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A Mayotte, les "mamans du sel" défendent leur pratique ancestrale  

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Bandrélé (France) (AFP)

En ce début de saison des pluies, Ansufati Velou gratte le sol à l'aide d'une spatule en plastique. Le soleil cogne encore et cette "Mama Shingo" ("maman du sel" en shimaore) récolte le limon qui lui servira à fabriquer du sel, selon une technique ancestrale de Mayotte.

Lorsque la saison des pluies sera vraiment installée cet hiver, les 17 Mama Shingo de Bandrélé (sud-est) ne pourront plus répéter ces gestes. Elles devront se contenter de vendre le sel stocké durant les six derniers mois.

Le limon chargé de sel après les marées est stocké sous des bâches pour le protéger de la pluie, avant d'être déposé dans de grands bacs en tôle, dans lesquels les Mama Shingo versent de l'eau venant d'un puits. Le mélange est filtré, la terre est retenue et un liquide transparent est récolté dans des bassines en plastique. Le liquide est transvasé dans d'autres cuves, où il est chauffé au feu de bois, jusqu'à évaporation de l'eau, pour obtenir un sel d'une blancheur éclatante.

Pendant près de huit heures, Ansufati Velou surveille "la cuisson" du sel. "C'est un travail harassant, on est sous le soleil. La fumée et la chaleur qui se dégagent des bacs de cuisson sont difficiles à supporter", confie celle qui est la présidente de l'Association pour le nettoyage et la propreté de la commune de Bandrélé (ANPB), qui rassemble toutes les "Mama Shingo".

À ses côtés, Bastien et Julie, touristes venus de l'île de la Réunion, sont attentifs. "C'est surprenant, comme mode de récolte du sel", lâchent-ils. Ce mode de fabrication est transmis de mère en fille depuis des siècles. Une production que l'on retrouve en Afrique australe (Mozambique, Afrique du Sud, Zimbabwe) sur les rives du fleuve Limpopo.

"Avant, on faisait ça pour notre consommation personnelle ou pour échanger avec des gens de la famille ou venus d'ailleurs. Mais ce n'est que durant ces dernières années que l'on a commencé à le commercialiser", explique Ansufati Vélou.

- Patrimoine immatériel -

Mais malgré la volonté des Mama Shingo, ce patrimoine risque de disparaître. "Les jeunes ne s’y intéressent pas. Pour eux, c'est fatigant et ça ne paie pas bien", résume Ansufati Vélou.

Actuellement, les revenus sont évalués à moins de 500 euros par personne et par mois. Pourtant, le savoir-faire des Mama Shingo est reconnu et ancré dans le patrimoine de Mayotte. Et chaque année à la mi-septembre lors des Journées européennes du patrimoine, les visiteurs viennent nombreux à l'écomusée du sel géré par les "mamans du sel".

La porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye s'était elle aussi enthousiasmée pour ce savoir-faire, lors de sa visite à Mayotte en août dernier, et avait plaidé pour que ce "patrimoine culturel immatériel" soit sauvegardé.

La Chambre régionale de l'économie sociale et solidaire (CRESS) a été sollicitée pour faire un audit et des propositions pour que les Mama Shingo puissent se dégager un revenu correct et pérenniser leur activité économique.

Et la direction des affaires culturelles, dépendant du préfet et du ministère de la Culture, a aidé à promouvoir cette fabrication du sel insolite.

En cette période d'avant Noël, l'affluence ne faiblit pas à l'écomusée du sel. Les personnes retournant dans leurs familles dans l'Hexagone viennent y chercher un produit typique de Mayotte. Les Mama Shingo emballent le sel dans des tissus colorés ou des feuilles de cocotier tressés.

D'autres spécialités de Bandrélé comme le urewadjini ("bave du diable" en shimaore, condiment à base de tamarin, d'oignon et de piment) sont également en bonne place sur les étals. Une manière pour les Mama Shingo de diversifier leur activité.

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