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DÉCRYPTAGE

Âge pivot, système par points, retraite minimum... les points de blocage de la réforme

Les syndicats ont défilé derrière des slogans appelant au retrait de la réforme des retraites, dans plusieurs villes de France, mardi 17 décembre.
Les syndicats ont défilé derrière des slogans appelant au retrait de la réforme des retraites, dans plusieurs villes de France, mardi 17 décembre. REUTERS - Jean-Paul Pelissier

Enseignants, personnels hospitaliers, cheminots… Des dizaines de milliers de personnes sont de nouveau descendus dans la rue, mardi, pour protester contre la réforme des retraites. Âge pivot à 64 ans, réforme par points, retraite minimum à 1 000 euros.... Le collectif “Nos retraites” revient en détails sur les points d’achoppement du texte.

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La réforme des retraites ne passe toujours pas. Après treize jours de grève, les syndicats continuent de maintenir la pression sur le gouvernement à coup de slogans. Dans les rues de Paris, Lille ou Bordeaux, nombre d’entre eux réclament son retrait. “Non à la réforme des retraites”, pouvait-on lire sur une banderole à Bourges.
 

“Retraite par point, retraite très loin, retraite sans rien”, dénoncent les manifestants à Grenoble. “La réforme, c’est oui, 64 ans, c’est non”.

Face à cette colère grandissante, le collectif Nos retraites, lancé au printemps 2019 par des citoyens pour décrypter les différents volets de la réforme des retraites, revient pour France 24 sur les points de blocage. “On s’oppose à cette réforme car elle va purement et simplement conduire à la baisse du niveau de nos pensions à tous”, résume Agathe, porte-parole du collectif.

Pourquoi, selon vous, les retraites sont-elles menacées avec la réforme proposée par Emmanuel Macron ? 

C’est un raisonnement purement mathématique : le gouvernement a décidé de plafonner à 14 % du PIB les dépenses liées aux retraites. Pourquoi le limiter alors qu’il faut tenir compte de la hausse du vieillissement de la population ? C’est incompréhensible ! Aujourd’hui, on compte 20 % de plus de 65 ans en France, ils seront 27 % d’ici 2050, selon l’INSEE. Le niveau des pensions va mécaniquement chuter.

C’est comme si vous preniez un gâteau qui représente les richesses du pays et que les retraités, de plus en plus nombreux, vont devoir continuer à se partager la même part, qui correspond aux 14 % du PIB. C’est un choix irrationnel !

Pour mieux se rendre compte, je vous propose un cas type, relayé dans un rapport publié par le collectif en juillet 2019 : avec le système actuel, Mathieu, salarié non-cadre du privé, partira à la retraite à 64 ans après avoir fait une carrière complète. Il touchera 73 % de son dernier salaire net. Avec le système Macron, Mathias, né dans les années 1980 et connaissant le même parcours professionnel, partira à la retraite à 64 ans, mais avec 56 % de son dernier salaire net. C’est le cœur de notre système des retraites qui est touché, car le maintien du niveau de vie est en péril.

Pour nous, la volonté du gouvernement de ne pas s’adapter au vieillissement de la population n’est pas neutre. Il cache la volonté de limiter les retraites publiques et, in fine, de développer le marché des retraites privées. Donc par capitalisation.

Quand Édouard Philippe a annoncé la semaine dernière la mise en place d’un âge pivot de 64 ans à partir de 2027, l’ensemble des syndicats, même réformistes, ont décidé de faire grève le 17 décembre. Est-ce “le point sensible du texte” ?     

Cet âge pivot soulève l’enjeu du travail des seniors. Or, tous ne sont pas en capacité de  travailler plus longtemps. Selon les données de l’OCDE, la moitié des plus de 50 ans sont sans emploi. Soit ils sont au chômage, soit ils touchent le RSA, sont en inaptitude ou encore en pré-retraite.

Sachant que l’espérance de vie des personnes en bonne santé s’établit à 63 ans et qu’elle n’augmente pas, cet âge d’équilibre implique un grand nombre de départ en retraite avec décote à partir de 2027.

Sur ce point, le gouvernement établit peu de projections mais Emmanuel Macron évoque la “liberté de travailler plus longtemps”. Il faut savoir également que l’âge pivot sera ensuite progressivement repoussé si l'espérance de vie continue d'augmenter : chaque fois qu'elle augmentera d'un an, il faudra travailler huit mois de plus. Les gens nés dans les années 1990 devraient partir à 66,5 ans.

Qu’en est-il exactement de la mise en application du système universel à partir de la génération 1975 ?

Le Premier ministre a proposé de négocier une mise en place de la fin des régimes spéciaux plus tardive. Au final, on aura tous un système par point. Le gouvernement veut individualiser le système de retraite. Son argument majeur est de faire valoir un système universel et lisible. Sauf que lisible ne veut pas dire bénéfique pour le retraité.

Beaucoup s’inquiètent de la valeur de ce point...

Le gouvernement s’évertue à dire “on va garantir la valeur du point”. Mais on n’en sait pas plus, on ne dispose d’aucun chiffre sur le meilleur niveau de retraite avec la réforme.

Mais ce nouveau système, qui vise à accumuler des points tout au long de sa carrière, paraît plus pénalisant que le système actuel qui se base sur les 25 meilleures années. Par exemple, il tient compte des jobs d’été souvent mal payés et des temps partiels qui touchent particulièrement les femmes.

Lors du départ en retraite, l’idée est de vendre ses points cumulés. Leur valeur sera calculée en fonction du nombre d’années qui reste à vivre à la personne retraitée, sur la base de données de l’espérance de vie de l’INSEE. Et non pas comme aujourd’hui, où on connaît la retraite à laquelle on peut prétendre en fonction de notre revenu. Tout cela s’annonce très inquiétant.  

Et le minimum de pension à 1 000 euros net dès 2022. S’agit-il bien d’une avancée ?

C’est très relatif car cette retraite sera conditionnée à une carrière complète - un aspect qui reste encore flou car on ignore encore comment elle sera calculée. Il faudra également attendre l’âge d’équilibre pour la toucher. Pour ceux qui ont 30 ans aujourd’hui, cela signifie qu’il faudra attendre 66,5 ans.

Le gouvernement présente régulièrement les femmes comme les grandes gagnantes du régime universel. Partagez-vous cette vision ?

C’est purement et simplement un mensonge. Le dispositif proposé conditionne la femme à sa relation dans son couple. Par exemple, aujourd’hui, les pensions de réversion sont accordées aux femmes divorcées, ce ne sera plus le cas avec la réforme. De plus, elles ne seront accessibles qu’une fois à la retraite. Conséquence : on estime que 84 000 femmes qui percevaient cette pension ne la toucheront plus avant 62 ans. Avec le système actuel, il n’est donc plus question de maintenir le niveau de vie. 

Le gouvernement affirme également majorer la pension de 5 % par enfant. Sauf que cela ne sera attribué qu’à un seul parent. Il est fort à parier que cette majoration sera attribué au plus gros salaire du foyer, donc à l’homme. Comment prétendre alors que l’autonomie financière de la femme à la retraite soit renforcée ?

Le résumé de la semaineFrance 24 vous propose de revenir sur les actualités qui ont marqué la semaine

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