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En 1995, Chirac suspend les essais nucléaires pour ne pas embarrasser Elizabeth II

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Londres (AFP)

Jacques Chirac a fait fi de bien des objections lorsqu'il a repris les essais nucléaires. Pas au point d'embarrasser la reine Elizabeth II, pour qui il accepté de les suspendre le temps d'un déplacement, selon des archives britanniques déclassifiées mardi.

En juin 1995, le président français nouvellement élu avait décidé de reprendre les essais nucléaires français en Polynésie française, déclenchant un tonnerre de protestations et mettant la France en position d'accusée sur la scène internationale. Ils ont été définitivement arrêtés en janvier 1996.

Ces essais bénéficiaient du soutien du Royaume-Uni, détenteur comme la France de l'arme nucléaire et membre du Conseil de sécurité des Nations unies.

Mais aux yeux de Londres, ils risquaient de mettre dans l'embarras la reine qui participait en novembre au sommet des chefs de gouvernement du Commonwealth dans le cadre d'une tournée en Nouvelle-Zélande, pays dont elle est le chef d'Etat et fortement opposé aux essais nucléaires, selon des documents rendus publics par les archives nationales britanniques.

- "J'y veillerai" -

Le Premier ministre conservateur a donc pressé Jacques Chirac de ne pas procéder à ces essais durant la visite royale, du 30 octobre au 13 novembre, lors d'un déjeuner avec le président français le 29 juillet 1995.

John Major estimait que ces essais déclencheraient "des discussions très difficiles" au sommet, organisé à Auckland, selon un compte-rendu britannique de cette rencontre: la reine serait "placée dans une position peu enviable".

"Chirac a sorti son stylo. +J'y veillerai+", relate le document, selon lequel le président français, décédé en septembre 2019, appréciait le soutien britannique et se demandait pourquoi la France était plus critiquée que la Chine qui procédait également à des essais nucléaires.

Sans nommer ni la France ni la Chine, le sommet du Commonwealth s'était conclu par une condamnation des essais nucléaires. John Major avait pris ses distances avec cette décision, qu'il estimait "inexacte, illogique et déséquilibrée".

Pour remercier le dirigeant conservateur de son soutien, Jacques Chirac lui avait appris la fin des essais par téléphone, avant l'annonce publique.

En 1996, pas question toutefois pour le président de visiter des installations d'armes nucléaires lors de sa visite d'Etat au Royaume-Uni, comme l'avait proposé son chef d'état-major, l'amiral Delaunay.

Ce dernier avait fait "la suggestion extraordinairement inopportune" de visiter un sous-marin nucléaire, écrivait le secrétaire privé de John Major, Roderic Lyne, dans une lettre aux Affaires étrangères. "Pour sa peine, il a été immédiatement rabroué par le président. J'espère que ses antennes militaires sont mieux réglées que ses antennes politiques".

- Gâteau "ringard" -

Plus généralement, Jacques Chirac souhaitait maintenir une certaine simplicité pendant cette visite d'Etat, événement généralement marqué par un protocole fastueux, provoquant une certaine nervosité côté britannique.

Au départ, Downing Street pensait qu'une certaine pompe lui plairait: "comme tous les Français, il aime le style", selon un mémo rédigé par Roderic Lyne. Le secrétaire privé du Premier ministre britannique avait par ailleurs accueilli comme "un changement rafraîchissant" l'"absence de blabla" de Chirac, en particulier sur l'Europe.

Mais une note ultérieure décrivait Chirac comme "confronté à un dilemme", inquiet qu'une visite trop fastueuse ne puisse "entrer en contradiction avec (sa) nouvelle image" d'homme plus terre à terre.

Pour répondre aux préoccupations du Français, les Affaires étrangères britanniques ont proposé qu'il arrive à Londres en Eurostar, une suggestion finalement acceptée comme "moderne", dans une lettre du 6 février 1996 entre conseillers de John Major.

Après son arrivée à Londres, Jacques Chirac s'était malgré tout plié à la tradition, faisant un tour en carrosse avec la reine et lançant des baisers à la foule.

L'organisation de la visite a donné lieu également à un bras de fer de plus d'un mois entre Downing Street et le ministère des Affaires étrangères, qui voulait servir au président un gâteau avec une bougie censée symboliser le premier anniversaire de son élection.

"Ringard", ont écarté les services du Premier ministre britannique.

Pendant ce dîner, en plein scandale de la vache folle, c'est du chevreuil qui a été servi aux invités. Sauf à John Major, selon un mémo de l'époque: il a eu droit à un steak préparé pour ressembler au plat apporté à ses voisins.

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