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Qassem Soleimani, bête noire des États-Unis et ennemi numéro un d’Israël

Des manifestants iraniens scandent des slogans lors d'une manifestation contre l'assassinat du général iranien Qassem Soleimani, face au bureau des Nations unies à Téhéran, le 3 janvier 2020.
Des manifestants iraniens scandent des slogans lors d'une manifestation contre l'assassinat du général iranien Qassem Soleimani, face au bureau des Nations unies à Téhéran, le 3 janvier 2020. Wana News Agency via Reuters

Le général iranien Qassem Soleimani, principal architecte de l'influence grandissante de la République islamique dans la région, a été tué, vendredi, dans une frappe de drone américain en Irak. Il était considéré comme l'ennemi numéro un d'Israël et la bête noire des États-Unis au Moyen-Orient.

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Les répercussions de l’opération américaine lancée sur ordre du président Donald Trump dans laquelle a été tué l’un des acteurs les plus puissants du Moyen-Orient, le général iranien Qassem Soleimani, font craindre le pire pour la région.

Des craintes à la mesure de l’influence de celui qui était le chef des forces iraniennes Al-Qods, unité d’élite des Gardiens de la révolution, inscrite sur la liste américaine des "organisations terroristes" en avril 2019.

Les États-Unis ont d’ailleurs appelé vendredi tous leurs ressortissants à quitter l'Irak "immédiatement", alors que l'Iran a d’ores et déjà promis de venger la mort du stratège militaire de la République islamique "au bon moment et au bon endroit".

Chef de "l’instrument principal du soutien déstabilisateur" de l’Iran

De Téhéran à Beyrouth, en passant par Damas et Bagdad, le général en charge des opérations extérieures de la République islamique était le commandant de l’ombre de "l’axe de la résistance" contre les États-Unis et Israël, respectivement qualifiés de "Grand Satan" et d’"entité sioniste" par l'Iran.

Washington a toujours perçu l'homme comme un personnage central de la République islamique et une puissante source de nuisance pour ses intérêts dans la région. Notamment en Irak, où il a exercé une influence politique et militaire clé pour placer ce pays sous domination iranienne, en finançant et formant plusieurs milices chiites irakiennes qui se sont retournées contre les troupes américaines postées dans le pays.

Le Pentagone, qui a indiqué vendredi avoir pris "des mesures défensives décisives pour protéger le personnel américain à l'étranger en tuant Qassem Soleimani", attribue au général iranien, qui jouissait d’une certaine popularité en Iran notamment pour son rôle dans la lutte contre l’organisation État islamique en Irak et en Syrie, la mort de "centaines" de soldats américains et alliés.

La Force al-Qods qu’il dirigeait, en ne rendant compte qu’au Guide suprême, est également intervenue en Syrie à partir de 2013 en appui au régime de Bachar al-Assad, accuse Washington. Elle a d’ailleurs été pour cette raison sanctionnée par le département américain du Trésor.


Le département d’État l’accuse également d’avoir orchestré un projet d’attentat à la bombe contre un restaurant visant à assassiner l’ambassadeur saoudien aux États-Unis, à quelques centaines de mètres de la Maison Blanche. Dans un rapport publié en mai 2019, la Force Al-Qods est décrite comme "l’instrument principal du soutien déstabilisateur de la République islamique à des mandataires et des groupes terroristes", comme le Hezbollah libanais et le Hamas palestinien, classés comme tels par l’administration américaine.

Soleimani aurait dû être tué "il y a des années" selon Trump

Malgré le profil de ce proche du Guide suprême Ali Khamenei, son assassinat était resté jusqu'ici une ligne rouge qu’aucune administration américaine, ni celle de George W. Bush, ni celle de Barack Obama, n’avait osé franchir.

Pas même le gouvernement israélien de Benjamin Netanyahu, alors qu’il accusait Qassem Soleimani d’être le principal responsable de l'influence grandissante de l'Iran et de ses alliés dans la région.

"Les États-Unis et même Israël auraient pu cibler Soleimani par le passé, mais ils se sont abstenus à cause de ce que représentait ce personnage pour les Iraniens et sur l’échiquier du Moyen-Orient, notamment en raison de ses capacités et de son réseau, qui s’étend de Téhéran jusqu’aux frontières d’Israël", explique à France 24 Hassan Maged, fondateur de D & S Consulting et spécialiste de la région.

Le président américain Donald Trump a estimé, vendredi dans un tweet, que Qassem Soleimani aurait dû être tué "il y a des années". "Le général Qassem Soleimani a tué ou grièvement blessé des milliers d'Américains sur une longue période et prévoyait d'en tuer beaucoup d'autres (...). Il était directement ou indirectement responsable de la mort de millions de personnes", a-t-il justifié.

