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À Paris, les grèves favorisent "la révolution du vélo"

Sur les 36 sites évalués par la ville de Paris, la fréquentation des vélos a augmenté de 104% depuis le début de la grève des transports, le 5 décembre.
Sur les 36 sites évalués par la ville de Paris, la fréquentation des vélos a augmenté de 104% depuis le début de la grève des transports, le 5 décembre. Charles Platiau, Reuters

Alors que la grève des transports perturbe les déplacements en Île-de-France depuis près de deux semaines, vélos et trottinettes se multiplient sur les routes. Un regain de popularité que les afficionados de la bicyclette espèrent voir se pérenniser.

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À Paris et en banlieue, la grève des transports fait la part belle aux vélos. Les fortes perturbations sur les réseaux SNCF et RATP depuis le 5 décembre ont incité les Franciliens à s’équiper, et à pédaler.

"Presque autant de vélos que de voitures circulent à Paris", remarquait sur Twitter la Mairie de Paris, mardi 17 décembre, en milieu d’après-midi, prenant l’exemple du boulevard Voltaire, dans le 11e arrondissement de la capitale.

D’une semaine à l’autre, le recensement des cyclistes est sans appel : l’utilisation du vélo a explosé depuis le début de la grève. Sur les 36 sites évalués par la ville de Paris, la fréquentation des vélos a augmenté de 104 % : 89 095 cyclistes le mercredi 4 décembre, veille de la grève, contre 182 098 le 11 décembre.

Ces nouveaux modes de déplacement, vélos et trottinettes, n’ont toutefois pas attendu la grève pour s’imposer. "Nous avions déjà constaté, avant la grève, une hausse de la fréquentation des aménagements cyclables (de l’ordre de + 54% entre septembre 2018 et septembre 2019)", explique Christophe Najdovski, adjoint à la Mairie de Paris, en charge des transports. Ce dernier évoque notamment l’amélioration des infrastructures dédiées aux cyclistes. Améliorations qui, selon lui, "confirme l’adage : ‘faites des pistes cyclables vous aurez des cyclistes, faites des routes et vous aurez des automobilistes’".

"Les gens resteront cyclistes"

Par-dessus ce "boom" cycliste,  la grève a donné lieu à une "situation exceptionnelle", s’enthousiasme Alexis Frémeaux, président de l’association Mieux se Déplacer à Bicyclette (MDB). "L’utilisation du vélo est multipliée par deux voire 2,5 sur certains axes par rapport aux fréquentations habituellement enregistrées". C’est par exemple le cas sur le boulevard Ménilmontant, le quai d’Orsay, ou encore le quai de Grenelle qui ont vu le passage des vélos augmenter de plus de 200 % une semaine après le début de la grève, selon les chiffres de la mairie de Paris.

Mais qu’en sera-t-il lorsque la grève prendra fin ? Alexis Frémeaux se dit "certain" que l’utilisation croissante du vélo se pérennisera. "Les gens qui se sont mis au vélo, contraints et forcés par l’absence de transports en commun, resteront cyclistes parce qu’ils vont faire l’expérience d’un moyen de transport à la fois rapide, fiable et agréable", mise-t-il, évoquant le souvenir de la grève de 1995, au cours de laquelle le vélo avait fait un premier retour en fanfare.

À l’issue de cette grève, bien que certaines personnes soient restées fidèles à leur bicyclette, la plupart avaient néanmoins repris leurs anciennes habitudes, démotivées par des infrastructures urbaines insuffisamment adaptées à la mobilité cycliste. Aujourd’hui, les infrastructures ont évolué, ce qui permet aux partisans des déplacements à vélo d’envisager un allongement dans le temps de cette "révolution du vélo".

"À Paris, de très gros progrès ont été réalisés, notamment ces deux dernières années avec l’inauguration de nombreuses pistes cyclables protégées", remarque Alexis Frémeaux, qui déplore toutefois une situation plus difficile en banlieue. "Au niveau des associations, nous plaidons pour un ‘RER V’ (comme vélo)", ajoute-t-il. Une revendication visant à développer davantage d’aménagements cyclables protégés, sécurisés et continus, permettant de circuler de la banlieue vers Paris (et réciproquement), mais aussi de faciliter les trajets de banlieue à banlieue.

Le défi de la sécurité

Le développement de ces modes de mobilité nécessite également de donner plus d’espaces protégés aux gens qui sont à vélo et à trottinettes afin qu’ils puissent se déplacer en sécurité. Depuis le début de la grève, les accidents de deux-roues (scooters, trottinettes et vélos) ont augmenté de 40 % à Paris depuis le début de la grève, selon la brigade des sapeurs-pompiers de Paris (BSPP).

"Ceci est en lien évidemment avec les grèves", souligne son porte-parole, le lieutenant-colonel Gabriel Plus. "Il y a beaucoup plus de circulation et des personnes inexpérimentées et mal équipées se déplacent à vélo ou autres".

Sur ce point, Alexis Frémeaux tempère. "Le trafic a doublé, et les accidents ont augmenté de ‘seulement’ 40% : en valeur absolue, il y a plus d’accidents parce qu’il y a plus de gens qui circulent", explique-t-il, "mais proportionnellement, cela fait moins d’accidents".

Pour limiter au maximum les risques d’accidents, il faudra nécessairement adapter la route pour assurer la sécurité de tous les usagers. Le président de MDB estime indispensable de mettre en place des pistes suffisamment larges pour accueillir tous ces nouveaux usagers, vélos mais aussi trottinettes. "En cette période de grève, il n’y a pas encore de bouchons sur les pistes, mais on se retrouve dans des situations où les pistes cyclables arrivent aux limites de leur capacité", argue-t-il. Une capacité parfois même dépassée, des cyclistes s'étant bel et bien retrouvés sur des pistes cyclables saturées.

La ville de Paris a, ces dernières années, considérablement investi dans le développement d’infrastructures en faveur des cyclistes. Des décisions soulevant régulièrement la colère des automobilistes. En 2019, plus de 70 millions d’euros ont été engagés pour la création de nouvelles pistes cyclables et de places de stationnement vélo supplémentaires. Anne Hidalgo affiche d’ailleurs la volonté de faire de Paris la "capitale mondiale du vélo".
 

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