur un sommier en métal, l’homme a été extradé dimanche 15 décembre vers l’Argentine, placé sous escorte sur un vol Air France depuis Paris. C'est la fin d'un feuilleton en France, après quasiment huit ans de bataille judiciaire.

L’ancien fonctionnaire de 66 ans, teint mat, cheveux courts, a été arrêté mercredi à son domicile de Nogent-sur-Marne, en banlieue parisienne, après le rejet d'un de ses derniers recours. Ce jour-là, le Conseil d'État, plus haute juridiction administrative, a en effet définitivement validé un décret d'extradition pris par le gouvernement français le 21 août 2018.

"Un type très étrange"

L’Argentin s’exile en France en 1985. L'ancien policier obtient la nationalité française en 1997, ce qui n'empêche pas pour autant son extradition car il n'était pas Français à l'époque des faits. Ce n’est qu’en 2012 que la justice argentine réclame une première fois l'ancien policier à la France. Soupçonné d'avoir participé à des centaines de crimes lors de la dictature militaire, la justice ne demande son extradition que pour un seul dossier : celui d'Hernan Abriata, pour lequel elle dispose d'une dizaine de dépositions. Cet étudiant en architecture fut détenu à l'École de mécanique de la marine (ESMA), un centre de torture de la dictature par lequel sont passées quelque 5 000 personnes qui ont ensuite disparu, souvent jetées depuis des avions dans le Rio de la Plata.

"C'était un type très étrange, il faisait du renseignement. C'était un de ceux les mieux formés intellectuellement au sein de l'ESMA. (Mais) s'il pouvait te buter, il te butait", a témoigné un survivant de ce centre de torture, Alfredo Buzzalino.

L’ancien fonctionnaire, qui nie les faits et estime qu'ils sont prescrits, saisit alors le Conseil d'État pour empêcher l'exécution du décret gouvernemental. Le code de procédure pénale interdit en effet une extradition lorsque le crime est prescrit en droit français. Mais le Conseil confirme ce qu'avait dit avant lui la Cour de cassation et le Conseil constitutionnel : en matière de séquestration, la prescription ne commence à courir qu'à la découverte du corps ou aux aveux du mis en cause, ce qui n'est pas le cas dans cette affaire, le jeune Hernan n'ayant jamais été retrouvé. Et son ultime recours, cette fois devant la Cour européenne des droits de l'Homme (CEDH) a lui aussi été rejeté vendredi.

Une nouvelle vie en France

L'identité complète de Mario Sandoval est longtemps restée ignorée en France. Discret, il avait reconstruit une nouvelle vie en France, sans cacher ses nom et prénom. En 1997, il avait obtenu la nationalité française.

Consultant spécialisé dans les questions de défense et de sécurité, il a enseigné de 1999 à 2005 à l'Institut de hautes études de l'Amérique latine (IHEAL), à Paris, et à l'université de Marne-la-Vallée en banlieue parisienne.

Personne n'est au courant de son passé. Pas même le ministre français de l’Éducation, Jean-Michel Blanquer, qui était le directeur de l’établissement de l’IHEAL à l’époque. Et pour cause, les accusations de torture en Argentine à son égard ne sont révélées qu'en 2008.

Il finit toutefois par être reconnu sur une photo. Des enseignants des deux institutions rédigent alors une lettre ouverte pour demander son extradition. En 2012, le Franco-Argentin accuse de diffamation ou de complicité de diffamation plusieurs médias français, dont France info et Marianne, à la suite de la publication en 2008 d'informations sur son rôle supposé sous la dictature argentine. Plaidant l'homonymie, il saisit le Tribunal de grande instance d'Auxerre. "Je suis victime d'une campagne de diffamation", plaide-t-il, avant d’être débouté. Il devra désormais s'en expliquer devant la justice argentine.

 

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