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Caisse, cagnottes... les grévistes s'organisent pour lutter contre la réforme des retraites

Les cheminots français de la SNCF en grève participent à une manifestation à Paris alors que la France affronte son 15e jour de grève consécutif contre les plans de réforme des retraites du gouvernement français, le 19 décembre 2019.
Les cheminots français de la SNCF en grève participent à une manifestation à Paris alors que la France affronte son 15e jour de grève consécutif contre les plans de réforme des retraites du gouvernement français, le 19 décembre 2019. REUTERS - CHARLES PLATIAU

Alors que la grève contre la réforme des retraites dure depuis 20 jours à la RATP et à la SNCF, les fins de mois s’annoncent difficiles pour de nombreux grévistes. Ils peuvent bénéficier de différents mécanismes d'aide, comme des caisses de grève ou des cagnottes en ligne, pour continuer leur combat. 

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Au 20e jour de mobilisation contre la réforme des retraites, il devient difficile pour les grévistes de poursuivre le mouvement. En cause : des salaires plus bas dûs aux journées de grève. Et le manque à gagner continuera à se creuser puisque de nombreux grévistes ont annoncé leur intention de poursuivre leur action jusqu'au retrait du projet de réforme. "Ils perdent de l'argent. Les combatifs s'arrangent pour avoir un peu d'argent de côté, mais c'est dur, et plus dur quand le salaire est bas", souligne Fabien Dumas, secrétaire fédéral du syndicat SUD-Rail.

Au sein des organisations syndicales, des solutions sont proposées pour que les grévistes tiennent le coup. La CFDT dispose, par exemple, de la Caisse nationale d’action syndicale (Cnas). Cette caisse fait de la CFDT la "seule organisation syndicale française à disposer d'une caisse de grève pour ses adhérents", financée par une partie de leurs cotisations, comme le note la confédération sur son site Internet. 

Grâce à elle, chaque adhérent peut bénéficier d’une indemnité compensatoire, à hauteur de 7,30 euros par heure pour les salariés à temps plein, qui ont effectué plus de sept heures de grève. Par comparaison, au 1er janvier 2019, le SMIC s'élevait à 10,03 par heure, en salaire brut

Alimenté par les cotisations des salariés adhérents à la CFDT, ce fonds ne sert pas seulement à indemniser les grévistes puisque, selon ce responsable, la Cnas sert aussi à “aider les adhérents et les syndicats en cas de procédures judiciaires”. Il estime le montant total de la Cnas à “plus de 100 millions d’euros”.

Des pertes salariales à compenser

En parallèle, le syndicat a aussi mis en place une cagnotte en ligne, pour "aider financièrement les agents SNCF qui se mobilisent depuis le 5 décembre", peut-on lire sur le site Internet de la cagnotte. Et la CFDT n’est pas le seul syndicat à proposer ce type de cagnottes. Il s’agit même d’un phénomène très répandu, à la fois à l’échelle nationale et locale. L’Unsa ferroviaire dispose par exemple d’une cagnotte nationale sur Internet, qui s’ajoute à celle dédiée aux grévistes de l’UNSA ferroviaire du Languedoc Roussillon

À la CGT-RATP, "on n'organise pas de caisse de grève", indique Bertrand Hammache, secrétaire général de la CGT-RATP, mais il peut y avoir "des collectes autour des dépôts".

Pas de caisse de grève nationale non plus à la CGT-Cheminots, d'après son porte-parole Cédric Robert. "Des caisses de solidarité locales peuvent exister mais elles n'ont pas vocation à compenser la totalité des pertes" car "les cheminots grévistes vont perdre entre 60 et 100 euros de salaire par jour", signale-t-il.

Interrogé par France 24, un responsable de la CFDT souhaitant rester anonyme est convaincu que la fin du mois de décembre sera difficile pour certains grévistes. "Ils savent pertinemment qu’il y aura une répercussion salariale. Certains vont manger des boîtes de cassoulet à Noël", déplore-t-il, ajoutant qu’"aucune mesure d’accompagnement financier n’existe au sein des entreprises".

Sur les fiches de paie, des diminutions de salaires apparaîtront dès le bulletin de décembre à la SNCF. À la RATP, elles seront reportées à la fin janvier. Si les cheminots ont reçu mi-décembre leur prime de fin d'année, les agents RATP avaient, eux, perçu leur 13e mois à la fin du mois de novembre.

"Une solidarité nationale remarquable"

Face à ces pertes, les grévistes ont développé des stratégies pour supporter le coût financier de la grève. "Les grévistes font comme tous les Français qui ont des fins de mois difficiles. Certains ont envisagé de prendre des crédits, de piocher dans leur découvert" pour financer leur grève, rapporte Thierry Babec, secrétaire général de l'Unsa-RATP, syndicat qui n'a "pas de cagnotte".

Qu’ils soient cheminots ou non, syndiqués ou non, les grévistes peuvent aussi se tourner vers la cagnotte lancée par le syndicat Info’Com-CGT, qui défend des salariés de l'information et de la communication. Créée en 2016 pendant les manifestations contre la Loi travail, elle réunit à ce jour, "806 694 euros collectés pour le mouvement social des retraites”, d’après le site Internet qui l’héberge

"Cet argent n’est pas celui de la CGT, c’est celui des donateurs", affirme Romain Altmann, secrétaire général d’Info' Com CGT et coordinateur de cette caisse solidaire gérée avec d’autres structures syndicales. Parmi les profils de donateurs, il cite notamment des "personnes qui ne peuvent pas faire grève pour des raisons financières, des femmes employées à temps partiel ou encore des retraités". D’après Romain Altmann, tous les grévistes peuvent bénéficier de ce fonds, qui est versé selon des "critères de répartition définis entre grévistes et syndicats".

À la tête de la CGT, cette initiative issue de la base syndicale fait grincer des dents. Sur Twitter, Laurent Brun, secrétaire général de la Fédération CGT des cheminots, a dénoncé, dimanche 15 décembre, un système de répartition trop opaque. "Voilà comment on instrumentalise la grève pour collecter de l’argent. Cette collecte ne représente pas les cheminots CGT", a-t-il tweeté, avant d'ajouter : "Vous distribuez à votre bon vouloir et vous laissez croire que vous collectez en notre nom ce qui n’est pas le cas."

Malgré ces réserves, Romain Altmann reste motivé. "Même si en termes de montant, la cagnotte représente une goutte d’eau, elle illustre une solidarité nationale remarquable", se réjouit-il. Lui qui voit cette cagnotte comme un "symbole" sait qu'elle ne pourra pas régler tous les problèmes financiers des grévistes car, affirme-t-il, "leurs pertes de salaires se compteront en dizaines de millions d’euros."

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