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Bébés secoués et "erreurs judiciaires": le diagnostic fait polémique

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Paris (AFP)

Les recommandations faites aux médecins pour repérer les enfants victimes du syndrome du bébé secoué peuvent-elles conduire à des erreurs judiciaires, avec des parents accusés à tort? C'est la polémique qui oppose une association à la Haute autorité de santé (HAS).

La HAS a rédigé en 2011 des recommandations, actualisées en 2017, qui stipulent que lorsqu'un tel syndrome est diagnostiqué, l'enfant "doit bénéficier d'une hospitalisation en soins intensifs pédiatriques" et le professionnel de santé doit "effectuer impérativement un signalement au procureur de la République afin de protéger l'enfant".

Le 2 décembre, l'association Adikia, qui regroupe "des parents accusés à tort de maltraitance suite à des erreurs de diagnostic", lui a demandé de les abroger.

Motif: "Elles sont bien trop affirmatives sur de nombreux sujets médicaux non démontrés ou controversés, quand elles ne sont pas simplement fausses", estime l'avocat de l'association, Me Grégoire Etrillard, dans une lettre envoyée à la HAS.

Ces recommandations peuvent "causer un nombre massif d'erreurs médicales conduisant à autant d'erreurs judiciaires", écrit Me Etrillard, qui dit défendre "plus de 50 familles brisées par les fausses accusations".

Le syndrome du bébé secoué survient lorsqu'un adulte secoue un nourrisson, généralement par exaspération, colère ou épuisement face à des pleurs qu'il ne supporte plus. Un acte qui peut avoir des conséquences dramatiques pour l'enfant (séquelles neurologiques voire décès).

Mais l'avocat reproche aux recommandations de conduire à attribuer automatiquement au syndrome du bébé secoué des symptômes qui peuvent selon lui être causés par des chutes de faible hauteur ou des maladies génétiques.

Conséquences: "Nourrissons arrachés à leur famille, couples séparés pendant des années par des obligations de contrôle judiciaire, personnes incarcérées, sur la base de ces recommandations", avant d'être "ultérieurement innocentées".

"Contester les recommandations, c'est se tromper de sujet", a rétorqué jeudi la HAS, dans un communiqué cosigné avec une vingtaine de structures spécialisées qui ont participé à leur rédaction, dont la Société française de neurologie pédiatrique.

Ces organisations professionnelles et associations de patients "refusent de laisser sans réaction la mise en cause de la compétence et de la probité scientifique de leurs experts".

- Conseil d’État? -

Pour la HAS, ces recommandations se basent "sur une analyse rigoureuse de la littérature scientifique et médicale internationale".

"L'ensemble des articles, y compris ceux remettant en question l'existence ou le diagnostic du syndrome du bébé secoué, ont été pris en compte", a-t-elle souligné jeudi.

Selon elle, le "groupe de travail de 30 personnes" dont sont issues les recommandations était composé de membres des instances nationales professionnelles, d'associations de défense des droits de l'enfant ainsi que d'un magistrat et un avocat.

Pas de quoi convaincre Me Etrillard. "Il n'y a aucune réponse sur le fond", a-t-il réagi auprès de l'AFP, en estimant que la HAS "refuse le débat scientifique" sur les points précis soulevés par sa lettre.

L'avocat entend désormais saisir le Conseil d’État pour faire annuler ces recommandations.

Leur première version évoquait en 2011 des symptômes "pas spécifiques", qui rendaient difficile un diagnostic certain. Mais grâce aux progrès scientifiques, les professionnels de santé peuvent désormais "poser un diagnostic clair", avait fait valoir la HAS en l'actualisant en 2017.

Ce diagnostic s'appuie sur "des symptômes neurologiques tels que certains types précis d'hématomes sous-duraux (HSD) et d'hémorragies rétiniennes (HR)", qui peuvent être confirmés par "une imagerie cérébrale (scanner en urgence puis IRM) et un examen du fond d’œil".

Chaque année "plusieurs centaines d'enfants sont victimes" du syndrome du bébé secoué, selon la HAS. 10% à 40% des enfants concernés en meurent et les autres peuvent conserver des séquelles à vie: difficultés d'apprentissage, épilepsie, troubles visuels, paralysie...

Dans la majorité des cas, il s'agit de bébés de moins de six mois, le plus souvent des garçons. L'adulte responsable peut être un parent ou toute autre personne amenée à garder l'enfant (nourrice, baby-sitter...).

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