La mort de Qassem Soleimani intervient surtout trois jours après une attaque inédite de partisans pro-iraniens contre l'ambassade des États-Unis à Bagdad, mais aussi d'une série d'attaques à la roquette menées, ces dernières semaines, contre ses diplomates et ses soldats américains. Une série attribuée par Washington à des forces chiites parrainées par l’Iran. Le secrétaire d'État Mike Pompeo a affirmé vendredi que le responsable iranien préparait une "action d'envergure" menaçant des "centaines de vies américaines".

>> À lire aussi : "Assassinat de Qassem Soleimani : un raid américain à la légalité contestable"

Si certains responsables démocrates ont critiqué l’initiative du président Trump, aucun d’entre eux n’a remis en cause la cible de l’opération, qualifiée de "terroriste" et de "meurtrier".

Qassem Soleimani "avait le sang d'Américains sur ses mains et je ne vais pas pleurer sa mort", a écrit dans un communiqué Eliot Engel, le chef démocrate de la commission des Affaires étrangères de la Chambre des représentants. Il s’est toutefois déclaré "profondément inquiet quant aux répercussions" de cet acte.

Un général dans le collimateur d’Israël

Du côté d’Israël, le principal allié régional des États-Unis, le général iranien et la Force Al-Qods qu'il dirige sont accusés d'être derrière les attentats anti-israéliens de l'été 2012 ou encore l'attentat à la bombe contre un centre culturel juif de Buenos aires en 1994.

Plus récemment, Israël a mené des frappes en Syrie afin de déjouer une attaque planifiée par les Gardiens de la révolution qui consistait à lancer des drones chargés d’explosifs sur le territoire israélien, sous le commandement du dirigeant de la Force Al-Qods, Qassem Soleimaini.


"Il sait très bien que son assassinat n’est pas impossible. Ses actions sont identifiées et ressenties partout… Il est indubitable que l’infrastructure qu’il construit pose un grave défi à Israël", avait déclaré le 10 octobre le chef du Mossad, Yossi Cohen, dans les colonnes du journal ultraorthodoxe Mishpacha.

Son soutien actif et matériel au Hamas et au Jihad islamique palestiniens et au Hezbollah, le mouvement politico-militaire libanais, ont modifié les rapports de force, rappellent fréquemment des responsables israéliens dans la presse locale.

"Le commandant martyr Qassem Soleimani a assuré durant deux décennies un soutien direct à la Palestine et une expertise militaire et sécuritaire aux moujahidines de la Résistance palestinienne", ont écrit ce vendredi les Brigades Al-Qods, l’aile militaire du mouvement du Jihad islamique, dans un message de condoléances, relayé par l’agence iranienne Farsnews.

À l’origine une milice chiite appuyée par l’Iran pour combattre l’occupant israélien (1982-2000), le parti de Hassan Nasrallah s’est quant à lui peu à peu imposé, grâce à son arsenal alimenté par Téhéran, comme la principale menace pour les Israéliens, et la force politique dominante au Liban.

"Qassem Soleimani était un ennemi de longue date d’Israël, et il était surtout le visage de la puissance et de l’expansion iranienne dans la région", rapporte Antoine Mariotti, correspondant de France 24 à Jérusalem.

Signe de l’inquiétude israélienne, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a décidé vendredi d'écourter un déplacement en Grèce après l’annonce de la mort de Qassem Soleimaini. Il a assuré, dans un communiqué diffusé par ses services, que son pays se tenait aux côtés des Américains dans leur "juste combat pour la paix, la sécurité et la légitime défense".

"Les États-Unis ont, tout comme Israël, le droit de se défendre", a ajouté le chef du gouvernement israélien. "Qassem Soleimani est responsable de la mort de citoyens américains et de nombreuses autres personnes innocentes" et il "prévoyait de mener de nouvelles attaques".

De son côté, la radio de l'armée israélienne a indiqué que le niveau d'alerte des forces de sécurité du pays avait été relevé d'un cran. Consigne a été donnée aux membres du cabinet de sécurité de Benjamin Netanyahu de ne pas commenter la mort de Soleimani, pour ne pas provoquer de riposte des alliés de Téhéran.

 


"Ici, les Israéliens ne veulent pas apparaître comme ayant fait partie de cette opération, ou comme étant impliqués directement dans la mort du général iranien, indique Antoine Mariotti. Un porte-parole de l’armée disait ce matin qu’aucun commentaire ne sera fait sur ce qui est considéré comme une affaire américaine."

Le Hamas et le Hezbollah ont présenté leur condoléances à la République islamique, mais aucun d’entre eux n’a fait référence à l’État hébreu, évoquant pour le premier un "crime américain" et pour le second "les tueurs américains".

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