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Washington envoie des renforts après l'attaque de son ambassade à Bagdad

Les manifestants sont rassemblés devant la porte principale de l'ambassade américaine de Bagdad, en irak, mardi 31 décembre.
Les manifestants sont rassemblés devant la porte principale de l'ambassade américaine de Bagdad, en irak, mardi 31 décembre. Thaier Al-Sudani, Reuters

Des milliers de manifestants ont forcé mardi l'entrée de l'ambassade des États-Unis à Bagdad pour protester contre des raids américains menés en représailles après la mort de l'un de leurs ressortissants en Irak. Donald Trump a prévenu que l'Iran serait tenu responsable.

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L'ambassade américaine à Bagdad au centre des tensions. Des milliers de partisans de paramilitaires irakiens pro-iraniens en ont forcé l'entrée, mardi 31 décembre, pour protester contre des raids américains en Irak. En retour, les forces américaines ont tiré des grenades lacrymogènes pour disperser la foule.

Le chef de la diplomatie américaine, Mike Pompeo, a prévenu mardi les dirigeants irakiens que les États-Unis entendaient "protéger et défendre" les Américains, après cette attaque.

Et le Pentagone a annoncé, quelques heures plus tard, l'envoi de renforts. "Nous avons pris des mesures de protection appropriées pour assurer la sécurité des ressortissants, militaires et diplomates américains dans le pays, et pour assurer notre droit à l'autodéfense. Nous envoyons des forces supplémentaires pour soutenir notre personnel à l'ambassade", a déclaré le ministre américain de la Défense, Mark Esper, dans un communiqué.

Malgré cette attaque, les États-Unis n'ont pas l'intention d'évacuer leur ambassade à Bagdad. "Le personnel américain est en sécurité et il n'y a eu aucune brèche. Il n'y a aucun plan visant à évacuer l'ambassade à Bagdad", a assuré un porte-parole du département d'État américain. Il a précisé que l'ambassadeur des États-Unis, Matt Tueller, absent pour un "voyage personnel", était en train de regagner la mission diplomatique dans la capitale irakienne.

Lors d'entretiens téléphoniques, le Premier ministre démissionnaire irakien, Adel Abdel Mahdi, et le président, Barham Saleh, "ont assuré au secrétaire d'État [Mike Pompeo] qu'ils prenaient leurs responsabilités au sérieux et garantiraient la sûreté et la sécurité des employés et des infrastructures américains", a rapporté le département d'État américain dans un communiqué. Adel Abdel Mahdi a également appelé les manifestants à quitter le secteur de l'ambassade américaine.

"L'Iran orchestre une attaque", selon Donald Trump

Le président américain, Donald Trump, a quant à lui accusé l'Iran d'avoir "orchestré" l'attaque de l'ambassade américaine. "L'Iran orchestre une attaque contre l'ambassade américaine en Irak. Ils seront tenus pour pleinement responsables. De plus nous attendons de l'Irak qu'il utilise ses forces pour protéger l'ambassade", a-t-il déclaré sur Twitter. 

Un peu plus tard dans la journée, le locataire de la Maison Blanche s'est de nouveau exprimé sur Twitter à ce sujet. "L'Iran sera tenu pleinement responsable des vies perdues ou les dégâts occasionnés dans nos installations", a tweeté le président américain, qui a remercié les dirigeants irakiens pour leur "réponse rapide". "Ils paieront le PRIX FORT ! Ceci n'est pas une mise en garde, c'est une menace. Bonne année !", a ajouté le 45e président des États-Unis dans ce message envoyé depuis son club de Mar-a-Lago, en Floride, où il est en vacances.

L'Iran n'a pas manqué de réagir à ces accusations. "La surprenante audace des responsables américains est telle qu'après la mort de 25 Irakiens et de nombreux blessés (dans des raids aériens américains) qui ont (...) violé la souveraineté et l'intégrité territoriale de l'Irak (...), ils attribuent à la République islamique d'Iran les manifestations du peuple irakien contre leurs actes cruels", a déclaré le porte-parole du ministère des Affaires étrangères iranien, Abbas Mousavi, dans un communiqué.

La foule en colère protestait contre les raids aériens américains qui ont tué dimanche 25 combattants des Brigades du Hezbollah, un groupe armé chiite irakien membre du Hachd al-Chaabi, coalition de paramilitaires dominée par des factions pro-Iran et intégrées aux forces régulières irakiennes.

