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Interview

La défense des retraites, une "vieille revendication du mouvement ouvrier"

Des grévistes participent à une manifestation à Paris alors que la France fait face à sa 15e journée consécutive de grève contre la réforme des retraites, le 19 décembre 2019.
Des grévistes participent à une manifestation à Paris alors que la France fait face à sa 15e journée consécutive de grève contre la réforme des retraites, le 19 décembre 2019. Charles Platiau, Reuters

Au vingt-troisième jour de grève contre la réforme des retraites, Mathilde Larrere, historienne des révolutions et de la citoyenneté, explique que le combat pour les retraites trouve ses racines au XIXe siècle. 

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Désormais plus long que celui de 1995, le mouvement contre la réforme des retraites en est à son 23e jour d’existence. De la SNCF aux soignants, en passant même par les danseuses de l’Opéra de Paris, cette grève massive secoue la France, au point de rappeler celle qui a marqué les esprits : la grève de 1995. D’autres mouvements similaires ont pourtant eu lieu par le passé et remontent même au XIXe siècle. Mathilde Larrere, historienne spécialiste des mouvements sociaux, explique à France 24 pourquoi le combat pour la défense des retraites ne date pas d’hier.

D’où vient le combat des Français pour préserver le système de retraite ? 

La défense de la retraite est une vieille revendication du mouvement ouvrier. Celui-ci s’est d’abord battu pour limiter le temps de travail. L’une des grandes avancées sociales du début du XIXe siècle est l'acquisition des huit heures de travail par jour, sachant qu’à l’époque, les journées de travail des ouvriers duraient dix ou onze heures. 

Le mouvement ouvrier a ensuite réclamé des retraites pour les plus âgés. Les premiers projets de loi sur les retraites ont vu le jour en 1848, au moment de la révolution. Ils sont portés par des ouvriers qui viennent d’arriver à la Commission du Luxembourg [assemblée comparable à un parlement du Travail]. Ces projets de loi sont aussi défendus dans les années 1860 par quelques défenseurs de la cause ouvrière. 

>> À lire : France, Allemagne, Royaume-Uni, Espagne, Italie : quels systèmes de retraite ?

Le premier combat va se jouer en 1910, avec l’arrivée d’un vrai projet de loi, défendu par Jean Jaurès, alors député socialiste. Pour la première fois, l’État concède des retraites ouvrières. Mais les ouvriers pensent que la loi n’est pas suffisante. Ils sont suivis par la CGT qui se prononce contre ce projet. 

Selon vous, pourquoi la question des retraites est-elle un sujet sensible en France ? 

Depuis cette loi de 1910, l’accès à la retraite des salariés s’était amélioré parce que l’État a diminué progressivement l'âge de départ à la retraite et augmenté les pensions de retraite. En parallèle, les gouvernements ont de plus en plus pris en compte le travail des femmes dans le versement des retraites. 

Mais, depuis les années 1990, un véritable retour en arrière s’opère. Les gouvernements allongent le nombre de trimestres nécessaires pour cotiser. Ils retardent l'âge de départ à la retraite et prennent de moins en moins en compte les spécificités du travail féminin. Il paraît logique qu’un mouvement se dresse contre ces réformes, puisque l’État va à rebours d’une évolution à l’origine positive pour les salariés. 

En 1995, était-ce la première fois que les Français manifestaient pour la retraite ? 

Non, le XXe siècle est lui aussi ponctué par des manifestations pour la défense des retraites. Lors de la récession de 1937, par exemple, de vieux ouvriers sont descendus dans les rues pour dénoncer leur grande précarité. Ils voulaient prendre leur retraite, mais n’en avaient pas les moyens financiers. À cause de l’énorme inflation dans ces années-là, tous ceux qui avaient cotisé ont tout perdu parce que la valeur de la monnaie s’est effondrée. Ils avaient pourtant joué le jeu de la capitalisation, car chacun cotisait pour sa propre retraite. À cette époque, la France était en retard sur d’autres grandes puissances : l'Angleterre et les États-Unis avaient déjà mis en place un système de retraite. 

Des manifestations ont aussi eu lieu en 1928 au moment de l’instauration d’un régime de retraites pour certains ouvriers qui travaillent pour l’État (PTT, armée, manufactures des tabacs et allumettes, etc.). Si les ouvriers étaient satisfaits d’une telle avancée sociale, ils contestaient le maintien d’une retraite par capitalisation. 

Si les ouvriers ont été les premiers à se battre pour la retraite, pourquoi ne sont-ils plus aussi présents dans les cortèges ? 

À partir du XIXe siècle, petit à petit, la fonction publique s’est organisée sur le modèle du mouvement ouvrier en faisant grève et en s’appuyant sur des syndicats. Jusqu’à la veille de la Première guerre mondiale, la plupart des grèves mobilisent des ouvriers. 

Avec l'affaiblissement du mouvement ouvrier après 1918, les fonctionnaires ont pris le relai des ouvriers, dans les conflits sociaux. Aujourd’hui, le mouvement ouvrier est moins puissant et plus atomisé. Mais les cheminots, par exemple, s'inscrivent dans la tradition du mouvement ouvrier. Même s’ils sont fonctionnaires aujourd’hui, les cheminots ont été considérés comme des ouvriers pendant très longtemps. 

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