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Côte d'Ivoire : Emmanuel Macron rend hommage aux soldats français tués à Bouaké il y a 15 ans

Hommage aux soldats français tués en 2004 à Bouaké.
Hommage aux soldats français tués en 2004 à Bouaké. Luc Gnago, Reuters

À Bouaké, deuxième ville de Côte d'Ivoire, le président Emmanuel Macron et son homologue ivoirien Alassane Ouattara rendront hommage dimanche aux neuf soldats tués dans un raid militaire qui a eu lieu dans la ville, le 6 novembre 2004. Une cérémonie qui participe au travail de réconciliation entre les deux pays, malgré des zones d'ombre persistantes dans ce dossier. 

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Le 6 novembre 2004, neuf soldats français et un civil américain sont tués à Bouaké, capitale de la rébellion, lors d'un raid aérien de l'armée ivoirienne loyale au président Laurent Gbagbo.

Dimanche 22 décembre, les présidents français Emmanuel Macron et ivoirien Alassane Ouattara se sont rendus ensemble sur le lieu du bombardement pour une cérémonie d'hommage et de réconciliation qui doit permettre, selon le président Macron, "d'œuvrer à l'essentiel travail de réconciliation dont la République de Côte d'Ivoire a tant besoin et qui est le chemin sur laquelle elle avance".

Le président ira ensuite sur l'esplanade où sera construit le plus grand marché couvert d'Afrique de l'Ouest. D'un coût de 60 millions d'euros, financé par la France, le site rassemblera 8 500 commerçants sur près de 9 hectares.

Les autorités ivoiriennes et françaises espèrent que cette infrastructure permettra de relancer l'activité économique jadis florissante et de faire oublier le passé de Bouaké, ville de casernes régulièrement secouée par des mutineries ou mouvements de grogne de militaires.

Un dossier sensible et encore obscur

Deuxième ville du pays, Bouaké a surtout été le théâtre d'un épisode charnière de la décennie de crise ivoirienne en novembre 2004 : neuf soldats français avaient péri dans un bombardement de l'armée ivoirienne, un dossier qui garde de nombreuses zones d'ombre.

À l'époque, le pays était scindé en deux depuis 2002 et la tentative de la rébellion favorable à Alassane Ouattara de renverser Laurent Gbagbo. Dans un contexte tendu, la France avait déployé la mission Licorne, officiellement pour protéger les ressortissants français et tenter de stabiliser le pays.

Deux jours avant le bombardement, les forces de Laurent Gbagbo lancent une offensive pour tenter de reprendre Bouaké et le Nord. Le 6 novembre 2004, le bombardement qui a coûté la vie aux soldats français est mené par deux avions de chasse Sukhoï de l'armée pro-Gbagbo, pilotés par deux mercenaires biélorussses. L'armée française riposte en détruisant la plus grande partie de l'aviation ivoirienne, ce qui conduit à l'échec de l'offensive des troupes loyalistes, privées de soutien aérien. 

Des manifestations antifrançaises et des exactions se produisent dans le sud du pays, notamment à Abidjan, provoquant le départ de 8 000 Français. Du jamais vu en Côte d'Ivoire, meilleur allié de la France en Afrique depuis les indépendances jusqu'aux années 1990. 

Le 9 novembre, des soldats français ouvrent le feu sur des manifestants à l'hôtel Ivoire à Abidjan. Le gouvernement ivoirien accuse l'armée française d'avoir tué une soixantaine de civils ivoiriens, la France parle de son côté d'une vingtaine de morts. 

Des poursuites judiciaires abandonnées 

L'affaire se complique encore par le fait que 15 mercenaires russes, biélorusses et ukrainiens ont été arrêtés à Yamoussoukro par l'armée française, mais relâchés quatre jours plus tard. Puis, le 16 novembre, huit Biélorusses sont arrêtés au Togo, dont les deux pilotes des Sukhoï. Mis à la disposition des autorités françaises, ils sont pourtant libérés. 

Au cours de l'enquête sur le bombardement de Bouaké, la juge d'instruction française Sabine Kheris a examiné le rôle de trois ministres dans les dysfonctionnements ayant permis les libérations des mercenaires. Il s'agit de Michèle Alliot-Marie, Dominique de Villepin et Michel Barnier, alors respectivement ministres de la Défense, de l'Intérieur et des Affaires étrangères.

Après des années de procédure, la justice française a abandonné en mai 2019 les poursuites contre les anciens ministres. Il reste toutefois encore une action en cours : le procès à venir d'un ex-mercenaire biélorusse, Yury Sushkin, et de deux officiers ivoiriens, Patrice Ouei et Ange Magloire Ganduillet Attualy, accusés d'avoir piloté ou copiloté les deux avions Sukhoï des forces loyalistes ivoiriennes qui ont bombardé le camp.

Ils ont été renvoyés le 7 janvier devant la Cour d'assises de Paris pour "assassinats, tentatives d'assassinats et destructions de biens". Le procès se déroulera en l'absence des trois hommes : ils sont visés par un mandat d'arrêt mais n'ont jamais été remis à la France.

Interrogé sur les zones d'ombre, le président Macron s'est retranché derrière la procédure judiciaire en cours : "Il ne m'appartient pas de me prononcer sur les faits qui relèvent d'une enquête judiciaire qui poursuit son travail". 

Après la Côte d'Ivoire, un déplacement au Niger 

Après avoir acté la fin du franc CFA, symbole de la Francafrique, le président français Emmanuel Macron termine dimanche ses 48 h de visite en Côte d'Ivoire à Bouaké, avant de s'envoler vers Paris en faisant un crochet par le Niger, allié dans la lutte antijihadiste.

Au Niger, Emmanuel Macron participera à une autre cérémonie d'hommage, à Niamey, en l'honneur des 71 soldats nigériens ayant récemment péri dans l'attaque d'un camp militaire.

Et le président français s'entretiendra avec son homologue nigérien Mahamadou Issoufou pour préparer le sommet de Pau, qui doit réunir le 13 janvier les chefs d'État sahéliens de la force G5 Sahel.

Avec AFP

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