Les milliers de combattants et de partisans du Hachd qui participaient au cortège funéraire des combattants tués, sont parvenus à traverser sans encombre l'ensemble des checkpoints de l'ultrasécurisée Zone verte de Bagdad, où siège l'ambassade et les institutions irakiennes, ont constaté des journalistes de l'AFP.

Ils ont ensuite organisé un sit-in devant l'ambassade et mené la prière en mémoire des 25 combattants tués, avant de parvenir à franchir la première enceinte du gigantesque complexe ultrasécurisé.

Les forces américaines ont alors tiré des grenades lacrymogènes et assourdissantes depuis l'intérieur de la chancellerie. Le Hachd a fait état de 20 blessés.

"Non à l'Amérique"

Avant l'attaque de l'ambassade, les manifestants avaient brûlé des installations de sécurité à l'extérieur de l'ambassade, arraché les caméras de surveillance, jeté des pierres sur les tourelles de ses gardes et couvert les vitres blindées avec des drapeaux du Hachd et des Brigades du Hezbollah.

"Non à l'Amérique", ont-ils écrit sur un mur. Sur un autre : "Fermé sur ordre des Brigades de la résistance".

Les plus hauts dirigeants du Hachd – des officiels de l'État irakien qui interagissent régulièrement avec les officiels américains – étaient présents, ont constaté les journalistes de l'AFP.

Les frappes américaines ont eu lieu en représailles à la mort vendredi d'un sous-traitant américain dans la onzième attaque à la roquette en deux mois, non revendiquée mais attribuée par Washington aux Brigades du Hezbollah. Depuis, le sentiment anti-américain n'a cessé d'être exacerbé par les partisans pro-Iran en Irak, pays secoué depuis le 1er octobre par une révolte populaire qui dénonce le pouvoir irakien accusé de corruption et d'incompétence, de même que l'influence grandissante de son parrain iranien.

Les factions armées et politiques pro-Iran mènent une vaste campagne pour dénoncer l'accord de coopération américano-irakien qui encadre la présence de 5 200 soldats américains en Irak. Les forces américaines, qui ont envahi l'Irak en 2003 et renversé le dictateur Saddam Hussein, se sont retirées du pays en 2011. Mais des troupes sont toutefois revenues en 2014 dans le cadre de la coalition internationale contre le groupe jihadiste État islamique (EI).

Durant les trois années de guerre contre l'EI, ces hommes ont combattu du même côté que ceux du Hachd. Mais aujourd'hui, le Hachd, dont de nombreuses factions sont nées dans le combat contre l'occupation américaine, sont une menace plus sérieuse pour les Américains que l'EI, selon des sources américaines.

"Protéger" et "prévenir"

Également dans la Zone verte, une autre campagne se déroule : au Parlement, plus d'une centaine de députés ont déjà signé un appel à inscrire l'éviction des troupes étrangères d'Irak à l'ordre du jour.

Bagdad a déjà annoncé qu'il allait convoquer l'ambassadeur américain (actuellement hors du pays, selon une source diplomatique), alors que Washington a accusé l'Irak de n'avoir pas su "protéger" ses soldats et diplomates, présents "à (son) invitation".

Le gouvernement irakien, démissionnaire, rétorque, lui, que "les forces américaines ont agi en fonction de leurs priorités politiques et non de celles des Irakiens".

Le Premier ministre Adel Abdel Mahdi a reconnu avoir été informé des frappes peu avant qu'elles n'aient lieu par le Pentagone.

"Nous avons essayé de prévenir des commandants", a-t-il poursuivi, visiblement en vain, étant donné l'important bilan humain et matériel.

Les attaques contre des intérêts américains ou des bases des pro-Iran font aussi redouter ce contre quoi les dirigeants irakiens mettent en garde depuis des mois : que leurs deux alliés américain et iranien utilisent l'Irak comme champ de bataille.

À l'étranger, Téhéran et son allié libanais, le Hezbollah, ont dénoncé les raids américains comme un "soutien au terrorisme".

Les alliés des États-Unis dans le Golfe, eux, ont dénoncé les attaques à la roquette contre des bases abritant des Américains en Irak, estimant que l'Iran et les factions qui lui sont loyales étaient une "force de déstabilisation" face à laquelle "les nations ont le droit de se défendre".

Avec AFP

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