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RÉTRO 2019

Iran : 2019, année terrible

Une manifestation contre l'augmentation du prix de l'essence sur une autoroute à Téhéran, en Iran, le 16 novembre 2019.
Une manifestation contre l'augmentation du prix de l'essence sur une autoroute à Téhéran, en Iran, le 16 novembre 2019. Nazanin Tabatabaee, WANA (West Asia News Agency) via Reuters

La plus grave crise économique depuis la Révolution, une répression intérieure sanglante, une autorité contestée dans les pays voisins… Retour sur 2019, année terrible pour l'Iran. 

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L'année écoulée n'aura pas été de tout repos pour les Iraniens. D'abord sur la plan économique : si les sanctions américaines contre l'Iran ont été rétablies en novembre 2018, c'est bien en 2019 que les effets se sont fait ressentir, et à tous les niveaux de la société iranienne. L'inflation a atteint les 40 % et le pays est en récession. 

"Les sanctions américaines ont dévasté l'économie iranienne, déjà mal en point, plongeant le pays dans la pire crise économique qu'il ait connue depuis la Révolution de 1979", analyse Thierry Coville, chercheur à l'Iris [Institut de relations internationales et stratégiques] et spécialiste de l'Iran, joint par France 24.

L'année 2019 a été marquée par l'incapacité de l'UE à sauver l'accord sur le nucléaire de 2015 avec l'Iran. "Les Européens n'ont pas opposé assez de résistance aux États-Unis, qui ont pu appliquer les sanctions au plus strict et avec leur toute puissance", estime Thierry Coville. "Quant au mécanisme de troc que l'UE a lancé en février 2019 pour contourner les sanctions, c'est un échec, il n'existe que sur le papier".

Le secteur pétrolier a sans doute été le plus affecté par l'embargo américain, précise le chercheur. "L'Iran est passé, début 2018, de 2,2 millions de barils exportés à 500 000 seulement en 2019. Or le pétrole représente 40 % des recettes de l'État iranien, qui ne dispose quasiment plus de devises ", indique Thierry Coville. 

Répression la plus violente depuis la Révolution

C'est avec la hausse du prix du pétrole pour les Iraniens qu'ont éclaté le 15 novembre, des soulèvements de masse sur l'ensemble du territoire. Pendant plusieurs jours, des centaines de milliers de personnes sont descendues dans la rue. Un soulèvement que Téhéran a réprimé dans le sang, tirant à balles réelles sur les protestataires

Selon un rapport d'Amnesty international, la répression a fait au moins 304 morts en quatre jours. Des chiffres qui en ferait l'épisode répressif le plus meurtrier depuis la Révolution de 1979. L'État iranien est resté, lui, sur un bilan de 10 morts.

"Ces soulèvements populaires étaient prévisibles", estime le chercheur de l'Iris, qui se dit même surpris qu'ils n'aient pas émergé plus tôt. Une contestation recherchée par Washington : depuis le rétablissement des sanctions fin 2018, l'administration de Donald Trump revendique une "pression maximale" sur l'Iran dans le but de déstabiliser le pouvoir.

Des législatives perdues d'avance pour les modérés de Rohani

"La fin de mandat du président Rohani s'annonce compliquée", souligne Thierry Coville. En politique intérieure, l'année 2019 a consacré la remontée des ultraconservateurs. "Les modérés, proches de Hassan Rohani, ont bâti leur victoire lors des dernières élections législatives et présidentielle sur la promesse de relancer l'économie. L'aggravation de la crise économique en 2019 les discrédite auprès de leur électorat", note le chercheur. 

Or les Iraniens doivent élire en 2020 leurs députés. Le Parlement pourrait donc basculer du côté des conservateurs, qui ont pour habitude d'appliquer des politiques sociales sévères, notamment dans le domaine des mœurs, de la culture, et à l'égard des femmes iraniennes. 

Autorité contestée au Liban et en Irak

À l'étranger, l'année 2019 a aussi été celle de la colère contre l'influence iranienne au Liban et en Irak. Dans ces deux pays, Téhéran joue un rôle clé dans la vie politique interne, par l'intermédiaire du Hezbollah au Liban et de plusieurs partis et milices chiites en Irak. 

Dans les manifestations populaires réclamant le départs des dirigeants de ces deux États, des slogans anti-iraniens ont émergé. En Irak, un bâtiment du consulat iranien à Kerbala a été attaqué et des affiches du Guide suprême Ali Khamenei ont été brûlées… Autant de scène inédites qui ont marqué la fin de l'année 2019. 

Ce vent de révolte contre les intérêts iraniens continuera-t-il de souffler en 2020 ? "Au vu des contestations, l'Iran prendra soin de rendre son influence moins visible en Irak et au Liban", répond Thierry Coville. "Mais Téhéran va tout faire pour préserver sa présence dans ces deux pays, car elle est fondamentale pour assurer sa sécurité dans la région".

Une sécurité d'autant plus importante que les tensions n'ont jamais été aussi fortes entre l'Iran et les États-Unis depuis la Révolution de 1979. Téhéran a frôlé la guerre avec Washington en 2019. Attaque d'un complexe pétrolier par des drones en Arabie Saoudite, destruction d'un drone américain dans le détroit d'Ormuz et immobilisation d'un tanker britannique, les incidents impliquant l'Iran dans le Golfe se sont succédés tout au long de l'année, laissant craindre un conflit armé. 

Un retour au calme est observé depuis octobre, mais l'élection présidentielle américaine de novembre 2020 pourrait raviver les tensions, si Donald Trump utilisait l'éventualité d'une guerre contre l'Iran lors de sa campagne. Par ailleurs, une réélection du président américain renforcerait le camp conservateur iranien, belliqueux et farouchement anti-américain. 

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