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Liban : Hassan Diab, un sunnite qui attise la colère de la rue

Hassan Diab dans le palais présidentielle de Baabda, à Beyrouth, après sa nomination de Premier ministre, le 19 décembre 2019.
Hassan Diab dans le palais présidentielle de Baabda, à Beyrouth, après sa nomination de Premier ministre, le 19 décembre 2019. Mohamed Azakir, Reuters

Après près de deux mois de tergiversations politiques au Liban, Hassan Diab a été désigné, le 19 décembre, premier ministre par le président Michel Aoun. Loin de calmer la contestation populaire, la nomination de ce sunnite, soutenu par le Hezbollah, soulève déjà la colère de la communauté sunnite du Liban.

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Un technocrate universitaire, sunnite et  "indépendant". Sur le papier, cet ingénieur peu connu du grand public avait tous les atouts pour le poste. À 60 ans, Hassan Diab a été nommé le 19 décembre Premier ministre par le président libanais Michel Aoun.

"Ce choix est d’abord motivé par l’appartenance confessionnelle de Hassan Diab", explique la correspondante de France 24 au Liban, Zeina Antonios. Le système politique de ce pays multiconfessionnel est conçu pour garantir un équilibre entre les différentes communautés religieuses, imposant un premier ministre sunnite, censé remporter les faveurs des siens.

Un sunnite soutenu par le Hezbollah

Les hauts responsables sunnites - dont Saad Hariri et son mouvement le Courant du futur - n’ont pourtant pas apporté leur soutien au nouveau premier ministre, jeudi. Seuls cinq députés, sur les 69 voix qui se sont exprimées en faveur de M. Diab, étaient sunnites, ont indiqué des médias locaux.  Il doit plutôt sa nomination à l’appui du Hezbollah et de ses alliés, dont le Courant patriotique libre (CPL) fondé par le président Aoun et le parti chiite Amal.

Le soutien du Hezbollah n’a pas manqué de susciter la colère de la communauté sunnite. Dès vendredi, des manifestants ont bloqué plusieurs axes routiers au Liban. À Tripoli, ville du nord du Liban à majorité sunnite, les écoles sont fermées et les manifestants appelent à la grève générale.

Saad Hariri, le Premier ministre sortant, considéré comme le dirigeant de la communauté sunnite du pays, a déjà fait part de ses inquiétudes. "Ce n'est pas moi qui formerai le prochain gouvernement, mais je suis inquiet parce que je crains pour le pays", a t-il déclaré à une chaîne locale.

Un ingénieur, passionné par l'éducation

Entre Hassan Diab et le parti chiite libanais, les affinités ne sont pas nouvelles. Cet ingénieur, vice-président de l’Université américaine de Beyrouth (AUB), avait fait un premier passage en politique de 2011 à 2014, en tant que ministre de l’Education dans un cabinet dominé par le Hezbollah. En 2012, il avait d’ailleurs donné une interview remarqué au journal libanais le Daily Star où il évoquait un accord éducatif avec son homologue iranien "en vue de bénéficier de l’expérience éducative de l’Iran", bastion de l’Islam chiite.

Après ce bref passage dans l’exécutif libanais, Hassan Diab est retourné à  l’enseignement, loin des feux des projecteurs. Ce Docteur en génie informatique, diplômé de l’université de Bath au Royaume-Uni, a alors retrouvé son premier amour : l’éducation. Professeur en génie informatique et électrique, il défend la réforme du système éducatif au Liban. "Je suis sûr que la solution à la plupart des défis économiques, sociaux, financiers ou encore liés au chômage repose sur l’éducation sous toutes ses formes", peut-on lire sur son site internet.

Un technocrate "indépendant" ou un "candidat de l’establishment" ? 

Un message consensuel pour celui qui se positionne aujourd’hui en rassembleur "indépendant". "Pendant 64 jours, j'ai écouté vos voix qui exprimaient la douleur et la colère […], surtout concernant l'étendue de la corruption, et je pense que votre révolte me représente comme elle représente tous ceux qui aspirent à un véritable état libanais, un état de justice et de loi qui s'impose à tous", a-t-il déclaré jeudi, à l’issue de sa nomination.

Mais cette main-tendue ne semble pas apaiser la colère de la rue. Des dizaines de personnes sont descendues dans les rues, jeudi, dès l’annonce de sa nomination. "Même s’il se dit indépendant, pour les manifestants, sa nomination est le fruit du système politique dont ils ne veulent plus", analyse pour France 24 Aurélie Daher, enseignante Science Po Paris.

"On sait que le choix de Diab date d’il y a une semaine. Passer par les commissions parlementaires reste une manœuvre grossière pour donner un cachet démocratique à son choix. Mais c’est le candidat de l’establishment", poursuit la chercheuse.

Une nomination qui a peu de chance, donc, de calmer un pays qui vit, depuis le 17 octobre, au rythme d'un mouvement de contestation réclamant le départ de l'ensemble de la classe politique. 

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