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Procès Weinstein: les victimes subiront un "contre-interrogatoire brutal", prévient leur avocate

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New York (AFP)

A 78 ans, avec plus de 40 ans d'expérience derrière elle, Gloria Allred est la plus connue des avocats américains de victimes d'agressions sexuelles.

Basée à Los Angeles, elle devrait être au tribunal de Manhattan pour l'ouverture du procès d'Harvey Weinstein lundi, et assister aux audiences lors desquelles deux de ses clientes et accusatrices du producteur - Mimi Haleyi et Annabella Sciorra - seront appelées à témoigner.

Que peut-on attendre des accusatrices de M. Weinstein comme de l'ancien producteur? Les victimes d'agressions sexuelles sont-elles mieux traitées par la justice qu'avant? Quelques éléments de réponses sur un dossier emblématique du #MeToo.

-Question: Au moins trois des accusatrices d'Harvey Weinstein doivent témoigner lors de ce procès. A quoi peuvent-elles s'attendre? M. Weinstein témoignera-t-il?

-Réponse: M. Weinstein a embauché une petite armée d'avocats, très expérimentés. S'il est condamné, il risquera la perpétuité. Les enjeux sont donc importants, et ses avocats feront tout pour attaquer la crédibilité des témoins, attaquer d'éventuelles incohérences entre ce qu'elles disent maintenant et ce qu'elles ont dit par le passé. Si incohérences il y a, on peut s'attendre à un contre-interrogatoire brutal.

Entre 60 et 90 femmes ont accusé M. Weinstein de comportement inapproprié, mais il n'y en a que deux pour lesquelles il y a des inculpations: je salue leur courage, car il faut beaucoup de courage pour accepter de témoigner.

Je ne suis pas certaine qu'on puisse être parfaitement préparé à témoigner dans un procès aussi médiatique, mais elles vont rassembler leurs forces, et puiser en elles-mêmes pour dire leur vérité.

Pour M. Weinstein, je serais vraiment choquée s'il témoignait. Il s'exposerait à un vigoureux contre-interrogatoire de l'accusation, auquel je ne crois pas qu'il résisterait.

-Q. Certains vous ont reproché d'avoir négocié pour vos clientes des accords de confidentialité par lesquels elles s'engagent, moyennant finances, à se taire sur les agressions sexuelles qu'elles auraient subies, au risque de voir leur agresseur impuni récidiver...

-R. Je pense qu'il est important que les victimes aient l'option d'un accord confidentiel, car beaucoup de personnes violées ou sexuellement agressées tiennent à leur vie privée. Elles peuvent ne pas vouloir que leur famille, leurs collègues sachent qu'elles ont été sexuellement agressées.

Si on peut obtenir un accord, qui se chiffre parfois en millions ou en centaines de milliers de dollars, sans avoir à assigner quelqu'un en justice et devoir en passer par des années de dépositions sous serment, un procès public, pour une décision au final imprévisible du jury... Si les victimes préfèrent un accord confidentiel, je défendrai ce droit.

Quand certains disent que les avocats "musèlent" leurs clientes (avec ces accords), c'est faux. Nous ne mettons rien dans ces accords qui interdirait aux victimes d'aller ensuite porter plainte. Ce serait contraire à la loi et à l'intérêt public, on ne peut pas empêcher une victime d'aller à la police.

-Q. La plupart des hommes rattrapés par le #MeToo n'ont pas été poursuivis au pénal, souvent parce que les faits sont prescrits. Plusieurs Etats américains ont revu récemment leur législation pour allonger ou supprimer les délais de prescription concernant les agressions sexuelles. Etes-vous satisfaite de cette évolution ?

-R. Il ne devrait y avoir aucun délai de prescription (pour les agressions sexuelles), dans aucun Etat. Nous avons lancé cette bataille en Californie, nous avons réussi, et maintenant d'autres luttent (dans d'autres Etats).

Il y a encore du chemin à faire, mais il y a des progrès, dus pour beaucoup aux victimes, qui commencent à exiger d'être traitées avec respect et dignité et que les accusés rendent des comptes. Je salue le mouvement féministe, qui a été très important dans tout ça.

Je représente également des accusatrices de Jeffrey Epstein et de R. Kelly, et nous voyons les autorités fédérales (aux moyens plus importants, ndlr) s'impliquer désormais dans ces dossiers - plus seulement les Etats - c'est une évolution importante.

Le prochain (procès attendu) est celui de R. Kelly. Et les autorités enquêtent toujours sur les personnes qui ont pu aider Jeffrey Epstein à recruter des jeunes filles mineures. Une inculpation n'est pas exclue, même si Jeffrey Epstein est décédé. Nous verrons bien...

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